Donald Trump a fixé à 20h00, heure de Washington, ce mardi 7 avril, la limite au-delà de laquelle il menace de frapper les centrales électriques et les ponts iraniens si Téhéran refuse de rouvrir le détroit d’Ormuz. L’Iran a rejeté une proposition de cessez-le-feu de 45 jours et exige une fin définitive des hostilités, portant la crise à un niveau de tension sans précédent depuis le début du conflit.
Les États-Unis et Israël ont lancé, le 28 février 2026, une vaste série de frappes contre l’Iran. Téhéran a riposté par des salves de missiles et de drones à travers toute la région, et le Corps des gardiens de la révolution islamique a fermé le détroit d’Ormuz, bloquant instantanément quelque 150 navires de fret et pétroliers. Trente-huit jours après le début du conflit, la question de la réouverture de cette voie maritime stratégique reste au cœur d’un bras de fer dont l’issue déterminera, en grande partie, la trajectoire de la guerre et ses répercussions économiques mondiales.
Quand Trump fixe une heure à une guerre
Dans un message publié sur Truth Social, le président américain a fixé une échéance à mardi 20h00, heure de l’Est, assortie de menaces explicites de frapper les centrales électriques et les ponts iraniens. Ce n’est pas la première fois que Washington agite ce compte à rebours. Depuis le 26 mars, Trump a émis plusieurs ultimatums successifs dits « définitifs » — il a d’abord accordé 48 heures à l’Iran, puis suspendu les frappes pour laisser place à des discussions qualifiées de « productives », avant de repousser la limite à plusieurs reprises. Ce cycle répété d’ultimatums sans suite a suscité des interrogations croissantes quant à la portée réelle de ces menaces, certains analystes évoquant un effet d’érosion de la crédibilité américaine dans ce dossier.
Lundi, le chef de l’exécutif américain a durci encore le ton depuis la Maison-Blanche. « L’ensemble du pays peut être détruit en une nuit, et cette nuit pourrait être demain soir », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a par ailleurs indiqué que les forces américaines menaient déjà, en ce début de journée du 7 avril, davantage de frappes contre l’Iran que lors de n’importe quelle autre journée depuis le début du conflit. La mécanique de l’escalade, qu’elle soit rhétorique ou opérationnelle, semble donc relancée à quelques heures de l’échéance.
Téhéran refuse le cessez-le-feu, pose ses conditions
Face à cette pression, la République islamique n’a pas cédé. Le Pakistan avait soumis lundi matin une proposition de trêve de 45 jours, fruit de plusieurs jours de contacts diplomatiques impliquant également l’Égypte et la Turquie. L’Iran a transmis sa réponse via Islamabad, rejetant cette option et exigeant une fin permanente des hostilités assortie de garanties. La contre-proposition iranienne comportait dix clauses, prévoyant notamment l’arrêt total des combats dans la région, un protocole de passage sécurisé dans le détroit d’Ormuz, la levée des sanctions et un programme de reconstruction.
Trump a reconnu le caractère substantiel de cette démarche tout en la jugeant insuffisante. « C’est une proposition significative. C’est une étape significative. Ce n’est pas suffisant, mais c’est une étape très significative », a-t-il déclaré aux journalistes en ajoutant que des intermédiaires négociaient « en ce moment même ». De son côté, l’armée iranienne a qualifié les avertissements du président américain de « rhétorique arrogante et de menaces sans fondement ». Les deux capitales restent donc séparées par un fossé considérable, que les médiateurs régionaux s’efforcent de combler avant l’expiration du délai.
Le détroit d’Ormuz, verrou de l’économie mondiale
Selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d’Ormuz, un passage maritime stratégique. Les pipelines contournant ce goulet ne peuvent collectivement acheminer plus de 40 % des barils destinés à l’exportation, et le gaz naturel liquéfié est totalement prisonnier derrière ce verrou, sans autre option logistique. Autrement dit, toute frappe sur les infrastructures iraniennes susceptible d’aggraver la fermeture du détroit provoquerait un choc énergétique aux répercussions planétaires immédiates.
Le cours du pétrole Brent avait atteint 166 dollars le 19 mars, avant de redescendre à 102 dollars le 23 mars à la faveur de déclarations de Trump sur des négociations possibles, puis de remonter à 114 dollars le 27 mars en l’absence de toute avancée concrète. Cette volatilité illustre le poids de chaque signal diplomatique ou militaire sur les marchés mondiaux. Le patron de la compagnie United Airlines avait pour sa part estimé que si le prix du kérosène se maintenait à son niveau actuel, le surcoût annuel pour son groupe s’élèverait à 11 milliards de dollars, et avait annoncé une réduction des capacités en conséquence.
Washington sous le feu des critiques juridiques internationales
La menace de frapper des centrales électriques et des ponts — infrastructures civiles par définition — a déclenché une vive controverse sur le plan du droit international. Antonio Costa, président du Conseil européen, a publiquement réagi en affirmant que « tout ciblage d’infrastructures civiles, notamment les installations énergétiques, est illégal et inacceptable », ajoutant que cette règle s’applique à la guerre en Ukraine comme partout ailleurs, et que la population civile iranienne serait la principale victime d’un tel élargissement de la campagne militaire. Trump, interrogé sur ce point, avait répondu qu’il ne s’en inquiétait pas, désignant comme « crime de guerre » le fait de laisser l’Iran accéder à l’arme nucléaire.
Sur les marchés financiers, les investisseurs se retrouvent à devoir gérer des scénarios binaires : soit une percée diplomatique de dernière heure qui pourrait stabiliser les cours, soit une escalade militaire majeure susceptible de faire bondir les prix du pétrole et les rendements obligataires. Le S&P 500 avait progressé de 3,4 % la semaine précédente, son meilleur résultat hebdomadaire depuis novembre, sur fond d’espoirs de résolution diplomatique.
Une diplomatie de la pression à l’épreuve de sa propre crédibilité
Le contexte dans lequel s’inscrit cet ultimatum est celui d’une guerre déclenchée, selon les objectifs formulés par Washington, pour détruire les capacités balistiques iraniennes et prévenir l’accès de Téhéran à l’arme nucléaire. Les frappes américano-israéliennes ont notamment causé la mort du guide suprême Ali Khamenei, propulsant son fils Mojtaba Khamenei à la tête de la République islamique. Depuis lors, le nouveau pouvoir à Téhéran a maintenu une ligne de fermeté, excluant tout passage commercial dans le détroit sans compensation des dommages de guerre.
Le 2 avril, un porte-conteneurs du groupe français CMA CGM a toutefois réussi à franchir le détroit en empruntant une route approuvée par les Gardiens de la révolution, moyennant le paiement d’une somme importante, l’île de Larak ayant été surnommée le « péage de Téhéran » par la société de données maritimes Lloyd’s List. Ce mécanisme de péage de facto révèle que l’Iran cherche à transformer le détroit en levier économique autant qu’en instrument de pression militaire — une stratégie qui complique d’autant les calculs américains.
Ce mardi soir, l’issue dépend du résultat d’intenses tractations dont les ministres des Affaires étrangères du Pakistan, de l’Égypte et de la Turquie sont les principaux artisans. Plusieurs analystes anticipent, plutôt qu’une résolution ou une escalade franche, un scénario de désescalade tacite favorisé par Oman, sous la forme d’une réduction progressive du rythme des frappes des deux côtés, sans accord formel. Les prochaines heures diront si la pression exercée par Washington finit par produire un accord, ou si l’ultimatum du 7 avril connaîtra le même sort que ceux qui l’ont précédé.
Amel Bensalem