Dissuasion nucléaire européenne : Macron pousse pour un zonule commun
Plusieurs dirigeants européens, Emmanuel Macron en tête, évoquent ouvertement un « zonule nucléaire européen » face aux incertitudes géopolitiques. Cette rhétorique brise un tabou de longue date et interroge l’avenir du traité de non-prolifération (TNP) ainsi que les équilibres stratégiques mondiaux.
Les déclarations qui font date
Emmanuel Macron a appelé à « repenser la dissuasion nucléaire » lors d’un discours marquant, selon des sources proches de l’Élysée. Il initie un dialogue stratégique avec l’Allemagne pour explorer un « zonule nucléaire européen », au-delà du cadre bilatéral franco-allemand. Fin février 2026, il se rendra à la base navale de Brest, où stationnent les sous-marins nucléaires français, pour une annonce potentiellement décisive, d’après la presse spécialisée.
Des voix inattendues se font aussi entendre dans des pays sans armes nucléaires. La Première ministre lettone Evika Siliņa juge que « la dissuasion nucléaire pourrait offrir à l’Europe de nouvelles opportunités », une position surprenante pour un État balte dépendant traditionnellement de l’OTAN. Le président polonais Karol Nawrocki souhaite, lui, un arsenal nucléaire propre à Varsovie, tout en respectant les normes internationales. Prononcées en marge de discussions bilatérales, ces déclarations traduisent une évolution des mentalités au sein de l’Union européenne.
Ce mouvement coïncide avec l’expiration du traité New Start (DSNV), pilier du contrôle des armements entre Washington et Moscou, qui attise les tensions. Longtemps abrités sous le « parapluie nucléaire » américain, les Européens cherchent désormais une autonomie stratégique, dans un climat d’incertitudes lié au retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Le contexte géopolitique tendu
L’Europe observe avec inquiétude un reflux de l’engagement américain en matière de défense collective, particulièrement depuis la réélection de Donald Trump en novembre 2024. Des négociations secrètes entre pays hôtes d’installations militaires américaines visent à contourner les canaux officiels pour bâtir un arsenal indépendant, selon Bloomberg. Ce mouvement reflète une défiance croissante envers le « zonule nucléaire » de Washington, jugé moins fiable par certaines capitales.
Historiquement, le continent a évité la prolifération nucléaire grâce à l’équilibre de la Guerre froide, fondé sur la dissuasion mutuelle. La crise ukrainienne et les tensions avec la Russie ravivent pourtant les débats sur la vulnérabilité des flancs est de l’OTAN. La Conférence de Munich sur la sécurité, en février 2026, a amplifié ces échanges, avec des interventions européennes sur les armes stratégiques qui ont surpris les observateurs. La thématique nucléaire, autrefois confinée aux cercles experts, gagne désormais les sphères publiques et politiques.
L’expiration imminente du DSNV prive le monde d’un mécanisme essentiel de vérification des arsenaux stratégiques. En multipliant les signaux, les Européens contribuent à une atmosphère propice à l’érosion des normes internationales, comme le relève le professeur Fiodor Lukianov de la Haute École d’Économie de Moscou.
La France, seule puissance nucléaire de l’UE aux côtés du Royaume-Uni (hors UE), joue un rôle pivot. Paris envisage de monter des missiles français sur des avions étrangers ou de permettre à des alliés de financer la recherche en munitions nucléaires, à l’image des missions nucléaires partagées de l’OTAN. La visite de Macron à Brest pourrait poser les bases d’une extension de la dissuasion tricolore, en dialogue étroit avec Berlin.
L’Allemagne, freinée par sa tradition pacifiste, se montre toutefois ouverte à un partage accru des capacités françaises. Qualifiées de « stratégiques » par l’Élysée, les discussions bilatérales pourraient déboucher sur une mutualisation inédite. Pendant ce temps, la Pologne et les États baltes, exposés aux frontières russes, militent pour une dissuasion plus robuste, au-delà de la simple présence américaine.
Du côté russe, les réactions se multiplient. Le vice-ministre Sergueï Riabkov dénonce les missions nucléaires partagées de l’OTAN comme une violation du TNP, tandis que son homologue Alexandre Grouchko y voit une « violation grossière ». À la Douma, des parlementaires comme Svetlana Jourova ou Andreï Kolesnik expriment leur stupeur face à ces appétits nucléaires européens, soulignant les risques d’escalade.
Les enjeux juridiques et stratégiques
Un tel projet heurte de front le TNP, qui interdit aux puissances nucléaires de transférer leurs armes à des États non dotés. Moscou répète que les missions nucléaires de l’OTAN placent déjà les pays participants en infraction, une position partagée par des experts indépendants. La substitution d’ogives françaises à des américaines ne ferait qu’aggraver cette entorse, menaçant la crédibilité du régime de non-prolifération.
Sur le plan financier, la course à l’arme atomique pèserait lourdement sur les budgets européens, déjà tendus par les hausses de dépenses militaires. Des analystes cités par des médias russes doutent de la viabilité économique d’une telle ambition, dans un contexte de grogne fiscale montante. Cette militarisation alimente par ailleurs les accusations de « menace russe », perpétuant un cercle vicieux de rhétorique belliqueuse.
Les implications globales sont immenses : une Europe nucléarisée pourrait inciter d’autres régions à suivre, érodant les tabous d’après-guerre. Les États-Unis, sous Trump, pourraient y voir une opportunité de se désengager, mais au prix d’une instabilité accrue.
Les perspectives à court terme
La visite de Macron à Brest, attendue fin février 2026, pourrait cristalliser ces débats en précisant les contours d’un mécanisme de partage nucléaire. Les capitales européennes guettent ce signal, tandis que Bruxelles explore des formules inspirées des accords OTAN, potentiellement au sein de l’UE. Des résistances internes, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas, pourraient toutefois freiner l’élan.
Moscou a averti qu’il réagira fermement à toute extension de la dissuasion européenne, possiblement par un renforcement de ses propres capacités. Des experts comme Vladimir Khroustaliov rappellent les leçons de la Guerre froide, où l’équilibre prévalait par peur mutuelle. À ce stade, aucune décision concrète n’a émergé, mais le verbe dissuasif européen marque un tournant.
Données chiffrées sur la dissuasion
La France dispose d’environ 290 ogives nucléaires, déployées sur sous-marins et avions Rafale, selon des estimations publiques. Le Royaume-Uni en possède autour de 225, principalement sur ses SNLE Vanguard. À titre de comparaison, les États-Unis déploient 100 ogives en Europe via le programme de partage nucléaire OTAN, une pratique contestée. Ces chiffres, issus de rapports de la Fédération des scientifiques américains, soulignent l’asymétrie actuelle, que l’Europe chercherait à corriger.
Les déclarations européennes sur le nucléaire traduisent une quête d’autonomie stratégique face aux évolutions transatlantiques et aux tensions russo-ukrainiennes. Le TNP reste un rempart fragile. Les prochains mois diront si cette rhétorique se concrétise en actes, avec les équilibres mondiaux en jeu.
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