Plaintes de soldats US sur la rhétorique chrétienne dans la guerre contre l’Iran

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Julien Moreau
Julien Moreauhttps://alg247.com
Journaliste couvrant l’actualité politique et institutionnelle européenne et française. Il traite des politiques publiques, des débats sociétaux et des évolutions législatives dans leur contexte continental.

Des militaires américains dénoncent l’usage, par certains de leurs supérieurs, d’un discours religieux extrémiste pour justifier l’engagement dans le conflit israélo-américain contre Téhéran. La Military Religious Freedom Foundation (MRFF) a enregistré plus de 200 plaintes depuis le début des frappes, révélant de fortes tensions internes au sein de l’armée américaine.

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. (Collage réalisé par Zehra Kurtulus/Türkiye Today)

Les faits rapportés par les plaignants

Le 3 mars 2026The Guardian a révélé que plus de 200 militaires issus de toutes les branches des forces armées américaines – Marines, Air Force et Space Force – avaient saisi la MRFF.
Un sous-officier non commissionné (NCO), s’exprimant au nom de quinze collègues, dont onze chrétiens, un musulman et un juif, a relaté comment son commandant avait ouvert un briefing de combat en assurant que l’opération en Iran « faisait partie du plan divin de Dieu ».

Ce supérieur aurait cité des passages du Livre de l’Apocalypse évoquant l’Armageddon et le retour de Jésus-Christ, affirmant que le président Donald Trump avait été « oint par Jésus pour allumer le feu du signal en Iran » et précipiter la fin des temps.
Le NCO a qualifié ces propos de « toxiques et excessifs », décrivant un commandant se présentant comme « chrétien avant tout », incitant régulièrement ses subordonnés à partager ses convictions.

Ces témoignages, recueillis d’abord par le journaliste indépendant Jonathan Larsen, illustrent une pratique observée dans plus de cinquante unités américaines déployées en soutien aux opérations contre l’Iran.

Contexte du conflit israélo-américain

Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran ont débuté le samedi précédant la publication de l’enquête du GuardianDonald Trump, réélu en 2024 et investi en janvier 2025, avait alors annoncé des attaques conjointes avec Israël.

L’opération, surnommée dans certains cercles « Midnight Hammer », viserait à démanteler le programme de missiles balistiques conventionnels de Téhéran, sa marine, ses réseaux régionaux et à empêcher toute avancée nucléaire.
L’Iran nie pour sa part toute ambition militaire atomique. En riposte, Téhéran a frappé plusieurs cibles israéliennes ainsi que des bases américaines au Bahreïn, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, en Irak et à Chypre.

À Jérusalem, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a invoqué, lors d’une visite sur un site touché par un missile iranien, la référence biblique à Amalek, « l’ennemi éternel d’Israël », déjà utilisée dans le contexte palestinien.
Ces références religieuses, présentes aussi bien dans les discours américains qu’israéliens, confèrent à ce conflit une tonalité spirituelle grandissante, accentuant les tensions géopolitiques régionales.

Les acteurs au cœur des controverses

Le président de la MRFF, Mikey Weinstein – ancien officier de l’Air Force et ex-conseiller juridique à la Maison Blanche sous Ronald Reagan – dénonce une « explosion » des signalements depuis le début des frappes.
Selon lui, cette dérive découle d’une érosion de la séparation entre Église et État, favorisée par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, partisan du nationalisme chrétien et promoteur du concept théocratique de « souveraineté des sphères ».

Hegseth a instauré des prières mensuelles au Pentagone, auxquelles participent des figures controversées comme Doug Wilson, prédicateur d’extrême droite et défenseur d’une « théocratie américaine ». Weinstein estime que cette infiltration religieuse mine la cohésion et la morale des unités multiconfessionnelles, pourtant essentielles à la discipline et à la stratégie militaire.

Du côté international, le Council on American-Islamic Relations (CAIR) a dénoncé les discours qualifiés de « guerre sainte » des dirigeants américains et israéliens. Des chercheurs de l’université de Durham y voient une tentative de mobilisation électorale à travers des références divines.
Des responsables religieux conservateurs, comme l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee, encouragent Donald Trump à « suivre la guidance céleste » dans la conduite du conflit.

Enjeux pour l’armée et la laïcité

Ces révélations ravivent les débats sur la neutralité religieuse des forces armées américaines. Traditionnellement, celles-ci regroupent des soldats de toutes origines et confessions. L’émergence d’un discours nationaliste chrétien interroge le respect du Premier amendement de la Constitution, garant de la séparation entre Église et État.

Weinstein affirme que, sous la direction de Hegseth, le slogan officieux « Tout pour Christ, Christ pour tout » sape la discipline et place les subalternes sous l’autorité spirituelle de leurs commandants.
Certains officiers voient ainsi la guerre contre l’Iran comme une croisade biblique accélérant les « Temps de la Fin » – une vision eschatologique également promue par des figures évangéliques comme le pasteur John Hagee.

Cette rhétorique religieuse, reprise par Donald Trump lors d’une allocution où il a « remercié Dieu pour les frappes », galvanise sa base conservatrice mais risque d’alimenter la radicalisation du camp adverse et de compromettre d’éventuelles négociations de paix.
Le Pentagone n’a, pour l’heure, émis aucun commentaire officiel.

Perspectives à court terme

La MRFF prévoit une poursuite de l’afflux de témoignages, les premières plaintes ayant brisé un tabou. Malgré la peur de représailles, de plus en plus de militaires osent dénoncer les dérives spirituelles de leur hiérarchie.

Sur le plan diplomatique, les critiques adressées par Washington à l’Espagne pour sa prudence à l’égard des frappes iraniennes ont suscité des réactions de solidarité en Europe, notamment de la part du président français et du Conseil de l’UE.
L’Organisation mondiale de la santé a pour sa part alerté sur la destruction d’infrastructures médicales en Iran. Plusieurs pays, dont la Bulgarie et le Canada, évoquent des risques sécuritaires accrus.

Alors que les objectifs militaires demeurent inchangés – neutraliser les missiles, la marine et les alliés régionaux de l’Iran –, la dimension confessionnelle du conflit pourrait freiner d’éventuelles négociations.
Les enquêtes en cours de la MRFF et une possible réaction du Congrès américain pourraient contraindre le Pentagone à clarifier sa position afin de préserver la neutralité et la cohésion des troupes sur le long terme.


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