Trump au Maghreb : une intervention stratégique face aux rivaux mondiaux
L’administration Trump accentue son engagement au Maghreb pour contrer les influences russe et chinoise, tout en consolidant les accords d’Abraham avec le Maroc. Cette offensive diplomatique et économique bouleverse les équilibres régionaux, confrontant l’Algérie à un réexamen de ses alliances traditionnelles.
Dans un entretien récent accordé à Maghreb Émergents, la politologue Khadija Mohsen-Finan, spécialiste du Maghreb et auteure de plusieurs ouvrages sur la région, décrypte les ambitions de la seconde administration Trump. Celle-ci réaffirme les accords d’Abraham signés en 2020 avec le Maroc, qui ont acté la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Des investissements directs ont suivi, accompagnés de l’inauguration d’un consulat à Dakhla, tandis que la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du 31 octobre 2025 oriente les discussions vers un modèle d’autonomie, reléguant au second plan tout référendum d’autodétermination.
Un contexte historique marqué par les accords d’Abraham
Dès son premier mandat, Donald Trump avait intégré le Maroc à ces accords de normalisation avec Israël, un geste stratégique maintenu sous Joe Biden sans avancées notables. Malgré les manifestations massives au Maroc contre la guerre à Gaza, Rabat n’a pas rompu ces engagements, renforçant son « double parrainage » par Washington et Tel-Aviv. Cette stabilité a permis une première tranche d’investissements américains au Sahara, signe d’un engagement concret qui transcende les alternances politiques à la Maison Blanche.
Le Maroc tire profit de cette reconnaissance pour consolider ses positions territoriales et économiques. À Alger, le président Abdelmadjid Tebboune a assoupli la doctrine traditionnelle dans un entretien à L’Opinion, liant toute normalisation avec Israël à la création d’un État palestinien – une posture pragmatique héritée des initiatives arabes antérieures. Le Front Polisario, soutenu historiquement par l’Algérie, revendique l’inclusion de l’autonomie dans un processus référendaire, mais cette option semble écartée par l’ONU et l’administration Trump, qui privilégient des négociations bilatérales.
Tensions régionales
L’Algérie observe ces développements sans participer formellement aux pourparlers, tout en suivant de près leur contenu. Des mesures américaines, comme des droits de douane élevés (jusqu’à 30% sur produits industriels et agricoles algériens) et des restrictions de visas, n’ont pas suscité de riposte publique d’Alger. La Tunisie de Kais Saïed, populaire pour sa fermeté anti-israélienne, subit des pressions similaires et bénéficie d’un axe avec Alger, tandis que Trump qualifie Rabat d’« État pivot » en Afrique, notamment sur le Sahel.
Enjeux stratégiques face à la Russie et à la Chine
Au-delà du Sahara, Trump vise à évincer la Russie, présente en Libye et au Sahel, zones où l’Algérie cherche à reconquérir une influence perdue. Washington soutient le Gouvernement d’union nationale à Tripoli et valorise les réseaux de renseignement algériens pour sécuriser ses intérêts. Parallèlement, Pékin avance ses pions : le président Tebboune a inauguré une ligne ferroviaire de 950 km reliant Gara Djebilet à Béchar, un projet initialement étudié par des bureaux américains mais réalisé par des entreprises chinoises, illustrant la rivalité sino-américaine au Maghreb.
Données et dynamiques militaires
Le rapport de forces penche vers le Maroc, armé par Israël et doté d’un dispositif défensif sophistiqué le long du mur de sable. Une reprise des hostilités par le Polisario semble improbable : la décision relève d’Alger, et une lutte armée de basse intensité risquerait d’isoler davantage le mouvement. Une « intifada » intérieure aux territoires sahraouis reste marginale, traitée comme une opération de police par Rabat, soutenue par ses alliés occidentaux.
Situation régionale : Sahel et Libye
L’Algérie diversifie ses approvisionnements militaires (Russie pour l’équipement lourd, drones turcs et chinois), tout en visant des liens sécuritaires avec les États-Unis. Trump perçoit le Maroc comme un rempart contre l’expansionnisme russe, tandis que l’Union européenne, partenaire économique majeur, pèse via des accords migratoires. La Chine, agnostique sur les conflits locaux, investit sans condition, renforçant les Routes de la soie.
Perspectives et incertitudes
Khadija Mohsen-Finan anticipe une autonomie sahraouie effective, avec un rôle pour les ex-réfugiés via un exécutif local inspiré du modèle palestinien d’Oslo. Le sort des Sahraouis – recompositions familiales vers le Maroc ou la Mauritanie – reste non traité à l’ONU. Alger pourrait normaliser avec Israël pour atténuer les pressions économiques, sans renier un demi-siècle de solidarité. Le Maroc, inséré entre Washington et Bruxelles, navigue les tensions transatlantiques potentielles.
Les investissements au Sahara progressent, mais l’intégration des Sahraouis demeure floue. Nulle escalade militaire n’est attendue ; les négociations porteront sur le contenu précis de l’autonomie. L’évolution des alliances algériennes dépendra des exigences trumpistes en renseignement et normalisation, dans un contexte de realpolitik où la force prime sur le droit international.
L’intervention de Trump au Maghreb consolide la position marocaine et presse l’Algérie vers un pragmatisme inédit. Les équilibres régionaux se redessinent sous l’effet de rivalités globales, sans résolution imminente du conflit sahraoui.
ALG247.COM (d’après l’entretien de Khadija Mohsen-Finan)
Disclaimer : ALG247.com publie des analyses et opinions reflétant uniquement la position de leurs auteurs. Ces opinions ne sont pas toujours celles du journal. Nous vérifions systématiquement les faits et citons les sources.
Sources
- Entretien intégral de Khadija Mohsen-Finan (Maghreb Émergents).
- Résolution 31 octobre 2025 du Conseil de sécurité de l’ONU.
- Déclarations du président Tebboune (L’Opinion, France).
- Accords d’Abraham (décembre 2020, Département d’État américain).







