Guerre Iran–États-Unis–Israël : Trump invoque un cessez-le-feu, Téhéran dément

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Karim Haddad
Karim Haddadhttps://alg247.com
Journaliste spécialisé en économie internationale et questions énergétiques. Il analyse les marchés, les politiques monétaires, les matières premières et les stratégies industrielles, avec une attention particulière pour les enjeux énergétiques mondiaux.

Donald Trump a affirmé mercredi 1er avril, sur son réseau Truth Social, que le président iranien Massoud Pezeshkian avait demandé un cessez-le-feu, une allégation immédiatement rejetée par la diplomatie iranienne comme « fausse et sans fondement ». Ce nouvel épisode de guerre des déclarations intervient alors que le conflit, déclenché le 28 février par des frappes américano-israéliennes, entre dans son trente-quatrième jour sans perspective de dénouement à court terme.

Lors de sa première allocution à la nation depuis le déclenchement des hostilités, Donald Trump a présenté la situation comme proche d’une résolution militaire, tout en annonçant que les frappes se poursuivraient pendant encore deux à trois semaines. Le président américain a vanté des victoires qualifiées de « décisives » et d’« écrasantes », tout en insistant sur le fait que la fin du conflit n’était pas encore venue. Ce discours, prononcé en fin de soirée à Washington, était attendu dans les capitales du monde entier comme un possible signal d’inflexion. Il n’en a rien été.

Trump pose le détroit d’Ormuz comme condition préalable à toute trêve

Quelques heures avant son allocution, le chef de l’État américain avait publié sur Truth Social que « le nouveau président du régime iranien » avait demandé « un cessez-le-feu », tout en excluant toute trêve immédiate sans contrepartie. Dans ce message, il conditionnait explicitement tout arrêt des hostilités à la réouverture du détroit d’Ormuz, exigeant qu’il soit « ouvert, libre et dégagé ». Ce passage maritime, par lequel transitent habituellement environ 20 % du pétrole mondial, est verrouillé par Téhéran depuis le premier mars, entraînant une perturbation massive des marchés énergétiques à l’échelle planétaire.

La diplomatie iranienne n’a pas tardé à répondre. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, a qualifié les demandes de Washington de « maximalistes et irrationnelles », tout en démentant l’existence de négociations directes avec les États-Unis. « Des messages ont été reçus à travers des intermédiaires, incluant le Pakistan, mais il n’y a pas de négociations directes », a-t-il précisé selon l’agence iranienne Isna. Téhéran a, en parallèle, maintenu une posture belliqueuse : le porte-parole a ajouté que l’Iran était « prêt pour n’importe quel type d’attaque, y compris une attaque au sol ».

Une rhétorique américaine oscillant entre menaces extrêmes et ouvertures ambiguës

Dans son allocution, Trump a annoncé que les États-Unis frapperaient l’Iran « extrêmement durement » pendant encore deux à trois semaines, menaçant de cibler « chacune de leurs centrales électriques très durement et probablement simultanément » en l’absence d’accord. Cette communication alterne, depuis le début du conflit, entre signaux d’apaisement et déclarations provocatrices, rendant difficile toute lecture cohérente des intentions de Washington.

Le président américain a également appelé les pays qui dépendent du détroit d’Ormuz à « s’occuper » de cette voie maritime, les exhortant à « aller au détroit, le prendre, le protéger et s’en servir », reprochant à ses alliés de l’Otan de n’avoir pas soutenu l’effort de guerre américain. Cette injonction intervient alors que, selon franceinfo, une trentaine de pays devaient se réunir à Londres dans la semaine pour discuter des modalités d’une réouverture concertée du passage maritime. Le prix moyen de l’essence aux États-Unis a dépassé les quatre dollars le gallon pour la première fois en quatre ans, tandis que l’inflation européenne a fortement augmenté et que de nombreux gouvernements ont commencé à annoncer des mesures de soutien à leurs économies.

Un conflit ouvert depuis le 28 février, aux ramifications régionales profondes

La guerre en cours trouve son origine dans une opération militaire conjointe américano-israélienne lancée le 28 février 2026, désignée du côté israélien sous le nom d’opération Lion rugissant et du côté américain d’opération Fureur épique. L’Iran a riposté le même jour avec ce qu’il a appelé l’opération Promesse honnête 4. Depuis lors, le théâtre des opérations s’est étendu bien au-delà des frontières iraniennes, embrasant le Liban, les pays du Golfe et menaçant la stabilité de l’ensemble de la région.

Au Liban, le bilan d’un mois de frappes israéliennes s’établit désormais à plus de 1 300 personnes tuées, selon le gouvernement de Beyrouth, qui a fait état de sept morts supplémentaires dans la région de la capitale lors de la seule journée du 1er avril. L’armée israélienne a par ailleurs annoncé avoir éliminé un haut responsable du Hezbollah dans un bombardement nocturne visant la banlieue de Beyrouth. Le Hezbollah avait été entraîné dans le conflit le 2 mars, en lançant une attaque sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué lors des premières frappes américano-israéliennes.

À Téhéran, des funérailles défiant sous les bombes

Sur le territoire iranien, la guerre se poursuit à un rythme soutenu malgré une légère décélération par rapport aux premiers jours du conflit. Après un pic de quelque 90 missiles tirés en direction d’Israël lors du premier jour de la guerre, les frappes iraniennes s’étaient ralenties au cours des deux semaines précédentes, à environ 10 à 15 missiles par jour. Mercredi, l’Iran a lancé une nouvelle salve de missiles en direction de la région de Tel-Aviv, causant plusieurs blessés dont une fillette dans un état très critique, selon l’hôpital Sheba de Ramat Gan.

À Téhéran même, malgré les frappes, des milliers d’Iraniens se sont rassemblés pour les funérailles du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, tué par une frappe israélienne. Une scène qui illustre la résistance affichée par la population civile et le pouvoir iranien face à la campagne militaire. Le président Massoud Pezeshkian a, dans une lettre ouverte adressée au peuple américain, qualifié les attaques contre les infrastructures énergétiques de l’Iran de « crime de guerre ».

La France exclue, l’Europe en alerte sur l’approvisionnement énergétique

À la dimension militaire s’ajoute une fracture diplomatique au sein des alliés occidentaux. Le président français a rappelé que la France n’avait « pas été consultée » sur le lancement de la guerre et qu’elle n’y prenait « pas part », déclarant depuis Tokyo, en marge d’une visite au Japon, que « il n’y a rien de nouveau, c’est vrai depuis le premier jour ». Cette mise au point répondait aux critiques de Trump sur le refus de la France d’autoriser le survol de son territoire. En Europe, la flambée des prix de l’énergie commence à affecter directement les ménages et les entreprises, selon plusieurs gouvernements du continent.

La prochaine étape diplomatique pourrait se jouer à Londres, où une réunion d’une trentaine de pays est prévue pour coordonner une éventuelle action collective en faveur de la réouverture du détroit d’Ormuz. Selon les Gardiens de la Révolution iraniens, le passage restera fermé aux « ennemis » du pays, une formulation délibérément floue qui laisse ouverte la possibilité d’un trafic sélectif, comme cela a déjà été accordé à certains navires turcs et indiens depuis début mars.

Karim Haddad

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