[OPINION] Proclamation du MAK : un non-événement politique amplifié à dessein
Ce 14 décembre 2025, le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) va proclamer unilatéralement une “République kabyle”. Une initiative sans portée juridique, largement amplifiée par le pouvoir algérien pour servir ses propres intérêts politiques.
Une proclamation sans valeur légale
Le MAK, dirigé par Ferhat Mehenni et basé en exil, va annoncer ce dimanche la création symbolique d’un “État kabyle indépendant”. Sur le plan juridique, cette déclaration n’a aucun effet. Aucun pays ni organisation internationale ne la reconnaît, et la Constitution algérienne, dans son article premier, consacre l’unité de la nation. En d’autres termes, la situation politique reste inchangée : le MAK demeure un mouvement marginal sans assise institutionnelle ni légitimité reconnue.
Une agitation politique instrumentalisée
Pour de nombreux observateurs, cet épisode relève davantage d’une gesticulation politique que d’un fait historique. En réalité, cette autoproclamation fait le jeu du pouvoir algérien, qui s’en sert comme prétexte pour durcir encore sa répression à l’intérieur du pays sous couvert de “lutte contre le séparatisme”.
Les réactions officielles, les arrestations préventives et les discours alarmistes diffusés à outrance par les médias publics montrent combien l’appareil sécuritaire a intérêt à amplifier ce type d’événement pour justifier sa mainmise sur la scène politique.
L’équilibre fragile entre opposition et manipulation
Le MAK tire de cette surexposition une visibilité accrue, malgré son isolement. Ce mouvement, qui se présente comme une alternative à “l’État centralisateur”, profite médiatiquement de l’attention suscitée par la réaction du pouvoir. Il en ressort une sorte de cercle vicieux : la répression nourrit la radicalisation, tandis que la radicalisation justifie la répression.
Ce va-et-vient d’ascenseur profite donc à la fois au MAK, renforcé dans sa posture victimaire, et au régime, conforté dans sa politique autoritaire.
Un mouvement sans base populaire
Sur le terrain, le MAK reste très minoritaire. La Kabylie, comme le reste du pays, a largement participé au mouvement du Hirak en 2019, réclamant une Algérie démocratique et unie. L’idée indépendantiste n’a jamais trouvé d’écho massif dans la population kabyle, plus préoccupée par la liberté, la justice et le développement économique. Contrairement aux discours simplistes, la Kabylie n’est ainsi pas tentée par la sécession. Elle partage avec le reste du pays les mêmes aspirations : prospérité, liberté, dignité, démocratie.
Les soutiens étrangers du MAK — certaines mouvances de la droite française, des cercles sionistes colonialistes ou des réseaux proches du Makhzen marocain — fragilisent encore davantage sa crédibilité. Ces alliances, à la fois opportunistes et contradictoires, soulignent la dérive idéologique d’un mouvement désormais perçu comme un instrument dans des rivalités géopolitiques extérieures, sans aucun lien avec les intérêts de la Kabylie.
Une manœuvre aux bénéfices partagés
Au final, cette proclamation du 14 décembre s’apparente à une tempête dans un verre d’eau. Elle révèle autant les fragilités de l’opposition algérienne que la stratégie du pouvoir consistant à agiter le spectre du séparatisme ou du terrorisme pour museler encore plus toute contestation politique légitime.
Dans cette “confrontation feutrée”, chacun trouve son intérêt : le MAK, dans la provocation médiatique, et le régime, dans la consolidation de son autorité. Les Algériens, eux, restent les témoins impuissants d’un théâtre politique où le vrai enjeu, celui des libertés, s’éloigne chaque jour un peu plus.
Ferhat Mehenni, de la lutte démocratique à la fuite identitaire
Il y a, dans le parcours de Ferhat Mehenni, quelque chose de tragique. De chanteur engagé pour les libertés à porte-voix d’un projet extrémiste et sans assise sociale, il symbolise cette dérive où la frustration politique se transforme en posture jusqu’au-boutiste.
Ses accointances idéologiques actuelles contredisent profondément les combats qui ont jadis fait de lui une figure respectée. En se mêlant aux ennemis de la liberté, au colonialistes en tous genres, et aux descendants de l’Algérie française, il s’isole des siens et s’éloigne de tout ce qu’il a été par le passé.
Le 14 décembre 2025 n’entrera pas dans l’histoire comme la “naissance d’un État kabyle”, comme tentent de le matraquer les medias d’ici et de là-bas, mais comme un jour de plus où le pouvoir et un groupuscule extrémiste auront trouvé, chacun à leur manière, un moyen de se renforcer mutuellement. Pendant que les uns jouent la carte du nationalisme autoritaire et que les autres miment la lutte identitaire, la vraie question — celle de la démocratie — reste désespérément en suspens.
Au final, la proclamation du MAK ne change rien au statu quo politique en Algérie. Elle illustre surtout la fragilité pour ne pas dire l’inexistence du débat démocratique en Algérie, pris entre une répression systématique et des initiatives extrémistes sans lendemain. Tant que ce cercle ne sera pas rompu, l’espace politique restera verrouillé, au détriment de toute perspective de dialogue national à même de faire avancer le pays vers des issues politiques réellement democratiques telles que réclamées avec force par le mouvement populaire de 2019, dit le “hirak”.
Samir B.






