Article mis à jour le 10 mars 2026
Shahram Khosravi propose une réflexion inédite sur la défaite comme outil de pensée. Dans un essai publié en juillet 2026 par la revue Cabinet, l’anthropologue iranien exilé en Suède invite à repenser la résistance, non comme une victoire inéluctable, mais comme une pratique née des décombres d’échecs répétés.
Un essai dans Cabinet Magazine
Shahram Khosravi, professeur d’anthropologie à l’université de Stockholm, signe dans le numéro 71 de Cabinet Magazine, daté de juillet 2026, un texte intitulé Defeat as Method (« La défaite comme méthode »). Ce périodique américain, réputé pour ses explorations intellectuelles audacieuses au croisement des arts, des sciences humaines et de la politique, accueille cet essai sous le sous-titre « Thinking from within the ruins » (« Penser depuis l’intérieur des ruines »). Publié en ligne sur le site de la revue, l’article s’inscrit dans un dossier thématique plus large, aux côtés d’autres contributions comme celle de l’avocat israélien Michael Sfard sur l’incitation au génocide ou un texte sur la mémoire des Sinté et des Roms en Allemagne.
L’essai de Khosravi émerge comme une méditation théorique nourrie par son expérience personnelle et professionnelle. Exilé iranien ayant fui la répression politique de son pays natal, l’auteur a longtemps étudié les migrations forcées, les frontières et les violences d’État. Loin d’un récit autobiographique linéaire, son propos transcende l’anecdote pour interroger la posture intellectuelle face à l’adversité systémique. La revue Cabinet, qui privilégie les formats longs et interdisciplinaires, offre un écrin idéal à cette démarche, comme en témoigne sa promotion sur son site principal et ses réseaux sociaux.
La parution coïncide avec un regain d’intérêt pour les travaux de Khosravi, relayé par des universitaires et des activistes sur des plateformes comme Facebook, où un post du 6 mars 2026 qualifie l’article de « brilliant piece ». Bien que l’essai soit accessible gratuitement en ligne, il s’inscrit dans la tradition d’une revue non lucrative qui appelle ses lecteurs à soutenir son modèle par des abonnements ou des dons.
Une anthropologie des marges
Pour saisir l’approche de Shahram Khosravi, il faut la replacer dans le champ plus large de l’anthropologie critique des défaites. Depuis les années 2010, l’auteur a publié des ouvrages marquants comme Young and Defiant in Tehran (2008) ou Illegal Traveller (2010), où il décortique les expériences des migrants illégaux et des dissidents sous régimes autoritaires. Ces travaux, nourris par des enquêtes de terrain en Iran et en Europe, mettent en lumière comment les exclus du système global produisent des savoirs alternatifs à partir de leur précarité même.
Defeat as Method marque toutefois une inflexion théorique : la défaite n’y est plus seulement un objet d’étude, mais une méthode épistémologique. Khosravi s’appuie sur des références classiques, telles que les écrits de Walter Benjamin sur les « anges de l’histoire » ou les analyses de Frantz Fanon sur la violence coloniale, pour arguer que la pensée radicale naît souvent des ruines d’espoirs brisés. L’exil iranien post-1979 fournit un cas d’école : des générations de militants, confrontées à l’échec des révolutions et à la répression, ont dû inventer des formes de résistance non héroïques, quotidiennes et fragmentaires.
Ce texte résonne avec le contexte géopolitique de 2026, marqué par des conflits prolongés au Moyen-Orient et en Ukraine, où les notions de victoire et de défaite s’érodent dans des guerres asymétriques. L’essai s’inscrit ainsi dans un corpus croissant de réflexions postcoloniales qui questionnent le narratif occidental de la « fin de l’histoire », en soulignant comment les vaincus d’hier forgent les imaginaires de demain.
Khosravi et l’héritage des exilés
Shahram Khosravi incarne la trajectoire d’une génération d’intellectuels iraniens déracinés. Professeur émérite à Stockholm depuis 2005, il dirige le programme d’anthropologie critique de l’université, où il supervise des recherches sur les réfugiés et les frontières. Son engagement dépasse le cadre académique : activiste pour les droits des migrants, il a témoigné devant des instances européennes et collaboré avec des ONG comme Amnesty International. Son parcours personnel – arrestations en Iran dans les années 1980, fuite vers la Turquie puis la Suède – infuse son œuvre d’une urgence viscérale.
Autour de lui gravitent d’autres figures du même milieu, comme les contributeurs de Cabinet Magazine : Sina Najafi, cofondateur de la revue, ou George Prochnik, spécialiste d’histoire juive. Des artistes comme Arghavan Khosravi, peintre iranienne exilée aux États-Unis, partagent une sensibilité thématique aux restrictions imposées aux femmes et aux migrants, bien que leurs approches divergent – surréalisme pictural pour l’une, analyse textuelle pour l’autre. Ces convergences soulignent un réseau transatlantique d’exilés perses qui, depuis les campus européens et américains, défient les narratifs officiels de Téhéran.
L’essai de Khosravi dialogue avec un écosystème intellectuel où l’anthropologie des vaincus rencontre la philosophie politique, comme chez Achille Mbembe ou Judith Butler, qui explorent la « précarité » comme condition commune du XXIe siècle.
Repenser la résistance
Au cœur de l’argumentation de Khosravi réside un enjeu majeur : déconstruire l’idéologie de la victoire comme horizon unique de l’action politique. Dans un monde dominé par des récits triomphalistes – qu’ils soient néolibéraux ou nationalistes –, la défaite apparaît comme un non-lieu intellectuel, reléguée au rang d’anomalie. Pourtant, l’auteur montre comment, dans les camps de réfugiés syriens ou les banlieues iraniennes, les acteurs marginalisés transforment l’échec en ressource cognitive, produisant des cartographies alternatives du pouvoir.
Cette méthode interroge aussi les limites de l’anthropologie elle-même : en s’installant dans les ruines, le chercheur risque-t-il de romantiser la souffrance ? Khosravi répond par la nuance, en distinguant la défaite matérielle – exils, incarcérations – de sa potentialité subversive. Dans un contexte de montée des populismes, où les « perdants de la mondialisation » alimentent des discours xénophobes, son essai invite à une vigilance : la pensée depuis les ruines doit éviter le piège du ressentiment pour viser une éthique de la solidarité transfrontalière.
Les enjeux dépassent le cercle académique pour toucher les mouvements sociaux actuels, comme les manifestations pro-palestiniennes en Europe ou les grèves climatiques, où la persévérance face à l’échec systémique forge de nouvelles alliances.
Prolongements et débats
À court terme, Defeat as Method pourrait inspirer des séminaires universitaires et des panels sur les conférences d’anthropologie, notamment lors de l’assemblée annuelle de l’American Anthropological Association en novembre 2026. En Suède, où Khosravi bénéficie d’une audience établie, des traductions en suédois ou en persan pourraient amplifier sa portée auprès des diasporas. Cabinet Magazine, avec son modèle hybride papier-numérique, envisage probablement des événements autour du numéro 71, comme des lectures publiques à New York.
Les réactions ne manquent pas déjà : des partages sur les réseaux sociaux signalent un accueil positif dans les milieux militants, bien que des critiques conservateurs puissent y voir une apologie de la passivité. L’essai s’annonce comme un catalyseur de débats sur la résilience intellectuelle face aux crises globales. Enfin, dans un horizon proche, Khosravi pourrait développer ces idées dans un ouvrage autonome, prolongeant une œuvre qui, des marges, éclaire le centre.
L’essai de Shahram Khosravi, publié dans Cabinet Magazine en juillet 2026, pose les bases d’une anthropologie des ruines qui réhabilite la défaite comme posture critique. En s’appuyant sur des expériences d’exil et de résistance, il offre un prisme pour analyser les dynamiques contemporaines de pouvoir et de subversion.
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