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mercredi, février 4, 2026

Iran : coupure volontaire d’internet, un test grandeur nature d’isolement numérique

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Yacine Messaoud
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Yacine Messaoud – Journaliste et administrateur de la plateforme ALG247.COM.

Iran : coupure volontaire d’internet, un test grandeur nature d’isolement numérique

Le 14 janvier 2026, l’Iran a brusquement réduit son trafic internet international de près de 70%. Derrière cette opération inédite, un test stratégique : vérifier la capacité du pays à fonctionner en autarcie numérique totale.

Le 14 janvier 2026, entre 21 h et 23 h, la connectivité internet sortante de l’Iran chute brutalement. Selon les mesures de plusieurs observatoires mondiaux du réseau, le trafic vers l’étranger baisse de 68% en moins de deux heures. Une variation d’une telle ampleur ne peut être accidentelle. Aucun incident technique, ni climatique, ni maritime n’a été signalé. Très vite, les connexions vers les géants du web – Google, YouTube, WhatsApp, Instagram, Telegram, X ainsi que les services cloud américains et européens – deviennent impossibles ou instables.

Un isolement volontaire et contrôlé

À l’intérieur du pays, les sites et services gouvernementaux restent accessibles. Les plateformes bancaires et les réseaux administratifs continuent à fonctionner normalement. Ce contraste indique une opération volontaire : le réseau iranien n’a pas subi une panne, il a été délibérément isolé du reste du monde.

L’Iran ne possède qu’un nombre limité de points de sortie internet, principalement situés autour de Téhéran, Ispahan et Chiraz. Ces passerelles, placées sous la supervision directe du ministère des Télécommunications et des services de sécurité, contrôlent la quasi-totalité du trafic international. En fermant ou en filtrant ces points, les autorités peuvent suspendre la connectivité mondiale sans altérer le réseau interne.

Techniquement, la coupure repose sur une manipulation du BGP (Border Gateway Protocol), protocole qui indique aux autres réseaux mondiaux comment atteindre les serveurs iraniens. En retirant certaines annonces, le pays cesse simplement d’être visible pour le reste du monde. En parallèle, le contrôle des DNS (systèmes de noms de domaine) bloque l’accès aux serveurs globaux tout en maintenant actif un DNS national réservé aux services domestiques.

Un test préparé depuis plus d’une décennie

Cette démonstration s’inscrit dans la continuité du Réseau national d’information lancé par l’Iran dès 2012. Face aux sanctions américaines intensifiées à partir de 2019, Téhéran a investi plusieurs milliards de dollars dans ses centres de données et ses alternatives locales aux grands services occidentaux. L’objectif affiché : assurer la continuité de l’État en cas de coupure totale d’internet mondial.

En janvier 2026, ce scénario est testé grandeur nature. Dans les premières 24 heures, les entreprises dépendantes de solutions étrangères subissent des pertes d’activité estimées entre 40 et 60%. Les travailleurs indépendants tournés vers les marchés internationaux sont particulièrement touchés. En revanche, les sociétés opérant sur le marché intérieur enregistrent des baisses limitées, souvent inférieures à 15%.

Une stratégie d’autonomie numérique

Le gouvernement évalue trois indicateurs principaux : la capacité de contournement (notamment via les VPN), la stabilité économique et la résilience de l’appareil d’État. Les services sécuritaires continuent de fonctionner grâce à des réseaux fermés et des bases de données locales. Pour les autorités, le test est concluant : le pays reste opérationnel, même isolé du web mondial.

Cette opération intervient dans un contexte géopolitique tendu. L’Iran anticipe un durcissement des sanctions et une pression militaire accrue. En testant cette coupure souveraine, Téhéran se donne la capacité de choisir l’isolement plutôt que de le subir. Ce modèle, observé attentivement par la Russie et la Chine, pourrait inspirer d’autres États soumis à des pressions internationales.

Vers une fragmentation d’internet mondial

Ce précédent marque un tournant : la possibilité pour un État de maintenir ses fonctions vitales sans dépendance au réseau mondial. D’ici 2030, plusieurs experts imaginent une multiplication des réseaux nationaux autonomes capables de fonctionner indépendamment pendant plusieurs jours. Internet deviendrait alors un assemblage de systèmes souverains, accessibles ou non selon la situation politique.

Cette tendance pourrait affaiblir l’efficacité des sanctions numériques et accélérer la constitution de blocs technologiques distincts – un bloc occidental, un bloc sino-russe et un ensemble d’États non alignés partageant une même logique d’autonomie numérique. À terme, la liberté d’information et la circulation mondiale des données risquent d’être profondément transformées.

ALG247.COM

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