Patrimoine français de l’ex-juge algérien Mohammed Bedjaoui : enquête du Parquet national financier
Le Parquet national financier français examine un nouveau signalement visant Mohammed Bedjaoui, ancien ministre algérien de la Justice et ex-président de la Cour internationale de justice, soupçonné de blanchiment d’argent et de fraude fiscale en France.
Un signalement visé par le Parquet national financier
Le Parquet national financier (PNF) analyse depuis l’été 2025 un signalement déposé par le député Philippe Latombe (MoDem) concernant Mohammed Bedjaoui, haut magistrat algérien aujourd’hui âgé de 96 ans. Ancien président de la Cour internationale de justice (CIJ) et ex-ministre de la Justice en Algérie, il est soupçonné d’avoir constitué en France un patrimoine immobilier sans rapport avec ses revenus officiels de juge international, évalués à environ 15 000 euros mensuels.
Ce dossier, révélé par Le Journal du Dimanche le 28 janvier 2026, s’ajoute à deux précédents signalements, versés à une information judiciaire en cours à Paris pour corruption, trafic d’influence et blanchiment. L’enquête est instruite par le juge d’instruction Serge Tournaire, connu pour avoir traité plusieurs affaires politico-financières.
Des acquisitions immobilières jugées “décorrélées des revenus”
Le signalement du député Latombe s’intéresse particulièrement au patrimoine détenu par le « clan Bedjaoui » en France. Selon des éléments transmis au PNF, l’ancien juge et sa famille posséderaient plusieurs biens immobiliers à Paris et dans les Hauts-de-Seine pour une valeur estimée à plus de 7 millions d’euros.
Ces opérations, selon une source proche du dossier, ont été réalisées « au comptant, sans recours à un financement », ce qui renforce les soupçons de blanchiment d’argent et de fraude fiscale.
Parmi elles, l’achat d’un appartement à Neuilly-sur-Seine en 2011 auprès de membres de la famille royale saoudienne pour 3,5 millions d’euros attire particulièrement l’attention. Les enquêteurs examinent aussi un virement suspect de 216 000 euros sur un compte suisse, effectué en 2001 alors que la CIJ délibérait sur un litige territorial entre le Qatar et le Bahreïn.
Le contexte d’une affaire ancienne et sensible
Ce contentieux entre les deux États du Golfe portait sur la délimitation de leurs eaux territoriales et l’accès à un gisement gazier stratégique. En 2001, la CIJ avait rendu un arrêt favorable au Qatar. Plusieurs spécialistes avaient alors mis en doute les conditions dans lesquelles la décision avait été prise.
Des témoignages ultérieurs ont évoqué auprès d’une ONG canadienne des « pressions internes » et un possible climat de corruption. Le juge américain Stephen Schwebel, successeur de Bedjaoui à la présidence de la CIJ, a publiquement critiqué la gestion du dossier, mentionnant des faux documents produits à l’époque.
L’ombre de l’affaire Sonatrach
Parallèlement, Mohammed Bedjaoui a été condamné par contumace en Algérie en 2023 dans le cadre de l’affaire Sonatrach, un vaste scandale de corruption lié à l’entreprise publique pétrolière. Un mandat d’arrêt international a été émis à son encontre, ainsi que contre l’un de ses neveux, ancien intermédiaire financier condamné en Italie pour blanchiment.
Un audit réalisé lors du procès italien a mis au jour des flux financiers de 22 millions de dollars entre les comptes suisses de l’oncle et du neveu. Ces transactions servent aujourd’hui de base à l’enquête française, les montants présumés de fraude et de blanchiment en France atteignant environ 35 millions d’euros.
Enjeux judiciaires et diplomatiques
Malgré le mandat d’arrêt émis par Alger, l’extradition de Mohammed Bedjaoui reste improbable, faute de coopération judiciaire entre l’Algérie et la France. Le PNF pourrait toutefois envisager un gel ou une confiscation partielle des biens français si la fraude fiscale était avérée.
Une telle décision permettrait, selon plusieurs sources judiciaires, d’adresser un signal clair contre l’utilisation du territoire français comme refuge pour les avoirs non déclarés d’anciens dignitaires étrangers.
ALG247.COM avec JDNews ; Parquet national financier ; Tribunal judiciaire de Paris ; ONG canadienne sur la justice internationale.







