La guerre américano-israélienne contre l’Iran, déclenchée fin février 2026, produit des effets bien au-delà du Golfe. Dans le Maghreb, elle vient perturber silencieusement l’un des dossiers militaires les plus sensibles de la région : le transfert de trente avions de chasse Mirage 2000-9 des Émirats arabes unis vers le Maroc.
Un contrat imbriqué dans plusieurs logiques
Selon des informations publiées par Africa Intelligence, l’acquisition par le Maroc de 30 avions de chasse Mirage 2000-9 auprès des Émirats arabes unis, autorisée par la France depuis 2024, n’a toujours pas été concrétisée en raison de l’instabilité persistante dans le Golfe.
Le mécanisme est le suivant : ce transfert est conditionné à la réception, par Abu Dhabi, de ses propres appareils de remplacement. Selon les termes du contrat signé avec la France lors d’une visite d’Emmanuel Macron à Abu Dhabi, un premier lot de 80 Rafale F4 commandés en décembre 2021 est attendu à partir de 2026. La livraison complète devrait s’étendre jusqu’en 2031. Autrement dit : tant que les Émirats n’ont pas leurs Rafale, ils ne cèdent pas leurs Mirage.
La guerre comme facteur de blocage
La crise iranienne vient ajouter une couche supplémentaire d’incertitude. L’escalade des tensions a contraint les Émirats à maintenir leurs capacités aériennes en état d’alerte, empêchant ainsi le transfert de ces appareils à court terme. Malgré le récent cessez-le-feu temporaire, les bases aériennes restent en configuration défensive.
En anticipation, Abu Dhabi avait pris ses précautions. Le 20 février 2025, à l’occasion du salon IDEX à Abu Dhabi, la Gulf Aircraft Maintenance Company a conclu un partenariat stratégique avec un groupe français pour assurer la maintenance lourde des moteurs M53 équipant les Mirage 2000. L’objectif : prolonger la durée de vie de la flotte en attendant une transition ordonnée.
Un calendrier qui glisse vers 2027, voire au-delà
Dans ce contexte tendu, les autorités émiraties choisissent de maintenir leur flotte actuelle pleinement opérationnelle plus longtemps. Le transfert au Maroc est désormais attendu autour de 2027.
La réception par le Maroc de ces 30 appareils coïncidera, la même année, avec celle de 25 avions de chasse F-16, dans le cadre d’un contrat conclu en 2019 avec les États-Unis pour 3,5 milliards d’euros. Rabat table ainsi sur une double montée en puissance de sa force aérienne à l’horizon 2027-2028 — si les calendriers tiennent.
Ce que cela signifie pour l’équilibre au Maghreb
Le retard ne remet pas en cause le fond de la coopération militaire entre Rabat et Abu Dhabi, qui reste solide. Mais il illustre une réalité que les chancelleries maghrébines ont tendance à sous-estimer : les crises du Moyen-Orient ne sont jamais lointaines. Elles reconfigurent les chaînes d’approvisionnement en armement, retardent des contrats en cascade et, in fine, pèsent sur des équilibres régionaux bien au-delà de la zone de conflit.
Pour Alger, qui suit de près la montée en puissance des Forces royales air, ce glissement de calendrier offre une fenêtre supplémentaire avant que le Maroc ne consolide sa supériorité aérienne avec une flotte modernisée. Dans le silence des états-majors, c’est une information qui compte.
Sources : Africa Intelligence / Maghreb Online / Yabiladi / Le360 / Médias24
Julien Moreau — 11 avril 2026