Maître Benlahrech retrouve enfin ses clients Mohamed Benhalima et Abdellah après un an d’empêchement de visite
L’avocat Zakaria Benlahrech a annoncé avoir enfin pu revoir, après près d’un an d’interdiction administrative, ses clients Mohamed Benhalima et Mohamed Abdellah. Une rencontre marquée, selon lui, par l’émotion et la dignité de ces détenus, privés jusque-là de contact direct avec leur défenseur.
Une année sans contact entre l’avocat et ses clients
Dans un message publié sur sa page Facebook, Maître Zakaria Benlahrech explique qu’il lui était impossible, depuis près d’un an, d’accéder à ses clients incarcérés malgré des demandes répétées de permis de visite.
L’avocat indique que ces demandes restaient sans réponse ou faisaient l’objet de refus, ce qui l’empêchait de préparer la défense dans des conditions qu’il juge conformes aux garanties procédurales.
Il affirme que cette situation l’a empêché « d’assurer pleinement [son] rôle d’avocat » auprès de Mohamed Benhalima et de Mohamed Abdellah, qu’il assiste dans plusieurs procédures depuis leur retour forcé d’Espagne et leur incarcération en Algérie.
Cette privation de contact direct s’est prolongée pendant de longs mois, au point de susciter des inquiétudes publiques d’ONG de défense des droits humains quant au respect des droits de la défense.
Une rencontre sous contrôle judiciaire et chargée d’émotion
La récente rencontre entre l’avocat et ses clients s’est déroulée au tribunal, en présence de la magistrate saisie du dossier, après l’autorisation finalement accordée à Maître Benlahrech.
L’avocat relate un moment qu’il qualifie d’émouvant lorsque Mohamed Benhalima a demandé à la juge la permission de saluer son avocat par un geste d’affection, simple marque de reconnaissance humaine dans un cadre judiciaire très encadré.
Il décrit une entrevue « émouvante et terriblement triste », évoquant les traces laissées par une année de séparation et de rigueur administrative sur ses clients, visibles selon lui dans leurs regards, leurs silences et leur posture.
Maître Benlahrech insiste sur le fait que, malgré ces conditions, ses clients ont conservé une attitude digne face à la cour et à la procédure en cours.
Contexte : l’affaire Benhalima et les inquiétudes des ONG
Mohamed Benhalima, ancien militaire algérien et lanceur d’alerte, avait quitté l’Algérie après sa participation au mouvement du Hirak avant de demander l’asile en Espagne.
Les autorités espagnoles ont toutefois rejeté ses demandes et ont procédé à son renvoi forcé vers l’Algérie en mars 2022, sur la base d’allégations d’activités contraires à la sécurité publique et de liens supposés avec le mouvement d’opposition Rachad.
Depuis son retour, il est détenu à la prison militaire de Blida, où il purge une peine de réclusion à perpétuité pour plusieurs chefs d’accusation liés à des vidéos et prises de parole dénonçant la corruption au sein de l’armée.
Amnesty International et d’autres organisations ont signalé des allégations de torture, de mauvais traitements et de détention à l’isolement, et réclament l’ouverture d’enquêtes indépendantes ainsi que la garantie d’un procès équitable.
Son coaccusé, Mohamed Abdellah, également ancien militaire et lanceur d’alerte, avait lui aussi cherché refuge en Espagne avant d’être renvoyé de force vers l’Algérie en août 2021 dans des circonstances similaires.
Les autorités algériennes le poursuivent dans le même dossier pour des infractions liées à la sûreté de l’État, sur la base notamment de ses activités de dénonciation de la corruption.
Droits de la défense et exercice de la profession d’avocat en question
La réapparition de Maître Benlahrech aux côtés de ses clients met en lumière la question du respect des droits de la défense en Algérie, notamment l’accès effectif des avocats à leurs mandants en détention.
Plusieurs barreaux locaux et ONG ont déjà alerté par le passé sur des restrictions d’accès aux détenus politiques ou d’opinion, dénonçant une entrave au libre exercice de la profession d’avocat et aux garanties d’un procès équitable.
Dans son message, l’avocat rappelle que, derrière les procédures pénales et les décisions administratives, se trouvent des personnes confrontées à la privation de liberté et à des accusations graves, ce qui impose un strict respect des droits fondamentaux.
Maître Benlahrech affirme rester déterminé à poursuivre la défense de Mohamed Benhalima et d’Abdellah par les voies de droit, en usant des recours disponibles au niveau national et, le cas échéant, auprès des mécanismes internationaux.
Les organisations de défense des droits humains continuent, pour leur part, d’appeler les autorités algériennes à garantir un accès régulier des avocats et des familles aux détenus, ainsi qu’à enquêter sur les allégations de mauvais traitements.
Enjeux et perspectives pour le dossier
L’autorisation donnée à l’avocat de revoir ses clients intervient alors que les ONG maintiennent la pression sur Alger pour une amélioration des garanties judiciaires dans les affaires liées au Hirak et à la sécurité de l’État.
Pour les défenseurs des droits humains, l’accès des avocats aux détenus constitue un indicateur central du respect des engagements internationaux de l’Algérie en matière de procès équitable et de prévention de la torture.
L’évolution du dossier Benhalima–Abdellah, et notamment les conditions de détention, l’examen des recours et le traitement des plaintes pour mauvais traitements, sera suivie de près par les organisations internationales et les observateurs.
ALG247.COM
Sources :
Amnesty International, communiqués et actions urgentes sur le cas Mohamed Benhalima.
Articles de presse et analyses sur la condamnation et la détention de Mohamed Benhalima.
Déclarations publiques de Maître Zakaria Benlahrech







