Le gouvernement espagnol a interdit, lundi 30 mars, l’accès de son espace aérien aux avions militaires américains engagés dans le conflit contre l’Iran, et refusé tout usage des bases américaines situées sur son sol à cette même fin. La décision, confirmée par la ministre de la Défense Margarita Robles, intervient au trentième jour d’une guerre qui fracture les alliances occidentales.
L’Espagne a annoncé, lundi 30 mars, interdire l’usage de son espace aérien aux avions américains engagés dans la guerre contre l’Iran, marquant à nouveau son opposition aux frappes menées par les États-Unis et Israël depuis le 28 février. C’est la ministre de la Défense, Margarita Robles, qui a formalisé publiquement cette position dans des déclarations transmises à l’AFP, confirmant ainsi une information révélée en premier lieu par le quotidien madrilène El País sur la base de sources militaires. La fermeture de l’espace aérien s’accompagne d’une interdiction parallèle d’utiliser les installations militaires américaines situées en Espagne continentale, notamment les bases de Rota en Andalousie et de Morón de la Frontera, désormais fermées aux opérations liées au conflit iranien.
Un veto aux conséquences opérationnelles immédiates pour l’armée américaine
Dans les faits, le refus de coopération de l’Espagne a compliqué l’opération américaine au Moyen-Orient, certains bombardiers de Washington ayant dû contourner la péninsule ibérique pour entrer par le détroit de Gibraltar, les obligeant à modifier leurs itinéraires et la logistique. Cette contrainte géographique n’est pas anodine : la position de la péninsule ibérique en fait un point de passage naturel pour les appareils reliant les bases américaines en Europe continentale et atlantique au théâtre d’opérations du Moyen-Orient. Une seule exception a été ménagée : en cas d’urgence, le transit ou l’atterrissage des aéronefs concernés resterait autorisé, précision que Margarita Robles a toutefois omis de mentionner dans ses déclarations publiques. Quant aux deux bases andalouses, toutes les missions prévues par l’accord bilatéral avec Washington restent en vigueur en dehors du périmètre de la guerre en Iran, a tenu à préciser El País.
Les bases de Rota et Morón, héritages d’un accord signé sous Franco
La base navale de Rota et la base aérienne de Morón sont héritées d’un accord signé entre Washington et Madrid en 1953, sous le régime franquiste. Depuis lors, ces deux installations constituent l’un des piliers de la présence militaire américaine en Europe du Sud et en Méditerranée occidentale, offrant une position stratégique d’une valeur considérable pour la projection de forces vers l’Afrique et le Moyen-Orient. La décision du 30 mars marque un durcissement de la position du gouvernement de Pedro Sánchez, qui avait déjà refusé début mars l’utilisation des bases militaires espagnoles par l’aviation américaine pour frapper l’Iran, le veto s’étendant désormais aussi au simple transit aérien au-dessus du territoire espagnol. Madrid justifie cette évolution par son refus de toute implication, même indirecte, dans un conflit qu’elle considère dépourvu de base légale internationale.
Sánchez face à Trump : une opposition assumée au nom du droit international
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s’est fermement opposé à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran depuis le 28 février, qualifiant le conflit d’« illégale » et d’« erreur extraordinaire ». Cette ligne de conduite s’appuie sur l’absence de tout mandat explicite de l’ONU, de l’OTAN ou de l’Union européenne pour autoriser une telle offensive. Le ministre de l’Économie Carlos Cuerpo a défendu cette position, estimant qu’elle s’inscrit dans la volonté de Madrid de ne pas être impliqué, directement ou indirectement, dans les opérations militaires contre l’Iran. Toutefois, cette posture a ses coûts diplomatiques : Donald Trump a menacé en représailles de cesser tout commerce bilatéral après le refus de Madrid de laisser l’armée américaine utiliser ses deux bases situées sur son territoire, une escalade verbale qui traduit la profondeur du fossé entre les deux capitales sur ce dossier.
Madrid isolée dans l’OTAN, mais cohérente avec une partie de l’opinion européenne
La position espagnole s’inscrit dans un contexte de fractures inédites au sein de l’Alliance atlantique depuis le déclenchement des frappes américano-israéliennes. Madrid justifie la mesure par son refus de participer, même indirectement, à une guerre jugée contraire au droit international, faute de mandat explicite de l’ONU, de l’OTAN ou de l’Union européenne. Par ailleurs, au-delà de la guerre au Moyen-Orient, Donald Trump reproche depuis plusieurs mois à l’Espagne de ne pas avoir augmenté à 5 % du PIB ses dépenses militaires, comme le veut le nouvel objectif de l’OTAN poussé par le locataire de la Maison-Blanche, ajoutant une couche supplémentaire de tension à des relations transatlantiques déjà fortement dégradées. Dans ce climat, Madrid se retrouve en porte-à-faux avec Washington sur plusieurs fronts simultanément, ce qui rend toute désescalade bilatérale d’autant plus difficile.
Des tensions Madrid-Washington qui pourraient peser sur la coopération future
L’application de cette interdiction, déjà en vigueur selon les déclarations officielles, pourrait entraîner des discussions ultérieures entre Washington et Madrid sur les implications pour la coopération militaire bilatérale. La question de l’avenir des accords de défense liant les deux pays — dont le cadre remonte à sept décennies — se pose désormais avec une acuité nouvelle. La « collaboration loyale » doit prévaloir sur « la confrontation » dans les relations entre Madrid et Washington, a déclaré Pedro Sánchez vendredi, en pleine période de tension avec Donald Trump autour de la guerre avec l’Iran. Cette formule de conciliation contraste avec la fermeté des décisions prises sur le terrain, révélant la complexité d’une diplomatie espagnole qui cherche à préserver le lien transatlantique tout en refusant d’en cautionner les implications militaires. Les prochaines semaines diront si Washington choisit d’escalader la pression ou d’ouvrir un canal de dialogue discret avec Madrid.
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