Libertés académiques en Algérie : l’inquiétude grandit après les sanctions contre plusieurs enseignants
L’arrestation du professeur Jelloul Salama et les sanctions visant les universitaires Larbi Rabdi et Samir Larabi ravivent le débat sur l’état des libertés académiques en Algérie. Des enseignants dénoncent une répression institutionnelle et l’étouffement du pluralisme intellectuel.
Un professeur d’économie porté disparu
Depuis la mi-janvier 2026, la communauté universitaire algérienne s’interroge sur le sort du professeur Jelloul Salama, spécialiste en économie et en ingénierie financière à Alger. Selon plusieurs sources universitaires relayées sur les réseaux sociaux, l’enseignant aurait été interpellé par les services de sécurité puis placé en garde à vue, en lien avec ses analyses critiques portant sur certains dossiers économiques sensibles, notamment le projet minier de Gara Djebilet, la chute du dinar ou encore la nature controversée d’investissements étrangers en Algérie.
Aucune déclaration officielle n’a été publiée à ce stade par le ministère de l’Enseignement supérieur ni par les autorités judiciaires, alimentant les interrogations autour de la situation réelle du chercheur.
Harcèlement et sanctions administratives
À Sétif, un autre enseignant dénonce des pratiques qualifiées d’abusives. Le docteur Larbi Rabdi, professeur de langue française et littérature à l’université Ferhat Abbas, fait état d’intimidations administratives répétées depuis plusieurs mois. Ancien détenu d’opinion, il affirme être visé pour avoir publiquement mis au jour des cas de corruption et des plagiats dans des travaux universitaires.
Dans des témoignages rendus publics, il évoque « une guerre silencieuse menée au sein de l’université », qu’il attribue à certains responsables locaux et au silence du ministère de l’Enseignement supérieur.
Le dossier Samir Larabi à Béjaïa
Le cas de Samir Larabi, doctorant à l’université de Béjaïa, illustre l’étendue du malaise. Engagé dans un travail de recherche sur les transformations sociales contemporaines, il affirme que la soutenance de sa thèse a été suspendue pour des motifs sécuritaires infondés. Après plusieurs années de blocage, il a été exclu définitivement du cycle doctoral, décision confirmée récemment par l’administration universitaire de Béjaïa.
Des collègues et associations universitaires ont dénoncé « une mesure politique déguisée en sanction académique », appelant à la réintégration du chercheur et à la sauvegarde de l’autonomie des universités.
Une liberté garantie par la Constitution mais restreinte dans les faits
La Constitution algérienne reconnaît pourtant la liberté d’expression, de recherche et d’enseignement. L’Algérie est également signataire de plusieurs textes internationaux, dont le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, garantissant la liberté académique.
Pourtant, selon des ONG telles qu’Amnesty International ou la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), les poursuites judiciaires et sanctions administratives visant des universitaires s’inscrivent dans une tendance plus large de fermeture généralisée de l’espace public. Elles soulignent que les enseignants critiques font souvent l’objet de pressions, de convocations policières ou d’interdictions de déplacement, en contradiction avec les engagements constitutionnels du pays.
Des appels à la solidarité et à la protection du milieu académique
Dans une publication diffusée le 29 janvier 2026 sur les réseaux sociaux, l’universitaire et militant Fodil Boumala a exprimé sa solidarité avec les trois enseignants concernés, déplorant « l’écart croissant entre les droits inscrits dans la Constitution et leur application réelle ». L’appel au respect des libertés académiques a été largement repris par des enseignants, syndicats et étudiants, inquiets de la dégradation du climat intellectuel au sein des institutions universitaires.
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