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mercredi, février 25, 2026

Visite de Nuñez en Algérie : la chronique de Karim Tabbou

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Rédaction ALG247
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La rédaction d’ALG247 est un collectif éditorial spécialisé dans l’analyse et la couverture de l’actualité internationale, géopolitique et économique. Les articles sont produits selon une méthodologie journalistique fondée sur le recoupement des sources, la contextualisation et la hiérarchisation de l’information.

Karim Tabbou, figure emblématique de l’opposition algérienne placée sous contrôle judiciaire, consacre sa chronique hebdomadaire à la récente visite à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Dans ce texte publié le 24 février 2026 sur les réseaux sociaux, il dénonce l’instrumentalisation des tensions diplomatiques par le pouvoir et réaffirme son engagement pour une démocratisation réelle du pays.

Comme chaque lundi, Tabbou a signé le registre de contrôle judiciaire auquel il est astreint depuis plus de deux ans. Il a ensuite commenté l’événement diplomatique majeur de la semaine : la visite de Laurent Nuñez, invité par son homologue algérien, Saïd Sayoud. Ce déplacement des 16 et 17 février s’est tenu dans un climat de crispation entre Paris et Alger, marqué par des différends sur les questions migratoires et sécuritaires. Les déclarations officielles laissent toutefois entrevoir une accalmie, les deux parties ayant convenu de relancer la coopération policière et le renseignement. Une évolution que Tabbou interprète comme une manœuvre politique du pouvoir pour détourner l’attention des enjeux internes.

Une visite sous le signe du pragmatisme

Laurent Nuñez s’est rendu à Alger pour une visite de travail de deux jours, centrée sur la lutte contre le trafic de stupéfiants, l’immigration irrégulière et la coopération antiterroriste au Sahel. Reçu par le président Abdelmadjid Tebboune au palais d’El-Mouradia, il a fait état d’un entretien « cordial » et d’un accord pour relancer la coopération en matière de renseignement et de police. Pour Paris, cet engagement représente un signal important dans un contexte de perte d’influence en Afrique subsaharienne.

Cette visite intervient après plusieurs mois de tensions intenses, marquées par le gel de procédures consulaires et les refus algériens de délivrer des laissez-passer pour les ressortissants visés par une OQTF (obligation de quitter le territoire français). En réaction, les médias officiels algériens ont adopté un ton inhabituellement mesuré, rompant avec leurs accents anti-français des mois précédents. Tabbou souligne ironiquement l’absence des « députés nationalistes » généralement mobilisés lors des campagnes anti-françaises, y voyant une posture soudainement modérée et opportuniste. Selon lui, Alger privilégie aujourd’hui le réalisme diplomatique sur la rhétorique idéologique.

Une relation bilatérale durablement sous tension

La crise algéro-française s’inscrit dans une dynamique de méfiance ancienne. L’un des points de rupture majeurs reste la lettre adressée en juillet 2024 par Emmanuel Macron au roi Mohammed VI, reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Pour Alger, alliée historique du Front Polisario, ce geste constitue un réalignement de Paris au profit de Rabat et ravive la rivalité maghrébine.

Les différends ont ensuite gagné le terrain migratoire et judiciaire : blocages consulaires, enquêtes croisées, extraditions refusées. Les accords bilatéraux de 1968, qui accordent un statut privilégié aux ressortissants algériens en France, sont devenus un instrument de pression réciproque. Ces tensions ont fragilisé la coopération sécuritaire, pourtant essentielle entre les deux pays. La visite de Nuñez tente de rouvrir ce canal, sur fond de mémoire coloniale toujours sensible et de contentieux non résolus autour des archives ou des essais nucléaires sahariens.

Les figures et les postures

Dans ce contexte, Karim Tabbou continue d’incarner la contestation pacifique. Malgré les restrictions judiciaires qui lui interdisent toute activité médiatique ou politique, il transforme chaque prise de parole en tribune pour défendre l’État de droit et les prisonniers d’opinion. Face à lui, le pouvoir algérien, représenté par Tebboune et Sayoud, joue l’équilibre entre discours souverainiste et concessions sécuritaires.

Tabbou fustige également les « ultra-nationalistes », qu’il décrit comme des « accessoires » du pouvoir, prompts à rejouer le thème de l’anti-francisme selon les circonstances. À ses yeux, les véritables victimes de ces stratégies demeurent les migrants algériens, transformés en variables d’ajustement dans les négociations bilatérales. Leur exil, conséquence directe du marasme économique et de l’absence de libertés, incarne selon lui les défaillances du système.

Sécurité, migration et mémoire coloniale

Au cœur de la visite de Nuñez figurent les questions migratoires et sécuritaires. Les discussions ont porté sur la délivrance de laissez-passer et la relance de la coopération policière. Alger exige que Paris respecte les accords de 1968 et 1994 avant d’envisager tout geste supplémentaire. Pour les deux pays, la lutte contre le terrorisme et la stabilité régionale au Sahel nécessitent un partenariat renforcé, même en l’absence de confiance totale.

Mais la dimension mémorielle pèse encore lourdement sur la relation : le passé colonial, les essais nucléaires, les archives et la concurrence maghrébine constituent des foyers persistants de tension. Tabbou rappelle que la légitimité internationale d’Alger dépend avant tout de sa capacité à bâtir des institutions justes et crédibles.

Une fragile reprise du dialogue

La visite de Laurent Nuñez ouvre une brève fenêtre d’apaisement. Des échanges techniques sont attendus afin de fluidifier la coopération en matière d’immigration et de renseignement. Cependant, les dossiers sensibles – Sahara occidental, extraditions, mémoire coloniale – limitent la portée de ces avancées.

Pour Karim Tabbou, la véritable souveraineté d’un pays repose sur la solidité de ses institutions et la confiance de ses citoyens, non sur les postures diplomatiques. Sa chronique sonne ainsi comme un appel à recentrer le débat national sur la démocratie et la dignité, loin des calculs politiques et des tensions de façade.

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