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vendredi, février 6, 2026

Washington expulse secrètement des Palestiniens vers la Cisjordanie avec l’aide d’Israël

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Yacine Messaoud
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Yacine Messaoud – Journaliste et administrateur de la plateforme ALG247.COM.

Washington expulse secrètement des Palestiniens vers la Cisjordanie avec l’aide d’Israël

Une enquête conjointe du Guardian et du magazine israélien +972révèle que les États-Unis ont récemment organisé deux vols secrets d’expulsion de Palestiniens vers la Cisjordanie occupée, en coordination avec les autorités israéliennes. Ces transferts, effectués à bord d’un jet privé lié à un proche de Donald Trump, suscitent de graves préoccupations juridiques et diplomatiques.


Des expulsions discrètes et inédites

Depuis janvier 2026, deux vols affrétés par l’agence américaine de l’immigration (ICE) ont transporté des ressortissants palestiniens arrêtés aux États-Unis vers Israël, d’où ils ont été transférés en Cisjordanie. Le premier avion a quitté le centre de détention de l’ICE à Phoenix (Arizona) le 20 janvier, avec huit hommes menottés aux poignets et aux chevilles. Après plusieurs escales, le vol a atterri à Tel-Aviv. À leur arrivée, les expulsés ont été remis à la police israélienne, puis déposés à un poste de contrôle près de la localité palestinienne de Ni’lin.

Selon Haaretz et +972 Magazine, ces hommes étaient originaires de Bethléem, Hébron, Silwad, Ramun et Bir Nabala. Certains disposaient d’une carte verte américaine ou de familles établies légalement aux États-Unis.

Témoignages et conditions de transfert

Les expulsés décrivent des conditions de transfert sévères. Menottés, privés de leurs documents et transportés sur un vol affrété par un opérateur privé, ils n’ont pas eu la possibilité de contester leur expulsion. Maher Awad, 24 ans, installé depuis dix ans dans le Michigan, affirme avoir été arrêté sans avertissement et renvoyé malgré sa relation avec une citoyenne américaine et la naissance récente de leur enfant. Un autre Palestinien, Sameer Zeidan, 47 ans, résidant depuis plus de vingt ans en Louisiane, aurait été contraint de signer des documents autorisant son renvoi.

Coordination entre Washington et Tel-Aviv

Le jet privé utilisé appartient à Michael et Gil Dezer, promoteurs immobiliers israélo-américains liés à Donald Trump. Selon les enquêtes, l’appareil a été affrété via la société floridienne Journey Aviation, souvent engagée par le gouvernement américain pour des missions d’expulsion. Human Rights First, une ONG basée aux États-Unis, qualifie ces vols d’exemple d’un « système opaque sans obligation de rendre des comptes », citant au moins quatre autres expulsions récentes vers l’Afrique effectuées par le même avion.

D’après des sources israéliennes citées par Haaretz, ces opérations auraient été approuvées par les services de sécurité israéliens (Shin Bet) à la suite d’une « demande inhabituelle » de Washington.

Des experts dénoncent des violations du droit international

Des juristes et ONG affirment que ces expulsions violent le principe de non-refoulement, inscrit dans la Convention des Nations unies contre la torture. « Renvoyer de force des individus vers un territoire où ils risquent la persécution ou la détention constitue une violation claire des obligations internationales des États-Unis », a souligné Gissou Nia, directrice au sein de l’Atlantic Council.

Michael Sfard, avocat israélien spécialisé dans les droits humains, qualifie l’affaire d’« exceptionnelle ». « Jamais des Palestiniens n’ont été transférés via l’aéroport Ben Gourion vers la Cisjordanie, même pas à titre humanitaire », rappelle-t-il.

Zones d’ombre et absence de réponses officielles

Les ministères américains de la Sécurité intérieure (DHS) et des Affaires étrangères ont refusé de détailler les coûts ou le cadre légal de ces opérations. Le département israélien des Affaires étrangères et l’administration pénitentiaire n’ont pas souhaité commenter non plus.
Selon les estimations, chaque vol d’expulsion aurait coûté entre 400 000 et 500 000 dollars.

Les militants des droits humains soulignent que de nombreux Palestiniens restent détenus aux États-Unis faute de pays d’accueil reconnu. Traditionnellement, lorsqu’aucune destination n’était trouvée, ils étaient relâchés sous conditions. L’arrangement avec Israël, selon des avocats spécialisés, rompt avec cette pratique et crée un précédent juridiquement controversé.


Sources :
+972 Magazine (Ghousoon Bisharat, Ben Reiff) ; The Guardian (5 février 2026) ; Haaretz ; Human Rights First ; Atlantic Council ; déclarations d’avocats et ONG.

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