Près de trois mois après leur capture par les forces américaines dans leur palais de Caracas, Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores ont adressé samedi leur premier message public depuis leur incarcération au Metropolitan Detention Center de Brooklyn. Dans un texte diffusé sur le réseau X par leurs proches, le couple se dit « forts, sereins et en prière constante ».
C’est dans la soirée du samedi 28 mars que le message a été rendu public, à la veille de la Semaine sainte — une période de forte charge symbolique pour ce pays à large majorité catholique. « Nous avons reçu vos communications, vos messages, vos e-mails, vos lettres et vos prières », écrivent les deux détenus. « Chaque mot d’amour, chaque marque d’affection, chaque expression de soutien nous remplit l’âme et nous fortifie spirituellement. » Ce premier signe de vie direct du couple, depuis près de douze semaines de silence, intervient deux jours après leur deuxième comparution devant la justice fédérale américaine.
Une opération nocturne qui a mis fin à vingt-cinq ans de chavisme au pouvoir
Nicolas Maduro et son épouse ont été arrêtés le 3 janvier lors d’une opération nocturne américaine menée dans leur palais de Caracas. L’opération, baptisée « Absolute Resolve », a constitué l’action américaine la plus assertive en matière de changement de régime depuis l’invasion de l’Irak en 2003, selon des analystes. Conduite sous l’autorité de l’administration Trump, après des mois de planification secrète et une campagne de pression intensive contre Caracas, elle a mis brutalement fin à plus de vingt-cinq ans de gouvernance chaviste au Venezuela. Le président américain Donald Trump a déclaré à la suite de l’opération que son pays allait « diriger » le Venezuela jusqu’à une transition jugée « sûre », et prendrait le contrôle de ses vastes réserves pétrolières. Une annonce qui a suscité des réactions vives à l’échelle internationale, de Moscou à Pékin, en passant par plusieurs capitales européennes.
Au MDC de Brooklyn, un isolement presque total
Depuis leur arrivée sur le sol américain, Nicolas Maduro et Cilia Flores sont incarcérés au Metropolitan Detention Center de Brooklyn, une prison fédérale réputée pour son insalubrité et sa gestion défaillante. Les conditions de détention de l’ancien chef d’État vénézuélien ont progressivement filtré par l’intermédiaire de son entourage. En cellule, il ne dispose ni de journaux ni d’accès à internet, mais est autorisé à s’entretenir par téléphone avec sa famille et ses avocats pendant quinze minutes par jour, selon une source proche du dirigeant. Seul dans sa cellule, celui que certains codétenus appellent encore « le président » se consacre à la lecture de la Bible, selon son entourage. Son fils, Nicolas Maduro Guerra, avait par ailleurs fait savoir que son père disposait d’une heure de promenade quotidienne et continuait à faire de l’exercice.
Narcoterrorisme et trafic de drogue : un procès aux enjeux considérables
L’ancien chef d’État, âgé de 63 ans, est poursuivi aux États-Unis pour quatre chefs d’accusation, dont narcoterrorisme. Il est accusé d’avoir protégé et facilité un vaste trafic de drogue en s’alliant notamment avec des mouvements de guérilla et des cartels criminels qualifiés de « terroristes » par Washington. Son épouse Cilia Flores, 69 ans, fait face à trois chefs d’accusation similaires. Tous deux plaident non coupable. Leurs avocats demandent l’annulation de l’acte d’accusation, en faisant notamment valoir que l’administration américaine empêche l’État vénézuélien de financer leur défense. Le dossier est confié au juge Alvin Hellerstein, vétéran de la justice new-yorkaise âgé de 92 ans, rompu aux grandes affaires médiatiques et déjà en charge du volet vénézuélien de ce dossier depuis plus de dix ans — qui avait notamment abouti à la condamnation de l’ancien chef des renseignements militaires vénézuéliens, Hugo Armando Carvajal.
Caracas sans Maduro : entre loyalistes mobilisés et pouvoir en transition
L’arrestation du couple a plongé le Venezuela dans une profonde incertitude institutionnelle. La Cour suprême vénézuélienne a ordonné à la vice-présidente Delcy Rodríguez d’assumer la fonction de présidente par intérim, bien qu’aucune cérémonie d’investiture n’ait été diffusée à la télévision d’État. À Caracas, des partisans du gouvernement ont brûlé des drapeaux américains lors de rassemblements dispersés, tandis que la majorité de la population est restée chez elle par crainte. Par ailleurs, des milliers de partisans de Maduro sont descendus dans les rues de Caracas pour réclamer son retour, au cours de mobilisations organisées par les structures loyalistes restées en place. Sur le plan diplomatique, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères a réclamé devant l’ONU la libération immédiate de l’ancien président, tout en confirmant l’ouverture d’un « canal diplomatique » avec Washington.
Un silence judiciaire rompu à la veille de Pâques
Nicolas Maduro ne s’était pas exprimé publiquement depuis sa première audience devant un tribunal new-yorkais, le 5 janvier, au cours de laquelle il s’était présenté comme « le président de la République du Venezuela » en exercice, « kidnappé » par les États-Unis, se définissant dès lors comme un « prisonnier de guerre ». Lors de sa deuxième comparution, le 26 mars dernier, il n’a pas pris la parole. C’est donc par le biais d’un message écrit, relayé par ses proches sur les réseaux sociaux, qu’il a choisi de rompre ce long silence, sans aborder ni le fond des accusations ni la stratégie judiciaire de sa défense. Le calendrier de l’audience au fond n’a pas encore été arrêté par le tribunal fédéral du district sud de Manhattan.
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