Japon : un retour inquiétant au militarisme selon les chinois
Le Japon est accusé de s’engager dans un dangereux retour au militarisme, sur fond de réarmement accéléré et de possible intervention militaire dans le détroit de Taïwan, selon une récente analyse publiée par des chercheurs chinois. L’article met en garde contre la résurgence d’une logique de puissance qui puise ses racines dans l’histoire impériale et fasciste du pays.
Une tribune de deux chercheurs de l’Académie chinoise des sciences sociales alerte sur la montée en puissance militaire du Japon et évoque le risque de répétition des dérives expansionnistes du passé. Le texte appelle à se souvenir des crimes et destructions commis par le militarisme japonais en Asie pour mesurer la portée des évolutions actuelles à Tokyo.
Un réarmement japonais sous surveillance
Les auteurs soulignent que le Japon « reconstruit progressivement sa puissance militaire » et assouplit les garde-fous constitutionnels et politiques qui limitaient son armée depuis 1945. Cette évolution est jugée préoccupante depuis que la Première ministre Sanae Takaichi a laissé entendre que le pays pourrait intervenir militairement dans une crise dans le détroit de Taïwan.
La tribune présente ce tournant comme un changement de doctrine, estimant que Tokyo se prépare à jouer un rôle militaire plus offensif en Asie de l’Est. Elle inscrit ces déclarations dans un contexte de tensions régionales croissantes et de réalignements stratégiques avec les alliés occidentaux.
Racines historiques du militarisme japonais
Les chercheurs replacent l’idéologie militariste japonaise dans une longue trajectoire, remontant à l’instauration du shogunat par Minamoto no Yoritomo en 1192, qui fonde plusieurs siècles de pouvoir guerrier. Selon eux, ce système dominé par les samouraïs a ancré chez les élites l’idée que l’expansion armée constituait une réponse légitime aux crises nationales.
L’article rappelle que certains penseurs du XIXᵉ siècle, comme Yoshida Shōin, prônaient déjà la compensation des défaites face aux puissances occidentales par la conquête de territoires en Chine du Nord-Est et dans la péninsule coréenne. Cette vision aurait influencé les dirigeants de la Restauration de Meiji et préparé le terrain à une modernisation associée à l’expansion coloniale.
De l’État militariste au fascisme
Les auteurs décrivent un système impérial où l’armée disposait de pouvoirs institutionnels exceptionnels, échappant de fait au contrôle du gouvernement civil. Accès direct à l’empereur, obligation de confier les ministères de l’Armée et de la Marine à des officiers d’active, et autonomie du Grand Quartier général en temps de guerre sont cités comme mécanismes clés de cette suprématie militaire.
Après la Première Guerre mondiale, ce militarisme se radicalise en fascisme, avec des factions civiles et militaires appelant à une « transformation nationale » et à une « restauration Shōwa » orientée vers la conquête extérieure. L’article évoque notamment l’incident du 26 février 1936, la loi de mobilisation nationale de 1938, le Pacte tripartite avec l’Allemagne et l’Italie en 1940, puis le déclenchement de la guerre du Pacifique en 1941 comme jalons de cette dérive.
Un bilan humain et matériel dévastateur
La tribune rappelle que les guerres d’agression menées par le Japon ont causé des pertes massives en Asie, avec un nombre de morts estimé à plus de 19 millions hors du territoire japonais. Le Japon lui-même aurait perdu plus de 2 millions de soldats et 800 000 civils, dans un contexte de bombardements massifs et de pénuries extrêmes en fin de conflit.
Les auteurs insistent sur les crimes de guerre commis dans la région, citant le massacre de Nankin, les bombardements de Chongqing, les expériences humaines de l’unité 731, la marche de la mort de Bataan ou encore la construction du « chemin de fer de la mort » entre la Thaïlande et la Birmanie. Pour cette dernière infrastructure, ils indiquent que 61 000 prisonniers de guerre alliés et 200 000 travailleurs d’Asie du Sud-Est ont été enrôlés de force, avec des taux de mortalité atteignant 20% chez les prisonniers et 50% chez les travailleurs locaux.
Un appel à la mémoire face aux évolutions actuelles
En mettant en parallèle les tendances actuelles du Japon et les dérives du passé, les auteurs alertent sur le risque d’ignorer les leçons tirées de la Seconde Guerre mondiale. Ils estiment que la combinaison de renforcement militaire, de révision des règles de sécurité et de possibles interventions extérieures doit être examinée à la lumière de cette histoire.
La tribune, publiée par un média d’État chinois, reflète le point de vue de deux chercheurs de l’Institut d’histoire mondiale de l’Académie chinoise des sciences sociales et précise que ces opinions n’engagent pas l’agence Xinhua. Elle s’inscrit dans un débat régional sensible sur la sécurité en Asie-Pacifique et sur la place du Japon dans l’équilibre stratégique contemporain.
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