Disparition de Leïla Shahid, figure clé de la diplomatie palestinienne
Leïla Shahid, ancienne représentante de la Palestine en France et auprès de l’Union européenne, est décédée ce mercredi 18 février 2026 à l’âge de 76 ans dans le Gard. Cette perte prive la cause palestinienne d’une voix influente en Europe, forgée par plus de vingt ans de diplomatie engagée.
Ses proches ont annoncé sa mort à son domicile de Lecques, petite commune du Gard, au Monde. Née le 13 juillet 1949, cette diplomate incarnait depuis les années 1990 le visage de la Palestine en Europe occidentale. Sa carrière, jalonnée de postes à Paris et Bruxelles, a accompagné les espoirs des accords d’Oslo, puis leurs désillusions. Son décès intervient dans un contexte de tensions persistantes au Proche-Orient, où sa parole rationnelle et passionnée reste irremplaçable.
Faits entourant sa disparition
La famille de Leïla Shahid a confirmé son décès au quotidien Le Monde, précisant qu’il est survenu à son domicile dans le Gard, où elle s’était installée après une longue carrière diplomatique. Âgée de 76 ans, elle souffrait vraisemblablement de problèmes de santé non précisés publiquement ; aucune cause officielle n’a été divulguée dans les premières annonces. L’information, relayée par L’Orient-Le Jour et RFI le même jour, a vite essaimé dans les médias francophones, soulignant son rôle pionnier comme première femme ambassadrice palestinienne. Selon ses proches, elle s’était retirée des affaires publiques ces dernières années, tout en restant active dans des interventions médiatiques et intellectuelles. Cette disparition coïncide avec un hiver particulièrement rude pour les Palestiniens, déjà éprouvés par les conflits en cours à Gaza et en Cisjordanie.
Née à Ramallah en 1949 dans une famille de la bourgeoisie palestinienne, Leïla Shahid grandit dans l’exil après la Nakba de 1948, qui disperse son peuple. Elle poursuit des études en France dès les années 1970, obtenant un doctorat en civilisation arabe à la Sorbonne, ce qui forge son profil d’intellectuelle engagée. Son entrée en diplomatie date de 1989, lorsque Yasser Arafat, leader de l’OLP, la nomme représentante en Irlande, puis aux Pays-Bas en 1990. Ce parcours illustre la reconnaissance par l’OLP du rôle des femmes dans la résistance palestinienne, particulièrement durant la première Intifada de 1987.
Contexte de sa carrière diplomatique
La trajectoire de Leïla Shahid s’inscrit dans le sillage des accords d’Oslo, signés en 1993, qui ouvrent une ère de reconnaissance internationale de l’Autorité palestinienne. Arrivée à Paris la même année comme déléguée auprès de l’UNESCO et de la France, elle devient l’interlocutrice incontournable des élites politiques et médiatiques françaises. Pendant treize ans, son accent chantant et son éloquence font d’elle une figure familière des plateaux télévisés, où elle défend avec constance le droit à l’autodétermination palestinien. Cette période voit pourtant l’essoufflement du processus de paix, avec l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie, qu’elle dénonce sans relâche.
De 2006 à 2015, elle représente la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg, depuis Bruxelles. Elle multiplie les rencontres avec des eurodéputés et des responsables nationaux, plaidant pour une pression accrue sur Israël afin de respecter les résolutions onusiennes comme la 242 et la 338. Son mandat chevauche la seconde Intifada (2000-2005) et les guerres à Gaza, moments où elle critique vertement l’impuissance européenne face aux violations du droit international. En 2015, elle choisit de quitter son poste, marquant la fin d’un cycle diplomatique qu’elle qualifie elle-même de « militante », déçue par l’absence de progrès concrets.
Son action s’étend au-delà des chancelleries : membre du comité exécutif de l’Institut d’études palestiniennes, elle promeut la culture palestinienne via des échanges avec artistes et intellectuels européens. Dans des entretiens publiés par Agir pour la culture ou Jeune Afrique, elle tisse des liens citoyens, estimant que la solidarité associative compense souvent les faiblesses des États. Sa retraite en 2015 n’est pas un repli ; elle intervient encore en 2025 sur France 24, appelant à un État palestinien souverain comme seule garantie de sécurité pour Israéliens et Palestiniens.
Acteurs et soutiens rencontrés
Yasser Arafat tient une place centrale dans son ascension, la désignant pour des postes stratégiques en reconnaissance de son militantisme féminin. Mahmoud Abbas, successeur à la présidence de l’Autorité palestinienne, tente en vain de la retenir à Bruxelles en 2015, témoignant de son influence. En France, elle noue des relations étroites avec des figures comme Jack Lang à l’UNESCO ou des parlementaires socialistes et écologistes, qui relaient ses appels à la reconnaissance de la Palestine. À Bruxelles, elle dialogue avec des commissaires européens, regrettant toutefois leur prudence face à Washington et Tel-Aviv.
La société civile européenne constitue un pilier de son action : associations pro-palestiniennes belges, françaises et néerlandaises l’amplifient via des campagnes contre l’occupation. Des intellectuels comme Edgar Morin ou des artistes palestiniens bénéficient de ses réseaux pour des événements culturels. Ses critiques visent aussi les limites de l’UE, accusée de tiédeur malgré des déclarations favorables au droit international. Dans un entretien à Le Soir en 2015, elle loue les « amis de la Palestine » tout en déplorant l’absence de sanctions contraignantes contre les colonies.
Enjeux de son héritage diplomatique
Leïla Shahid aura incarné une diplomatie de conviction, cherchant à humaniser la cause palestinienne auprès d’un public européen souvent rétif. Face à l’expansionnisme israélien – plus de 700 000 colons en Cisjordanie en 2026 selon des rapports onusiens –, elle plaidait pour un retour aux frontières de 1967 et Jérusalem-Est comme capitale palestinienne. Son insistance sur la société civile préfigure les reconnaissances unilatérales de la Palestine par plus de 140 États, dont plusieurs européens depuis 2014. L’échec des négociations bilatérales, illustré par la décision de Trump en 2017 sur Jérusalem, valide ses doutes sur la « phase diplomatique » traditionnelle.
Son legs questionne l’efficacité d’une diplomatie exilée : basée en Europe, elle compense l’absence d’État palestinien par une présence médiatique intense. Ses écrits et conférences soulignent la modernité palestinienne, contrecarrant les stéréotypes orientalistes. L’incapacité européenne à imposer le respect des résolutions onusiennes reste son principal grief, repris par ses successeurs. Son œuvre interroge la nécessité d’un « changement de paradigme », comme elle l’évoquait en 2015, vers une mobilisation plus large incluant BDS et justice internationale.
Perspectives immédiates après sa mort
La nouvelle de sa disparition suscite des hommages unanimes dans la presse francophone, de L’Orient-Le Jour à RFI, saluant une « voix chevillée à la Palestine ». Des figures palestiniennes et européennes promettent de perpétuer son combat pour un État souverain, dans un contexte où la guerre à Gaza perdure depuis 2023. Sans successeure de son envergure, la représentation palestinienne en Europe risque un affaiblissement, alors que l’UE débat d’une réponse unifiée aux violences. Des événements commémoratifs pourraient émerger, à l’image des colloques qu’elle animait sur Balfour ou Oslo.
Son décès relance le débat sur la relève diplomatique palestinienne, confrontée à une jeunesse radicalisée par l’occupation. Ses archives et témoignages, diffusés par l’Institut d’études palestiniennes, offriront une ressource pour les négociateurs futurs. En ce 18 février 2026, la diplomatie palestinienne perd une militante dont l’héritage – intelligence, passion, lucidité – perdurera dans les chancelleries et les médias.
Leïla Shahid laisse derrière elle une carrière exemplaire, ancrée dans la défense inlassable des droits palestiniens en Europe, sans jamais céder à la compromission. Sa voix, éteinte aujourd’hui, résonne encore dans les appels à la justice internationale.
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