Le président américain Donald Trump a annoncé dimanche 12 avril que la marine américaine allait immédiatement bloquer tout transit de navires dans le détroit d’Ormuz, au lendemain de l’effondrement de négociations de paix organisées à Islamabad avec l’Iran. Cette décision, aux conséquences potentiellement majeures sur les marchés énergétiques mondiaux, intervient dans un contexte de conflit ouvert entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
La rupture était dans l’air depuis plusieurs jours. Après plus de vingt et une heures de négociations directes à Islamabad, la délégation américaine conduite par le vice-président JD Vance n’a pu arracher aucun accord à ses homologues iraniens. Vance, à sa sortie des pourparlers, a résumé l’impasse en une formule lapidaire : « Nous n’avons pas atteint d’accord. Et je pense que c’est une mauvaise nouvelle pour l’Iran bien plus que pour les États-Unis. » Quelques heures plus tard, sur son réseau Truth Social, Trump haussait le ton : la marine américaine allait, selon ses propres termes, bloquer « tout navire cherchant à entrer ou à quitter » le détroit d’Ormuz, et ce « immédiatement ».
Un ultimatum naval après vingt et une heures de diplomatie stérile
Dans son message publié sur Truth Social, Trump a également ordonné à la marine d’intercepter tous les navires ayant acquitté un péage à l’Iran pour obtenir le droit de traverser le détroit, ajoutant que les forces américaines procéderaient au déminage des eaux que Téhéran aurait minées. Le ton du communiqué, inhabituel dans la communication présidentielle internationale, ne laissait guère de place à l’ambiguïté : Trump a menacé de représailles immédiates toute force iranienne qui oserait viser des bâtiments américains ou des navires civils. Dans un entretien accordé à Fox News, le président a qualifié sa position d’« all or none » — tout ou rien — signifiant qu’aucun navire ne serait autorisé à passer tant que l’Iran ne se plierait pas à ses exigences.
Cette escalade brutale fait suite à l’instauration par l’Iran d’un système de péage dans le détroit, mis en place depuis le déclenchement du conflit. Des analystes de Lloyd’s List Intelligence ont établi qu’au moins deux navires ayant traversé le détroit avaient payé des droits de passage à l’Iran, libellés en yuans chinois. Le Corps des gardiens de la révolution islamique aurait imposé un régime de contrôle strict, exigeant des opérateurs maritimes la soumission de documents complets, l’obtention de codes de sécurité et l’acceptation d’une escorte militaire dans un corridor de passage unique. Washington y voit une forme d’extorsion à l’échelle mondiale.
Le nœud nucléaire, pierre d’achoppement des négociations d’Islamabad
Pour comprendre l’échec des pourparlers du 11 avril, il faut revenir sur les conditions posées par chacune des parties. Téhéran avait présenté une série d’exigences : la fin des frappes israéliennes sur le Hezbollah, le déblocage de six milliards de dollars d’avoirs gelés, des garanties sur son programme nucléaire et le droit de percevoir des droits de passage dans le détroit d’Ormuz. De son côté, Washington conditionnait tout accord à un engagement ferme de l’Iran à renoncer à l’acquisition de l’arme atomique. Trump a reconnu dans sa déclaration que les deux délégations s’étaient entendues sur « la plupart des points », mais il a insisté sur le fait que la question nucléaire demeurait « le seul point qui comptait vraiment ».
L’Iran a pour sa part affirmé que les deux parties avaient « atteint une compréhension sur un certain nombre de sujets, mais que les discussions n’avaient finalement pas abouti à un accord ». Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, a pointé du doigt la rigidité américaine, estimant que « le succès de ce processus diplomatique dépend du sérieux et de la bonne foi de la partie adverse ». Téhéran a réaffirmé que son programme nucléaire est exclusivement à vocation civile et qu’il entend continuer à enrichir de l’uranium en vertu du droit international.
Le détroit d’Ormuz, clé de voûte de l’énergie mondiale depuis le 28 février
Le détroit d’Ormuz n’est pas un simple couloir maritime. Cette voie de passage concentre à elle seule environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole brut Time, ce qui en fait l’un des points de passage les plus stratégiques de la planète. Depuis le lancement de la campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran, le 28 février, l’Iran en contrôle l’accès de facto, faisant fluctuer les marchés pétroliers au gré des développements militaires. À plusieurs reprises depuis le début du conflit, le cours du baril a dépassé les cent dollars, sous l’effet des incertitudes pesant sur les approvisionnements, fragilisant des économies déjà mises à l’épreuve par plusieurs années d’instabilité géopolitique mondiale.
Samedi, deux destroyers lance-missiles américains ont franchi le détroit pour la première fois depuis le début du conflit, dans le cadre d’une mission de déminage que l’Iran a qualifiée de violation du cessez-le-feu en vigueur depuis cinq jours. Cet épisode avait déjà tendu une atmosphère diplomatique qui s’est définitivement dégradée avec l’annonce du blocus.
Un blocus qui pourrait mettre Washington en collision avec Pékin et New Delhi
La portée du blocus annoncé par Trump dépasse largement le cadre du conflit américano-iranien. Des navires chinois, indiens et pakistanais figurent parmi les rares bâtiments à avoir continué de transiter dans le détroit depuis l’ouverture du conflit, en vertu d’accords passés avec Téhéran. L’ordre d’interdiction visant tout navire ayant payé un péage à l’Iran place dès lors Washington dans une situation potentiellement conflictuelle avec des puissances dont les intérêts énergétiques sont directement engagés. Pékin, principal acheteur de pétrole iranien, n’a pour l’heure pas réagi officiellement à l’annonce présidentielle.
Trump a déclaré ne pas vouloir que l’OTAN soit associé à l’effort de blocus, critiquant ouvertement l’Alliance atlantique pour son absence, tout en indiquant que le Royaume-Uni et « quelques autres pays » enverraient des dragueurs de mines pour appuyer les opérations américaines. L’identité de ces partenaires n’a pas été précisée. Pour sa part, la Garde révolutionnaire iranienne a affirmé que le détroit restait « ouvert au passage sécurisé des navires non militaires », tout en avertissant que les bâtiments de guerre qui s’y aventureraient feraient face à une « réponse sévère ».
Le sort du cessez-le-feu désormais en suspens
Le Pakistan, qui avait accepté d’accueillir les pourparlers et s’est imposé comme médiateur clé dans ce conflit, a indiqué qu’il continuerait à jouer un rôle actif pour maintenir un canal diplomatique ouvert entre les deux parties. Vance, de son côté, n’a pas totalement fermé la porte à une reprise des négociations : il a déclaré quitter Islamabad avec « une proposition simple », qualifiée d’« offre finale et ultime » des États-Unis, en précisant : « Nous verrons si les Iraniens l’acceptent. »
Le sort du cessez-le-feu de deux semaines, entré en vigueur cinq jours avant l’annonce du blocus, est désormais incertain. Des analystes avertissent qu’un blocus naval américain pourrait être interprété par Téhéran comme un acte de guerre, susceptible de déclencher une nouvelle phase d’escalade militaire dans un conflit dont l’issue reste, à ce stade, très ouverte.
Yacine Messaoud