Minneapolis : le départ de Gregory Bovino, premier signe d’inflexion de Trump ?
Sous pression après deux morts lors d’opérations fédérales, l’administration Trump retire de Minneapolis le chef de l’ICE Gregory Bovino et une partie de ses agents. Le président adopte un ton plus conciliant, sans remettre en cause sa ligne dure sur l’immigration.
Lundi soir à Minneapolis, plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés devant un hôtel de Maple Grove, dans la banlieue nord-ouest, où ils pensent que séjourne Gregory Bovino, patron de l’ICE et figure centrale de la politique anti-immigration de Donald Trump. Ce responsable fédéral, critiqué pour ses méthodes musclées, doit quitter la ville mardi avec une partie des agents placés sous son commandement. Ce départ intervient après deux bavures mortelles commises par des forces fédérales, dont la mort de l’infirmier Alex Pretti lors d’une intervention à Minneapolis.
Les faits
Selon plusieurs sources concordantes, Gregory Bovino, commandant itinérant de la police de l’immigration, est appelé à quitter Minneapolis pour retrouver un poste au sein de la Border Patrol à El Centro, en Californie. Des responsables américains indiquent que cette réaffectation s’inscrit dans une réorganisation du dispositif fédéral dans le Minnesota, alors qu’une partie des agents de l’ICE et de la Border Patrol doit également être retirée.
Dans la rue, le départ annoncé de Bovino ne fait pas cesser la mobilisation. Des manifestants bravent le froid, munis de drapeaux américains, de casseroles ou d’instruments, pour réclamer le retrait de tous les agents fédéraux et l’ouverture d’enquêtes approfondies sur la mort d’Alex Pretti et de Renee Good. Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, et le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, demandent de leur côté le retrait des quelque 3000 policiers fédéraux déployés dans l’État.
Le contexte
La séquence s’inscrit dans une montée des critiques contre la militarisation de la lutte contre l’immigration menée par l’administration Trump, dont Gregory Bovino est devenu l’un des visages les plus emblématiques. À Minneapolis, ses unités sont accusées de recours à la force disproportionnée, notamment après deux opérations mortelles visant des citoyens américains, dont Alex Pretti, infirmier de 37 ans.
Le ministère de la Sécurité intérieure a d’abord présenté Pretti comme un « terroriste » qui aurait voulu « massacrer » des agents fédéraux, en s’appuyant sur le fait qu’il portait une arme de poing dans le cadre d’un port d’arme légal. Or, les images disponibles ne confirment pas une intention d’attaque, alors que l’homme filmait une interpellation au moment des tirs, ce qui nourrit les accusations de mensonge et de propagande dénoncées par les proches de la victime.
Les acteurs
Gregory Bovino, cadre de la Customs and Border Protection, s’est fait connaître pour ses méthodes offensives dans la lutte contre l’immigration clandestine, assumant une ligne très ferme et parfois à la limite de la légalité, selon ses critiques. À Minneapolis, des témoins le comparent à des figures de fiction autoritaires, reflet de la peur que suscite sa présence parmi les résidents, y compris ceux bénéficiant de la nationalité américaine.
Autour de lui, plusieurs figures de l’administration Trump sont au centre du jeu. La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, et le conseiller Corey Lewandowski sont évoqués comme potentiellement fragilisés, alors que le « tsar des frontières » Tom Homan doit reprendre la direction des opérations sur le terrain dans le Minnesota. À la Maison-Blanche, des conseillers comme Stephen Miller restent identifiés par les opposants comme les architectes d’une politique d’expulsions sans concession.
Les réactions
Sur le terrain, les manifestants accueillent le départ de Bovino comme « un bon début », tout en estimant que rien ne changera tant que Donald Trump et ses principaux conseillers resteront en place. Des habitants de longue date de Minneapolis expriment leur pessimisme sur la capacité des autorités fédérales à protéger les communautés locales et à dire la vérité sur les circonstances des tirs mortels.
L’exécutif, lui, tente un rééquilibrage discursif. La Maison-Blanche qualifie désormais la mort d’Alex Pretti de « tragédie » et affirme que Donald Trump « ne veut pas voir des gens blessés ou tués dans les rues », tout en défendant Bovino comme un « grand Américain » et un membre clé de l’équipe présidentielle. Le ministère de la Justice assure qu’une enquête est en cours et qu’aucune destruction de preuves n’a eu lieu, après des plaintes déposées par les autorités locales démocrates.
Les enjeux et perspectives
Le retrait de Gregory Bovino de Minneapolis et sa possible rétrogradation marquent un premier signe de détente dans un État sous tension, mais ne signifient pas un abandon de la stratégie de fermeté migratoire de Donald Trump. En confiant la coordination des opérations à Tom Homan, en lien direct avec la Maison-Blanche, le président cherche à conserver un contrôle politique étroit sur la situation tout en envoyant un signal d’apaisement après les bavures.
Les autorités locales, elles, continuent de réclamer une réduction bien plus nette de la présence fédérale et des investigations approfondies sur les responsabilités dans la mort d’Alex Pretti et de Renee Good. Le cas Bovino illustre ainsi la difficulté pour Washington de maintenir une politique migratoire très offensive tout en répondant à la colère d’une partie de l’opinion publique américaine, mobilisée contre les violences policières et les dérives des forces fédérales.
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