La journaliste libanaise Ghada Daykh, présentatrice emblématique de la radio Sawt Al-Farah depuis sa fondation dans les années 1980, a été tuée mercredi 8 avril 2026 dans une frappe israélienne qui a visé son domicile dans la ville de Tyr, au sud du Liban. Sa mort survient alors qu’Israël mène, selon ses propres termes, sa « plus grande frappe coordonnée » contre le Hezbollah depuis le début du conflit.
Le corps de la journaliste a été retrouvé par une équipe de la Défense civile islamique après qu’une frappe aérienne eut ciblé un immeuble dans la ville de Tyr. Ghada Daykh avait consacré trente-sept ans de sa carrière à cette radio libanaise dont elle était l’une des figures fondatrices, portant à travers les ondes une voix que ses collègues décrivent comme « sincère et humaine ». Elle est ainsi la dernière d’une longue série de professionnels de l’information à perdre la vie dans un conflit qui ne cesse d’endeuiller la presse libanaise.
Une frappe sur un domicile civil au cœur de Tyr
Ghada Daykh, journaliste à la radio Sawt Al-Farah, a été tuée par une frappe israélienne ayant ciblé son domicile dans la ville de Tyr. Sawt Al-Farah, radio dont le siège est précisément établi à Tyr, diffuse depuis plus de trente-six ans depuis cette cité côtière du sud du Liban. La frappe, selon les éléments disponibles, a frappé un immeuble résidentiel sans que l’armée israélienne n’ait fait état d’un objectif militaire explicite en lien avec le bâtiment visé. Ce même 8 avril, l’armée israélienne a ordonné l’évacuation d’un bâtiment en plein cœur de la ville millénaire de Tyr, et plusieurs frappes ont visé diverses localités du sud du pays, dont un immeuble de la région de Tyr. La mort de la journaliste s’inscrit dans cette vague de bombardements qui a, selon le ministère libanais de la Santé, fait « des dizaines de morts et des centaines de blessés » en une seule journée.
Trente-sept ans au service des ondes de Tyr
Ghada Daykh avait débuté sa carrière radiophonique dès le lancement de Sawt Al-Farah, dans les années 1980, à une époque où le Liban traversait l’une des phases les plus violentes de sa guerre civile. Pendant près de quatre décennies, elle avait animé les matinales et les journaux d’information de cette radio qui s’est progressivement imposée comme une référence dans la région de Tyr. Ses collègues, dans le communiqué publié par la rédaction après l’annonce de sa mort, ont rendu hommage à « une carrière riche et à un don sincère », évoquant une professionnelle dont la voix avait accompagné des générations d’auditeurs à travers les crises successives du pays. Son décès laisse, selon eux, « une blessure profonde dans les cœurs de tous ceux qui l’ont connue et côtoyée ».
Une presse libanaise en deuil répété depuis mars 2026
La mort de Ghada Daykh ne constitue pas un fait isolé dans le paysage médiatique libanais. Le 28 mars 2026, trois journalistes avaient déjà été tués par une frappe israélienne sur leur véhicule dans le sud du pays, une attaque qualifiée de « crime flagrant » par le président libanais Joseph Aoun. Quelques semaines plus tôt, deux journalistes de la chaîne RT avaient été blessés au Liban dans une frappe que Moscou a qualifiée d’attaque « délibérée et ciblée » ; le Comité pour la Protection des journalistes (CPJ) avait alors rappelé que frapper des reporters clairement identifiés comme presse constitue une violation du droit international. L’armée israélienne, pour sa part, a constamment affirmé ne pas viser délibérément les civils ni les journalistes, renvoyant aux ordres d’évacuation qu’elle dit diffuser avant ses frappes.
Le conflit s’emballe le jour même d’une trêve régionale
La mort de la journaliste intervient dans un contexte d’une particulière acuité diplomatique. Affirmant que la trêve conclue entre les États-Unis et l’Iran ne s’appliquait pas au Liban, l’armée israélienne a mené mercredi ce qu’elle a décrit comme sa « plus grande frappe coordonnée » contre le Hezbollah depuis le début du conflit, faisant selon le ministère libanais de la Santé « des dizaines de morts et des centaines de blessés ». Israël a déclaré soutenir la trêve de deux semaines conclue entre les États-Unis et l’Iran, tout en précisant qu’elle « n’incluait pas le Liban ». Le président libanais Joseph Aoun a, dans ce contexte, salué la trêve régionale et indiqué que son pays œuvrait à y être inclus, tandis que le premier ministre Nawaf Salam a réaffirmé que « personne ne négocie au nom du Liban, sauf l’État libanais ».
Plus de 1 500 morts depuis le 2 mars, des journalistes en première ligne
Les frappes israéliennes sur le Liban depuis le 2 mars ont fait plus de 1 500 morts et plus d’un million de déplacés. Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars lorsque le Hezbollah, soutenu par Téhéran, a tiré des roquettes sur Israël pour venger l’attaque américano-israélienne qui a tué le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Dans ce bilan humain sans cesse aggravé, les professionnels de l’information occupent une place particulière : selon le CPJ, 129 journalistes et employés de presse avaient déjà été tués dans le monde au cours de l’année 2025, l’organisation imputant les deux tiers des cas à Israël. Avec la mort de Ghada Daykh, le décompte des journalistes touchés au Liban depuis le début de cette nouvelle phase du conflit s’alourdit encore. La ville de Tyr, qui concentrait encore quelque 20 000 personnes malgré les ordres répétés d’évacuation israéliens, se retrouve désormais doublement endeuillée : par ses habitants, et par l’une des voix qui l’avait accompagnée pendant plus de trois décennies.
Les circonstances exactes de la frappe ayant coûté la vie à Ghada Daykh n’avaient pas encore fait l’objet d’une déclaration officielle de l’armée israélienne au moment de la publication de cet article.
Amel Bensalem