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mercredi, février 4, 2026

[Tribune] La liste Epstein n’est pas une simple affaire de scandale politique ; c’est une bouche d’égout ouverte sur l’âme humaine

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La liste Epstein n’est pas une simple affaire de scandale politique ; c’est une bouche d’égout ouverte sur l’âme humaine

« Non ! L’homme devient vraiment rebelle, dès qu’il se croit autosuffisant. »
(Coran, sourate Al-‘Alaq
)

Je sais que tu es choqué, peut-être même écœuré… La liste Epstein n’est pas une simple affaire de scandale politique ; c’est une bouche d’égout ouverte sur l’âme humaine, lorsque celle-ci détient le pouvoir absolu, l’argent absolu, et se croit au-dessus de la loi et de toute reddition de comptes.

Ce que tu as lu dépasse sans doute l’imagination des films d’horreur les plus extrêmes, comme ceux de la saga Saw.

Mais avant de t’y plonger davantage, mon cher ami, revenons un instant en arrière. Non pas vers l’île d’Epstein, mais vers un château isolé dans les Alpes, pour ouvrir les pages d’un manuscrit écrit en 1785, considéré comme le roman le plus dangereux de l’histoire.

Alors, cher être humain, un peu de patience… concentre-toi avec moi. Ce roman s’intitule Les Cent Vingt Journées de Sodome (The 120 Days of Sodom), écrit par l’aristocrate français tristement célèbre le marquis de Sade, dont les psychologues ont tiré le terme de « sadisme ».

L’histoire met en scène quatre hommes représentant le sommet de la pyramide sociale française de l’époque : un duc, un évêque, un juge et un banquier — autrement dit le pouvoir, la religion, la loi et l’argent. Exactement comme les habitués de l’île d’Epstein.

Ces quatre hommes décident de s’enfermer pendant 120 jours dans un château totalement isolé, inaccessible, en y amenant de force des adolescents et des jeunes filles.
La civilisation s’effondre.
La loi disparaît.
La religion s’éteint.

Ces « élites » se transforment en monstres, pratiquant les formes les plus atroces de torture, d’abus sexuels et de mise à mort lente — simplement parce qu’ils le peuvent.
De Sade, en écrivant, n’inventait pas une pure fiction. Il lançait un cri glaçant : « Lorsqu’un être humain détient un pouvoir absolu dans un lieu soustrait aux regards, le monstre tapi en lui s’éveille et dévore tout. »

Mais pourquoi, cher ami… pourquoi un homme possédant des milliards et gouvernant le monde par ses décisions s’abaisse-t-il à de tels actes de déchéance ? Pourquoi ne se contente-t-il pas des plaisirs naturels, déjà accessibles sans limites ?

Laisse-moi t’emmener vers un ouvrage essentiel pour comprendre la psychologie de ces individus, et comment l’« homme » se transforme en « monstruosité ». Ce livre est L’Effet Lucifer (The Lucifer Effect) du célèbre psychologue Philip Zimbardo, auteur de l’expérience de la prison de Stanford.

Zimbardo y développe une thèse terrifiante : le mal n’est pas toujours un trait inné. Il est souvent le produit de l’environnement et du pouvoir.

Place un individu dans un contexte où il détient une autorité totale, sans contrôle, sans responsabilité, dans une confidentialité absolue — comme sur l’île d’Epstein ou dans le château de Sade — et les circuits neuronaux de l’empathie s’éteignent progressivement. Le côté obscur s’éveille.
Mais ce n’est pas tout.

Il existe un autre chapitre de la psychologie humaine expliquant cette frénésie sexuelle et cette brutalité, fondé sur des mécanismes neurologiques précis : ce que les scientifiques appellent la tolérance à la dopamine, ou le « lassitude des dieux ».

En neurosciences, une loi nous gouverne tous : le cerveau s’habitue aux stimuli. Tu achètes une voiture neuve : euphorie totale. Un mois plus tard, elle devient banale.

Ces individus — milliardaires et élites — ont atteint la saturation absolue : ils ont mangé les mets les plus raffinés, voyagé dans les avions les plus luxueux, acquis tout ce que l’argent peut acheter. La jouissance naturelle est morte en eux.

Ils souffrent de ce que les chercheurs nomment l’anhédonie du pouvoir. La dopamine ne répond plus aux plaisirs ordinaires. Et c’est là que commence la catastrophe : la quête de la jouissance ultime, la transgression du tabou, de l’interdit absolu, moral et universel.

Mais pourquoi les enfants ? Pourquoi la violence ?
Parce que c’est le dernier interdit encore intact. Le briser leur procure l’illusion d’être au-dessus de l’humanité, hors des lois du « troupeau » que nous sommes. Ils ne recherchent pas le sexe. Ils recherchent l’ivresse de la profanation de la loi divine.

Permets-moi ici de rappeler une anecdote rapportée par certains historiens sur une pratique de la Rome décadente. Les nobles romains s’attablaient devant des festins inimaginables. Ils mangeaient jusqu’à complète saturation… puis se retiraient volontairement pour se faire vomir, avant de revenir manger encore.
Étaient-ils affamés ? Évidemment non. Ils recherchaient la jouissance de la consommation infinie, la victoire sur les limites biologiques. L’estomac se remplit, mais le désir, lui, ne se remplit jamais.
Et voilà le lien.

C’est exactement ce que font ces individus dans leurs chambres closes et sur leurs îles. Ils ne cherchent pas la satisfaction d’un instinct. Ils vomissent leur humanité pour pouvoir dévorer une nouvelle innocence. Ils tentent de combler un trou noir spirituel, qui ne se remplit jamais, en accumulant la quantité, l’extrême et la barbarie.
Mais attends… ce n’est pas fini.

Dans le livre Le Pouvoir de nuire, on parle d’un concept fondamental : la réification. Ces individus ne voient pas leurs victimes comme des êtres humains — avec une âme, des sentiments, des mères. Ils les perçoivent comme des objets, exactement comme un morceau de viande ou une voiture de luxe. Le monde entier devient un échiquier. La violence infligée à un enfant ou à un être vulnérable n’est pas une affaire de désir sexuel, mais d’affirmation de la volonté de puissance.

L’agresseur veut se sentir un dieu terrestre — que Dieu nous en préserve — disposant du droit de faire souffrir, de décider du destin, de profaner l’innocence sans être arrêté.

La liste Epstein, le roman du marquis de Sade, les banquets romains… tout cela nous révèle une vérité effrayante : lorsque l’homme possède l’argent absolu, le pouvoir absolu et qu’il extirpe de son cœur la crainte de Dieu, il ne devient pas un ange — il devient un démon qui jouit du gémissement des autres.

Ce ne sont pas de simples déviants. Ce sont des êtres qui ont trop longtemps fixé l’abîme de leurs désirs, jusqu’à ce que l’abîme les engloutisse.

Et comme l’a dit Nietzsche : « Quand tu regardes longtemps l’abîme, l’abîme finit par te regarder aussi. »

Avant de conclure, parlons de la vision de l’islam.
L’islam n’a pas attendu Freud ni Zimbardo pour analyser ce phénomène. Il l’a résumé en une seule ayah, composée de sept mots, mais pesant des volumes entiers de psychologie :
« Non ! L’homme devient rebelle dès qu’il se croit autosuffisant. »

Le Coran met le doigt sur la racine du mal.
L’homme ne transgresse pas parce qu’il est foncièrement mauvais, mais à un instant précis : lorsqu’il se croit indépendant de tout — de Dieu, des autres, de la loi.
À cet instant d’illusion, l’homme quitte la posture de servitude pour revêtir le manteau de la seigneurie, de l’orgueil et de la toute-puissance.

Un manteau qui ne lui sied pas… et qui le consume, ainsi que ceux qui l’entourent. L’islam nous avertit : laissée sans bride — sans piété ni vigilance — l’âme humaine ne connaît aucune limite, jusqu’à atteindre un degré que le Coran décrit ainsi : « Ils sont comme des bestiaux, voire plus égarés encore. » Pourquoi « plus égarés » ?
Parce que l’animal tue pour se nourrir et s’accouple pour se reproduire. Eux, ils tuent pour le plaisir et profanent l’innocence pour se divertir.

C’est là toute la sagesse des limites en islam.
Le licite et l’illicite ne sont pas des chaînes qui étouffent la liberté, mais des garde-fous qui protègent l’humanité de la chute dans l’abîme. Sans limites, l’homme devient un trou noir qui engloutit tout sans jamais être rassasié.
Et Dieu dit vrai : « Si Dieu accordait à Ses serviteurs une subsistance trop abondante, ils commettraient des abus sur terre. Mais Il donne avec mesure ce qu’Il veut. Il est Parfaitement Connaisseur et Clairvoyant à l’égard de Ses serviteurs. »

Que ta journée soit belle, ô être humain.

Professeur : Mohammed Al-Fadli
Traduction de l’arabe. Source profile sur facebook

ALG247.COM

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