De Chalghoumi à Sansal, en passant par Kamel Daoud : la persistance du discours colonial en France
En France, la parole raciste et la nostalgie coloniale s’expriment de plus en plus ouvertement. Figures médiatisées, écrivains célébrés et discours politiques convergent désormais vers une même réalité : celle d’un retour décomplexé du mépris envers l’Autre, souvent musulman, arabe ou africain.
Une idéologie racialisée redevenue légitime
Depuis plusieurs années, la progression électorale de l’extrême droite s’accompagne d’un glissement profond des repères démocratiques. La haine de l’étranger n’est plus marginale : elle s’affiche sur les plateaux télévisés, s’impose dans les débats parlementaires et se normalise jusque dans les conversations ordinaires.
Les actes de violence contre des personnes identifiées comme “étrangères” se multiplient, parfois jusqu’à la mort, dans un climat d’impunité croissante. Les associations antiracistes constatent une explosion des agressions physiques et verbales, tandis que la stigmatisation religieuse gagne les institutions publiques. À la RATP, par exemple, des agents de confession musulmane témoignent d’un harcèlement quotidien, où l’on confond neutralité et exclusion.
Un pouvoir judiciaire à géométrie sélective
Dans le même temps, la justice française se montre d’une sévérité inédite envers les citoyens qui critiquent la politique israélienne et dénoncent les crimes commis à Gaza. Des militantes, des syndicalistes, des enseignants, parfois de simples internautes, ont été interpellés pour des publications en ligne jugées “pro-palestiniennes”, quand bien même elles relevaient de la liberté d’expression.
Cet usage sélectif du droit pénal révèle un déséquilibre profond : d’un côté, les propos racistes ou islamophobes se banalisent ; de l’autre, la solidarité avec les Palestiniens est criminalisée. La France — patrie autoproclamée des droits de l’Homme — semble avoir cédé à une logique d’alignement complet sur les gouvernements de l’extrême droite israélienne.
Les “bons indigènes” : une vitrine médiatique au service d’un récit dominant
Dans les médias, seuls certains profils issus des minorités trouvent grâce aux yeux du pouvoir symbolique : ceux qui valident les thèses dominantes. On les appelle parfois, avec amertume, les “indigènes dociles”.
L’imam Hassen Chalghoumi incarne cette figure du musulman “acceptable” : omniprésent dans les médias, toujours prêt à dénoncer les siens, il sert de caution morale à un système médiatique obsédé par la suspicion à l’égard de l’islam.
De son côté, Kamel Daoud, longtemps célébré par la presse française, s’est imposé comme l’écrivain qui traduit, pour la bonne conscience occidentale, l’idée que les peuples arabes seraient intrinsèquement violents, prisonniers de leurs archaïsmes et incompatibles avec “les valeurs de la République”. Ce discours, travesti en analyse littéraire, prolonge les vieux clichés orientalistes : celui d’une Europe éclairée civilisant un monde supposé barbare.
De Boualem Sansal au prix Goncourt : une consécration du déni
L’élection de Boualem Sansal à l’Académie française a symboliquement parachevé cette dynamique. Cadre supérieur sous la dictature militaire algérienne, puis écrivain adulé pour son hostilité revendiquée à l’islam, il a bâti sa reconnaissance sur une posture de rupture avec les siens. Sa glorification institutionnelle dit beaucoup : la société française honore ceux qui, venus d’ailleurs, légitiment son propre récit colonial.
Sous couvert d’universalisme, ces voix assurent la continuité d’une entreprise intellectuelle consistant à dépeindre l’étranger comme un problème et le colon comme un pédagogue.
Le visage contemporain du vieux colonialisme
Loin d’avoir disparu avec la décolonisation, la pensée coloniale s’est simplement refondue dans de nouveaux langages : défense de la “civilisation”, refus du “séparatisme”, exaltation d’une identité nationale fantasmée.
Les corpus idéologiques sont les mêmes : hiérarchisation des cultures, surveillance des “minorités dites problématiques”, justification morale de la domination.
Ce discours, désormais institutionnalisé, pénètre l’école, les médias, les cercles intellectuels et politiques et à peu près toutes les spheretde la société française. Il recompose, sous un vernis républicain, la vieille logique coloniale : diviser pour régner, assigner pour exclure, et reconstruire une France “pure”, que menacerait la présence de l’autre.
Une République face à son miroir
Ce n’est donc pas une simple dérive politique, mais une crise morale et historique. Quand l’antiracisme devient suspect et que la solidarité est criminalisée, c’est le pacte républicain lui-même qui vacille.
La France, en redonnant voix à ses vieux démons coloniaux, tourne le dos à l’idéal d’égalité qu’elle prétend incarner.
Samir Belateche
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