Israël utilise des armes thermiques à Gaza, faisant « évaporer » les corps des Palestiniens
Une enquête d’Al Jazeera Arabic révèle que 2 842 Palestiniens ont « évaporé » sous l’effet d’armes thermiques et thermobariques fournies par les États-Unis. Ne restent sur place que des traces de sang ou de chair. Ce phénomène, documenté par la Protection civile de Gaza depuis octobre 2023, interroge l’usage de munitions générant des températures extrêmes dans des zones densément peuplées.
Israël déploie à Gaza des bombes comme la MK-84, la BLU-109 et la GBU-39, livrées par les Américains, dans le cadre de son offensive lancée le 7 octobre 2023 en réponse à l’attaque du Hamas. Diffusée le 10 février 2026, l’enquête montre que ces frappes ont visé des écoles, des mosquées et des zones dites « sûres » par l’armée israélienne. La Protection civile, par la voix de son porte-parole Mahmoud Basal, a compté ces disparitions grâce à une méthode précise : elle compare le nombre d’occupants déclarés aux corps retrouvés sur les lieux.
Les équipes de secours entrent dans les bâtiments touchés, recensent les habitants via les témoignages des familles, puis fouillent exhaustivement. Si le bilan ne concorde pas – cinq personnes signalées, trois corps intacts, par exemple –, les absents sont déclarés « évaporés » dès lors qu’on ne trouve que des projections de sang ou des fragments infimes, comme des bouts de cuir chevelu. Cette comptabilité médico-légale, fruit d’observations quotidiennes depuis le début du conflit, s’appuie sur plus de 72 000 morts palestiniens recensés par le ministère local de la Santé.
Origine du phénomène d’évaporation
Ces armes dispersent un nuage de carburant qui s’embrase, formant une boule de feu et aspirant l’oxygène environnant. Contrairement aux explosifs classiques, qui génèrent ondes de choc et éclats, les munitions thermobariques ou thermiques atteignent 2 500 à 3 500 degrés Celsius grâce à des poudres d’aluminium, de magnésium ou de titane. Le Dr Munir al-Bursh, directeur général du ministère palestinien de la Santé à Gaza, précise que l’eau, qui compose 80 % du corps humain, bout à 100 degrés, tandis qu’une chaleur et une pression extrêmes transforment les tissus en cendres.
Vasily Fatigarov, expert militaire russe interrogé par Al Jazeera, explique que le tritonal – un mélange de TNT et d’aluminium – dans la MK-84 produit cette chaleur dévastatrice. Dans des espaces clos comme des écoles ou des maisons, l’onde thermique consume tout sans laisser de traces identifiables. La BLU-109, perforante de bunker, s’enfonce avant d’exploser, amplifiant l’effet dans les structures confinées, à l’image de l’attaque sur al-Mawasi en septembre 2024, où 22 personnes ont disparu.
Cette « chimie de l’effacement », comme la nomme l’enquête, empêche toute récupération de corps intégraux et prive les familles de rituels funéraires. Des témoins, comme Yasmin Mahani à la recherche de son fils Saad après la frappe sur l’école al-Tabin le 10 août 2024, racontent avoir marché sur de la chair anonyme sans retrouver leurs proches. La Protection civile a relevé des fragments d’ailes de GBU-39 sur ces sites, confirmant l’emploi de ces bombes à glissement de précision.
Acteurs et munitions impliquées
L’armée israélienne est accusée d’utiliser systématiquement ces armes fabriquées aux États-Unis : MK-84 non guidées de 900 kg, BLU-109 et GBU-39. Mahmoud Basal a identifié des débris correspondants sur les lieux des disparitions. Les États-Unis, principaux fournisseurs, poursuivent leurs livraisons malgré les critiques internationales, note Diana Buttu, avocate et enseignante à l’Université Georgetown au Qatar.
Israël présente ces frappes comme ciblées contre le Hamas et le Jihad islamique, mais l’enquête pointe leur usage dans des quartiers civils surpeuplés. La GBU-39, par exemple, préserve souvent l’extérieur des bâtiments tout en ravageant l’intérieur par la pression et la chaleur, rendant les dégâts internes invisibles. Des médias comme Honest Reporting réfutent les allégations d’Al Jazeera, arguant que ces armes ne sont pas thermobariques interdites et que les chiffres manquent de contrôle indépendant.
Les experts comme Fatigarov insistent sur la conception de ces bombes pour maximiser la létalité en milieu urbain. Les débris retrouvés et les témoignages convergent vers un recours à ces technologies, malgré d’éventuelles dénégations israéliennes non commentées officiellement. La chaîne d’approvisionnement occidentale se retrouve ainsi au cœur des débats.
Contexte du conflit à Gaza
Le conflit a éclaté le 7 octobre 2023 avec une incursion du Hamas ayant tué 1 200 Israéliens et enlevé 250 otages. L’offensive israélienne qui a suivi a fait plus de 72 000 morts et 171 000 blessés palestiniens à fin février 2026. Un cessez-le-feu d’octobre 2025 a volé en éclats, avec plus de 600 tués depuis.
La Cour internationale de justice (CIJ) a ordonné en janvier 2024 à Israël de prévenir tout acte génocidaire. La Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat contre Benjamin Netanyahu en novembre 2024. Gaza, surpeuplé et rasé à 90 %, souffre d’un blocus de médicaments et de nourriture qualifié de crime contre l’humanité par Tariq Shandab, professeur de droit international. La Protection civile, submergée, récupère 25 % de corps d’enfants.
Ce recours aux armes à haute température évoque les bombes au phosphore blanc de 2009, mais l’ampleur actuelle – 2 842 évaporés sur 72 000 morts – marque une escalade. Les tueries se poursuivent malgré les injonctions judiciaires, sous le couvert du veto américain à l’ONU. Des tribunaux nationaux en Allemagne ou en France pourraient activer la compétence universelle, estime Shandab. Sur le terrain, des familles comme celle de Rafiq Badran, qui a perdu quatre enfants au camp de Bureij, incarnent ce drame.
Enjeux légaux et humanitaires
L’emploi d’armes indiscriminées heurte le droit international humanitaire, qui exige de distinguer combattants et civils. Diana Buttu dénonce un « génocide mondial » impliquant les fournisseurs occidentaux, ces bombes violant la proportionnalité en zones urbaines. Si les armes thermobariques ne sont pas bannies en soi, leur usage en milieu civil dense pourrait relever du crime de guerre.
Le bilan total – 72 045 morts, 171 686 blessés – intègre ces disparus, compliquant les comptes officiels. L’absence de corps freine enquêtes médico-légales et recours judiciaires. Le système onusien, bloqué par les vetos, défaille, selon Shandab, qui voit en Gaza un « test raté » pour la justice internationale.
Humanitairement, ce vide aggrave le traumatisme collectif : pas de funérailles, pas de deuil. Des figures comme Buttu réclament une responsabilité partagée des États-Unis et de l’Europe. Sans enquête indépendante, les faits s’appuient sur les données gazaouies.
Perspectives judiciaires immédiates
Les ordonnances de la CIJ et le mandat de la CPI n’ont pas enrayé les frappes, qui ont tué 109 personnes supplémentaires entre le 28 janvier et le 11 février 2026. Israël maintient ses opérations contre le Hamas, avec plus de 500 morts post-cessez-le-feu. Des recours via les juridictions universelles européennes se profilent, sans certitude politique.
La Protection civile poursuit sa documentation, susceptible d’alourdir le nombre d’évaporés. Une vérification internationale fait défaut. L’enquête d’Al Jazeera nourrit le débat, sans résolution en vue.
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