La flottille Global Sumud reprend la mer vers Gaza le 29 mars

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Amel Bensalem
Amel Bensalemhttps://alg247.com
Journaliste couvrant les évolutions politiques, économiques et sociales en Afrique du Nord. Elle s’intéresse aux transformations institutionnelles, aux relations euro-méditerranéennes et aux enjeux régionaux du Maghreb et du Mashrek.

La coalition humanitaire internationale Global Sumud Flotilla a annoncé le lancement, ce dimanche 29 mars 2026 depuis Barcelone, de sa deuxième mission maritime vers Gaza, avec une envergure sans précédent : plus de 100 navires et 3 000 participants issus d’une centaine de pays. L’opération, présentée par ses organisateurs comme la plus grande intervention humanitaire coordonnée jamais menée en faveur de la Palestine, s’accompagne d’un convoi terrestre simultané depuis l’Afrique du Nord.

La Global Sumud Flotilla annonce un dispositif inédit et ambitieux : une flottille maritime unifiée et un convoi humanitaire terrestre partant simultanément le 29 mars 2026 de plusieurs ports de la Méditerranée. Le port de Barcelone constitue le point de départ principal, avant que la flottille ne fasse escale en Tunisie, en Italie et dans d’autres ports méditerranéens encore non divulgués. Un convoi terrestre tentera également de gagner Gaza depuis un lieu non précisé, selon la Global Sumud Flotilla, qui mise sur la participation de plus de 1 000 médecins, infirmiers, opérateurs sanitaires, enseignants, ingénieurs, ainsi que des enquêteurs spécialisés dans les crimes de guerre et l’écocide.

Une mobilisation pensée pour résister à l’interception

La taille imposante du convoi est censée rendre plus difficile toute interception complète par les garde-côtes israéliens, alors que toutes les tentatives depuis 2010 ont échoué. Cette logique d’échelle constitue le principal enseignement tiré des missions précédentes : en multipliant le nombre d’embarcations, les organisateurs espèrent rendre inopérante la stratégie d’arraisonnement individuel pratiquée par la marine israélienne au cours des dernières années. Selon Sumeyra Akdeniz Ordu, militante du mouvement Global Sumud, la flottille embarquera également des équipes médicales à bord, mais aussi des éco-constructeurs ainsi que des enquêteurs spécialisés dans les crimes de guerre.

La coalition entend ainsi distinguer cette deuxième mission de la première, tant par son volume que par sa vocation. Au-delà de l’acheminement d’aide d’urgence, l’organisation affirme vouloir établir une présence civile durable à Gaza, avec des équipes spécialisées — enseignants, soignants et éco-constructeurs — afin d’accompagner les Palestiniens dans les premières phases de la reconstruction des infrastructures civiles. Cette ambition marque un glissement de la logique d’urgence humanitaire vers une démarche de reconstruction à plus long terme.

L’échec de 2025 comme point de départ

En octobre 2025, l’armée israélienne avait arraisonné la première flottille officielle Global Sumud, arrêtant et expulsant des centaines de militants, dont beaucoup ont par la suite dénoncé les violences physiques et psychologiques infligées par les soldats israéliens. Quelques semaines plus tôt, en septembre, un drone israélien avait frappé l’un de leurs navires au large des côtes tunisiennes afin de le paralyser et de l’empêcher de poursuivre sa route vers Gaza. Ces incidents avaient suscité une large attention internationale et alimenté la mobilisation en vue de cette deuxième édition.

La flottille de 2025, qui avait compris plus de 40 navires avec 500 participants représentant plus de 44 pays, avait été la plus grande mission civile coordonnée de ce type jamais organisée. Elle avait néanmoins été stoppée avant d’atteindre les eaux gazaouies. Les organisateurs de la nouvelle édition promettent désormais la plus grande intervention humanitaire coordonnée de l’histoire en faveur de la Palestine. La coalition s’appuie sur le soutien, désormais officiel, d’un État : en janvier 2026, le gouvernement malaisien a confirmé qu’il soutiendrait la deuxième flottille et serait directement impliqué dans l’initiative, sa planification et son exécution.

L’annonce faite depuis Johannesburg, dans l’héritage de Mandela

L’annonce du départ a été faite depuis la fondation Nelson Mandela à Johannesburg, ancrant la démarche dans un héritage de solidarité mondiale et de résistance civile. Le choix de ce lieu n’est pas anodin : il s’inscrit dans une rhétorique de comparaison entre le blocus de Gaza et l’apartheid sud-africain, régulièrement employée par les organisateurs. Nkosi Zwelivelile “Mandla” Mandela, ancien passager de la flottille GSF et petit-fils de feu Nelson Mandela, a déclaré lors de cette conférence : «En tant que collectif mondial, nous pouvons isoler l’apartheid israélien, le faire s’effondrer et le mettre à genoux, comme nous l’avons fait avec l’apartheid sud-africain.»

Les organisateurs ont présenté cette mission comme une intervention tant politique qu’humanitaire. La militante Sumeyra Akdeniz Ordu a déclaré que la flottille est une alternative au plan du président américain Donald Trump, arguant que les Palestiniens doivent être autorisés à décider de quelle manière ils veulent reconstruire leur propre patrie. Cette dimension politique, assumée, distingue l’initiative des opérations purement caritatives et explique en partie les réticences d’un certain nombre de gouvernements européens à prendre position.

Un blocus contesté par le droit international, maintenu par la force

Sur le plan juridique, la Cour internationale de Justice a ordonné dès janvier 2024 à Israël de prévenir tout acte de génocide et de permettre l’accès de l’aide humanitaire à Gaza. De son côté, la Cour pénale internationale a confirmé en juillet les mandats d’arrêt visant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, les accusant de crimes de guerre, notamment d’avoir utilisé la famine comme méthode de guerre.

Dans ce contexte, les organisateurs font valoir la légitimité juridique de leur mission. Cette initiative survient alors qu’Israël intensifie son offensive sur la ville de Gaza et limite les livraisons de nourriture et de produits de première nécessité dans le nord du territoire palestinien. La principale autorité en matière de crises alimentaires a déclaré que la ville de Gaza est en proie à la famine et qu’un demi-million de personnes dans la bande de Gaza sont confrontées à des niveaux de faim catastrophiques. Toutefois, la position israélienne reste ferme : lors de la première édition, le ministre israélien de la sécurité nationale Itamar Ben-Gvir avait présenté un plan pour stopper la flottille, considérant que l’initiative humanitaire constituait néanmoins une menace pour la souveraineté d’Israël et un soutien au Hamas à Gaza.

Barcelone comme point de départ symbolique d’une Méditerranée en tension

Les organisateurs ont justifié le choix de Barcelone lors d’une conférence de presse au Parlement catalan : «Nous partons de Barcelone car cette ville est un phare contre les violations des droits humains, et la Catalogne doit continuer à porter ce mouvement en Méditerranée», a déclaré Saif Abukeshek, coordinateur de la flottille. La métropole catalane accueille ainsi pour la deuxième année consécutive le point de départ d’une opération maritime dont l’ampleur est chaque fois présentée comme historique par ses organisateurs.

La question centrale demeure celle du devenir de la flottille une fois en mer : les précédents de 2025 — drone, arraisonnement, expulsion — montrent qu’Israël a maintenu jusqu’ici une capacité d’interception effective, quelle que soit la taille du convoi. Si les militants de la flottille s’attendent à ce qu’Israël tente à nouveau d’empêcher leur passage, ils rappellent que le droit international est de leur côté et que leur voyage attirera l’attention sur le sort des Palestiniens à Gaza.

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