Un missile a frappé samedi matin l’école primaire Shajareh Tayyiba, à Minab, dans le sud de l’Iran, tuant au moins 108 personnes, principalement des écolières âgées de 7 à 12 ans. L’attaque, survenue dans les premiers jours de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, relance le débat sur la protection des civils dans un contexte d’offensives stratégiques.
Les faits du bombardement
Peu après le début de la journée scolaire, un missile a pulvérisé l’école primaire pour filles Shajareh Tayyiba, à Minab, petite ville de la province de Hormozgan. Selon le parquet local, 170 élèves se trouvaient dans l’établissement au moment de l’explosion, qui a fait au moins 108 morts, en majorité des enfants. Devant les ruines, les parents, sidérés, ont cherché des heures durant à retrouver leurs filles. Mohammed Shariatmadar, dont la fille Sara, 6 ans, était en classe de CE1, a attendu parmi les ambulances et les secouristes, les mains tremblantes, espérant un miracle.
La scène relevait de l’horreur absolue. Des familles creusaient à mains nues les décombres de béton pour tenter de sauver leurs enfants. Un témoin cité par Drop Site News décrit une panique générale, les forces de sécurité tenant les proches à distance par crainte de nouvelles frappes. Chaque nom crié par les sauveteurs scellait le destin d’une famille, mêlant espoir et désespoir. L’identification des corps, longtemps retardée, a encore accru la détresse des survivants.
Contexte stratégique de l’attaque
Minab, distante de Téhéran, occupe une position stratégique en bordure du détroit d’Ormuz, passage crucial du commerce pétrolier mondial. L’école touchée se trouvait à proximité d’une base des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC), ce qui pourrait expliquer le ciblage du secteur. Les États-Unis et Israël ont lancé ce samedi des opérations qualifiées de « major combat operations » par le président Donald Trump, marquant un nouveau front dans un conflit qui s’annonce long et destructeur.
Ni le Centcom américain ni l’armée israélienne n’ont reconnu être à l’origine du tir, indiquant simplement enquêter sur les premiers rapports. Selon la Croix-Rouge iranienne, les frappes menées à travers le pays ont fait 201 morts et plus de 700 blessés. Celle de Minab s’inscrit dans une série de bombardements visant des infrastructures militaires, mais ayant également touché des civils. Aucune preuve n’indique à ce stade une utilisation militaire de l’école. Cette tragédie ravive les tensions autour du détroit d’Ormuz, théâtre d’affrontements récurrents.
Témoignages des familles endeuillées
Les parents endeuillés ont livré des récits d’une intensité déchirante. Fatima al-Zahra Mohammad Ali, 9 ans, a péri sous les décombres ; sa mère, Amina Ansari, évoque le chaos et l’absence totale d’informations fiables pendant des heures. Seyyed Ibrahim Mirkhayali, employé municipal, a perdu sa fille Zeinab, 10 ans, élève de CM1 et finaliste d’un concours de mémorisation du Coran. « L’atmosphère était terrifiante. Les parents restaient figés dans un silence mortel », a-t-il confié à Drop Site, avant la découverte du corps mutilé de son enfant.
Ces parents, unis dans la douleur, dénoncent l’absurdité d’une telle cible : des enfants sans lien avec les enjeux géopolitiques. Shariatmadar appelle le monde à reconnaître ces victimes comme « innocentes et oubliées ». Sur X, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a publié une photo des ruines, parlant d’un bombardement « en plein jour » sur des fillettes désarmées. Le président Masoud Pezeshkian a, de son côté, dénoncé une « agression barbare » et promis une réponse « ferme et déterminée ».
Réactions et conséquences humanitaires
Les secours iraniens ont été rapidement déployés, mais le bilan n’a cessé de s’alourdir, passant de 40 à plus de 100 morts selon les sources officielles et les agences internationales comme l’AFP ou Reuters. À Téhéran, le Conseil suprême de sécurité nationale a exhorté la population à quitter temporairement la capitale pour éviter un exode désordonné. Dans les rues, des rassemblements ont éclaté, notamment place de Palestine, où des effigies de Donald Trump et de Benyamin Netanyahu ont été brûlées.
Sur le plan humanitaire, les conséquences sont lourdes. La peur d’une escalade a provoqué des pénuries d’essence et de vivres, tandis que des familles tentaient de fuir vers l’intérieur du pays. Factnameh affirme avoir authentifié certaines vidéos du site, mais aucune enquête indépendante n’a encore été menée sur une possible violation du droit humanitaire international. Les écoles, censées bénéficier d’une protection absolue selon les Conventions de Genève, s’imposent ici comme symbole tragique de l’effacement des frontières entre cibles militaires et civiles.
Risques d’escalade régionale
Téhéran a promis des représailles contre les « assassins de nos enfants », selon les mots d’Araghchi, tandis que Washington observe un silence prudent. Les bombardements de Minab pourraient marquer un tournant, aggravant les tensions autour du détroit d’Ormuz et menaçant l’approvisionnement pétrolier mondial. Des bases américaines au Moyen-Orient auraient déjà été visées par des ripostes iraniennes.
Les corps doivent être enterrés dimanche lors de cérémonies collectives. Les autorités redoutent que ces funérailles ne se transforment en manifestations massives d’indignation nationale. Pour beaucoup, le sort de Minab symbolise désormais le prix humain d’une guerre dont nul ne connaît l’issue.