La commentatrice conservatrice Candace Owens, ancienne figure de proue du mouvement MAGA, a publié dimanche 5 avril 2026 un message sur X réclamant la destitution de Donald Trump, qu’elle décrit comme « profondément malade » et entouré de « fanatiques religieux ». Cette prise de position radicale, déclenchée par un discours présidentiel sur l’Iran jugé incohérent et menaçant, marque une rupture sans précédent au sein même de la galaxie pro-Trump.
C’est en réponse directe au message de Pâques de Donald Trump — dans lequel le président américain a formulé des avertissements particulièrement virulents à l’égard de l’Iran, invoquant un langage à connotation religieuse que de nombreux observateurs ont jugé alarmant — que Candace Owens a publié, dimanche 5 avril, un message d’une rare violence contre l’homme qu’elle avait contribué à faire élire. Dans ce post diffusé sur X, l’ancienne icône du conservatisme américain a qualifié l’administration Trump de « satanique », désigné le président sous le terme de « Mad King » — le Roi Fou — et appelé le Congrès à engager une procédure de destitution, tout en avertissant les dirigeants du monde entier d’agir en conséquence face à ce qu’elle a décrit comme une instabilité dangereuse à la Maison-Blanche.
Quand « l’Amérique d’abord » devient incompatible avec la Maison-Blanche
La déclaration d’Owens ne tient pas en quelques mots d’humeur passagère. Dans son texte publié sur X, elle écrit explicitement : « Nos vies à tous pourraient dépendre de la prise de conscience des autres pays que Trump est profondément malade et entouré de fanatiques religieux qui l’ont convaincu d’être un messie. » Le registre employé — messianique, sectaire, eschatologique — tranche radicalement avec le lexique habituel de la droite conservatrice américaine. Owens ne formule pas une simple critique de politique étrangère : elle remet en cause la santé mentale du chef de l’exécutif et la légitimité de son entourage.
L’élément déclencheur immédiat est le discours de Trump du dimanche de Pâques, au cours duquel le président a réitéré ses menaces contre l’Iran — promettant des frappes « extrêmement dures » — tout en laissant ouverte la possibilité d’un accord diplomatique. Cette ambivalence rhétorique entre menace militaire et ouverture négociée, combinée aux références religieuses du message, a visiblement constitué pour Owens le point de non-retour d’une rupture qui couvait depuis plusieurs mois.
Une fracture interne au MAGA qui s’est construite sur plusieurs mois
La rupture d’Owens avec Trump ne s’est pas produite en un jour. Sa dissidence publique a commencé en avril 2025, lorsqu’elle a dénoncé la décision de l’administration de cibler l’université Harvard comme une atteinte à la liberté d’expression. En mars 2026, elle invitait déjà les soldats américains à démissionner plutôt que de servir dans le cadre du conflit iranien. Ce glissement progressif dessine une trajectoire cohérente : à chaque escalade au Moyen-Orient, la commentatrice a pris ses distances avec la ligne présidentielle, au nom précisément du slogan « America First » dont elle revendique la paternité idéologique.
Lors d’une apparition sur le plateau de Piers Morgan, Owens avait déjà indiqué se sentir « embarrassée » d’avoir appelé les gens à voter pour Trump, le qualifiant de « déception chronique ». Elle avait alors soutenu que le président avait trahi sa promesse centrale de maintenir les États-Unis hors de tout nouveau conflit, estimant que les frappes américaines sur les installations nucléaires iraniennes avaient été décidées pour satisfaire Israël plutôt que pour protéger des intérêts américains directs.
Le discours de Pâques qui a fait basculer l’ancienne alliée
Dans les heures qui ont suivi la publication d’Owens, les tensions ont continué de monter. Trump a réitéré sa menace de frapper les infrastructures énergétiques iraniennes si le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert, tout en laissant entendre qu’un accord restait possible. Cette posture contradictoire — l’ultimatum et la négociation simultanés — est précisément celle qu’Owens a désignée comme le symptôme d’une présidence déstabilisée, pour ne pas dire incontrôlable. Ni Donald Trump ni la Maison-Blanche n’ont répondu publiquement aux déclarations de la commentatrice.
Le contexte géopolitique dans lequel s’inscrit cet épisode est celui d’une crise iranienne qui a profondément reconfiguré les lignes politiques aux États-Unis. Les frappes américaines sur les sites nucléaires iraniens de Fordow, Natanz et Ispahan — baptisées « Midnight Hammer » et conduites avec des bombardiers furtifs B-2 et soixante-quinze munitions guidées de précision — avaient déjà provoqué de vives réactions à travers tout le spectre politique américain. Owens rejoignait ainsi, par sa demande de destitution, une dynamique critique qui n’était plus cantonnée à l’opposition progressiste.
Un symbole qui dépasse le cas Owens
La portée symbolique de la prise de position d’Owens dépasse largement sa personne. La commentatrice a passé des années à convaincre des électeurs afro-américains de rejoindre le camp Trump via sa fondation BLEXIT et sa plateforme médiatique nationale. Elle incarne un segment du mouvement conservateur qui avait adhéré au trumpisme sur la base d’un discours non-interventionniste, souverainiste et anti-establishment — et qui se retrouve aujourd’hui en rupture frontale avec les décisions d’un président qu’il avait porté au pouvoir. Le mouvement MAGA lui-même est décrit par plusieurs analystes comme profondément fracturé depuis l’entrée en guerre américaine contre l’Iran.
Owens est par ailleurs engagée dans plusieurs controverses parallèles, dont une série YouTube en six épisodes accusant la veuve de Charlie Kirk, fondateur de Turning Point USA, d’être à l’origine de la mort de ce dernier — une affirmation rejetée comme infondée par de nombreux médias. Ces positions, qui mêlent dissidence politique et théories complotistes, compliquent la lecture de sa rupture avec Trump : entre conviction idéologique sincère et stratégie d’audience, la frontière reste difficile à tracer.
La question posée par cette journée du 5 avril 2026 reste celle-ci : le témoignage d’une figure aussi clivante peut-il réellement peser sur la base électorale de Donald Trump, ou ne fait-il que révéler une fracture déjà consommée au sein d’un mouvement en pleine recomposition ?
Amel Bensalem