Venezuela : frappes US et enlèvement de Maduro
Les bombardements américains contre le Venezuela et la capture de Nicolás Maduro par les forces des États‑Unis s’inscrivent dans une stratégie de longue durée mêlant sanctions économiques, pressions militaires et justification par la « guerre à la drogue », en contradiction avec de nombreux rapports internationaux. Les données disponibles sur le narcotrafic, l’économie vénézuélienne et les droits humains montrent un décalage marqué entre le récit officiel de Washington et la réalité documentée par l’ONU, des organismes spécialisés et les grandes agences.
Les frappes américaines du 3 janvier contre le Venezuela sont présentées comme une offensive « historique » contre le narcotrafic. Pourtant, rapports onusiens, chiffres du pétrole et enquêtes sur les droits humains offrent une image beaucoup plus complexe, entre impératif stratégique, enjeux énergétiques et violations du droit international.
Bombardements du 3 janvier et enlèvement de Maduro
Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les États‑Unis lancent des frappes aériennes contre plusieurs cibles au Venezuela, Donald Trump annonçant quelques heures plus tard une opération d’envergure ayant conduit à la “capture” du président Nicolás Maduro et de son épouse, transférés hors du pays. Les autorités vénézuéliennes et régionales signalent des attaques touchant des infrastructures stratégiques – aéroport, installations portuaires, bases militaires – ainsi que plusieurs États du pays, tandis que Washington justifie ces actions par la lutte contre le trafic de drogue et la « sécurité » américaine.
Ce recours à la force intervient après une montée progressive des tensions, marquée par des saisies de pétroliers au large des côtes vénézuéliennes et des déclarations répétées de Donald Trump évoquant la possibilité de frapper des installations utilisées, selon lui, pour la logistique du narcotrafic. Les bombardements et l’enlèvement d’un chef d’État en exercice soulèvent des interrogations juridiques majeures sur le respect de la souveraineté vénézuélienne et des principes de la Charte des Nations unies, plusieurs experts en droit international ayant déjà jugé illégales des opérations antérieures de blocus ou de frappes ciblées.
Narcotrafic : ce que disent les chiffres
Contrairement au discours officiel américain présentant le Venezuela comme un acteur central du narcotrafic, le rapport mondial sur les drogues 2025 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) indique que les principaux flux de cocaïne proviennent toujours des pays andins – Colombie, Pérou, Bolivie – et privilégient d’autres corridors maritimes et terrestres que le territoire vénézuélien. Les analyses de l’ONUDC et d’autres études spécialisées décrivent le Venezuela comme un pays de transit secondaire ou marginal, loin derrière les grandes routes qui passent par la Colombie, le Mexique ou d’autres États de la région, même si une partie de la cocaïne colombienne traverse son territoire.
Des évaluations indépendantes rappellent qu’historiquement le Venezuela a été qualifié de « route de transit » pour la cocaïne, mais sans être producteur ni hub dominant des flux vers l’Amérique du Nord, tandis que les principaux centres de production et de transformation restent situés en Colombie, au Pérou et en Bolivie. Par ailleurs, les derniers rapports de la DEA sur les drogues de synthèse identifient surtout les cartels mexicains, avec des précurseurs importés de Chine, comme responsables des surdoses de fentanyl aux États‑Unis, sans mentionner le Venezuela comme centre majeur de production ou d’exportation de ces substances.
Sanctions, pétrole et redressement économique
Depuis 2017, la stratégie américaine repose sur un arsenal de sanctions financières sévères, dont le décret 13808 qui restreint drastiquement l’accès du Venezuela aux marchés internationaux et vise directement la compagnie pétrolière publique PDVSA, avec des effets lourds sur l’économie et la vie quotidienne de la population selon de nombreux économistes et institutions internationales. Malgré ce contexte, plusieurs organismes, dont des institutions financières multilatérales, relèvent une reprise progressive de l’activité vénézuélienne à partir de 2023, portée notamment par la remontée de la production pétrolière et des ajustements internes en matière de politique économique.
Des analyses économiques signalent une forte réduction de l’hyperinflation qui ravageait le pays à la fin des années 2010, avec une baisse marquée de l’inflation annuelle entre 2023 et 2024, même si les niveaux restent très élevés par rapport aux standards régionaux. Dans ce contexte de redressement relatif et de remontée de la production de pétrole, les déclarations publiques de Donald Trump, qui a plusieurs fois affirmé que les États‑Unis auraient pu « prendre le contrôle » des ressources pétrolières vénézuéliennes, alimentent les critiques sur un agenda centré sur l’appropriation des richesses naturelles plutôt que sur la seule lutte antidrogue.
Droits humains : accusations graves contre le pouvoir vénézuélien
En parallèle des débats sur la légalité des sanctions et des opérations militaires, le gouvernement de Nicolás Maduro fait l’objet d’accusations persistantes de violations graves des droits humains, documentées par plusieurs mécanismes onusiens et organisations internationales. Une mission internationale d’enquête mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a mis en évidence, sur une décennie, un schéma de répression impliquant la Garde nationale bolivarienne, avec des exécutions extrajudiciaires, des détentions arbitraires, des actes de torture et des violences sexuelles contre des opposants réels ou supposés.
Les rapports soulignent l’existence de centres de détention officiels et clandestins utilisés pour briser les opposants, ainsi qu’un niveau élevé d’impunité systémique au sein de l’appareil judiciaire, ce qui a conduit la Cour pénale internationale à ouvrir une enquête pour crimes contre l’humanité commis dans le contexte de la répression politique. Ces éléments montrent qu’un redressement économique partiel ne s’accompagne pas automatiquement d’une amélioration en matière d’État de droit et de garanties fondamentales, le pouvoir vénézuélien restant accusé de pratiques répressives étendues.
Droit international, impérialisme et réactions internationales
Les frappes américaines et le kidnapping de Nicolás Maduro relancent le débat sur le recours unilatéral à la force et sur le respect de la souveraineté des États, plusieurs juristes rappelant que la Charte des Nations unies interdit en principe l’usage de la force armée hors des situations d’autodéfense ou de mandat explicite du Conseil de sécurité. Des opérations telles que le blocus naval de pétroliers, les saisies de navires ou les frappes sur des infrastructures situées sur le territoire vénézuélien sont fréquemment critiquées comme des violations du droit international, en particulier lorsqu’elles sont justifiées sans preuve publique solide de menace imminente.
Ces développements s’inscrivent dans une longue histoire de tensions entre Washington et plusieurs gouvernements d’Amérique latine, où la dénonciation de l’« impérialisme » et du contrôle des ressources revient régulièrement dans le discours des dirigeants et des mouvements sociaux de la région. Face à l’escalade actuelle, la relative prudence ou réserve d’autres puissances, y compris au sein des organisations régionales, interroge sur la capacité de la communauté internationale à faire respecter les normes communes lorsque les grandes puissances recourent à la force en dehors des cadres multilatéraux.
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