Trump, entourage et crimes sexuels : ce que disent les jugements
Plusieurs personnalités ayant gravité dans la galaxie trumpiste — responsables locaux de campagne, intermédiaires politiques, figures religieuses — ont été condamnées pour des crimes sexuels impliquant des mineurs, sur la base de décisions de justice et de communiqués officiels. Ces affaires documentent des liens plus ou moins directs avec l’univers politique de Donald Trump, sans établir une responsabilité personnelle du président dans les faits reprochés.
George Nader, intermédiaire politique condamné à 10 ans
Le 26 juin 2020, un tribunal fédéral de l’Eastern District of Virginia a condamné George A. Nader à 10 ans de prison pour exploitation sexuelle d’un mineur et détention de contenus d’abus sexuels sur enfants, à la suite d’un accord de plaidoyer détaillé dans un communiqué du Department of Justice. Les procureurs indiquent qu’il a admis avoir fait venir un garçon de 14 ans depuis l’Europe vers l’aéroport de Dulles à des fins sexuelles illégales, ainsi qu’avoir accédé et possédé des vidéos d’abus sur enfants.
Selon des enquêtes de presse et la biographie publique de Nader, ce consultant en politique étrangère a participé aux activités de transition de l’administration Trump et a été entendu comme témoin dans l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur la campagne de 2016. Reuters et d’autres médias le présentent comme un intermédiaire ayant rencontré Donald Trump Jr. à la Trump Tower en août 2016, ce qui établit un contact avec le cercle de campagne mais pas une fonction officielle au sein de l’exécutif.
Ralph Shortey, ex-président de campagne local en Oklahoma
Le 17 septembre 2018, l’ex-sénateur républicain de l’Oklahoma Ralph Allan Lee Shortey a été condamné à 15 ans de prison fédérale par le tribunal du Western District of Oklahoma pour “child sex trafficking” après avoir plaidé coupable à un chef de trafic sexuel de mineur, les poursuites pour pornographie infantile ayant été abandonnées dans le cadre de l’accord. Les documents judiciaires et la couverture médiatique indiquent qu’il avait été arrêté en 2017 dans un motel avec un garçon de 17 ans, et que les enquêteurs ont mis au jour des échanges en ligne où il lui proposait de l’argent contre des actes sexuels, ainsi que des recherches et envois liés à des contenus pédopornographiques.
Plusieurs médias locaux et nationaux décrivent Shortey comme un responsable de la campagne Trump en Oklahoma lors de la présidentielle de 2016, chargé de l’organisation au niveau de son secteur après sa réélection comme sénateur d’État. Ce rôle se situe dans l’appareil de campagne locale et ne correspond pas à un poste officiel dans l’administration fédérale, mais il établit un lien politique direct entre l’élu condamné et l’effort électoral pro-Trump dans l’État.
Tim Nolan, ex-cadre trumpiste condamné à 20 ans
Le 4 mai 2018, l’ancien juge Timothy (Tim) Nolan a été condamné à 20 ans de prison dans le Kentucky pour des faits de traite humaine et d’infractions sexuelles impliquant des mineurs, une peine confirmée par les dossiers de la justice de l’État. Il avait auparavant plaidé coupable à 19 chefs d’accusation, incluant la traite de mineurs à des fins sexuelles, et doit rester inscrit à vie au registre des délinquants sexuels.
Les archives de presse et les notices biographiques indiquent que Nolan a été président de la campagne de Donald Trump dans le comté de Campbell, dans le nord du Kentucky, en 2016, après avoir reçu le soutien du candidat pour ce poste, et qu’il a participé au processus de sélection des délégués locaux à la convention républicaine. Reuters le présentait dès 2017 comme un responsable local de la campagne pro-Trump, un maillon du maillage territorial et non un conseiller de la Maison-Blanche.
Robert Preston Morris, pasteur évangélique et allié spirituel
Le 2 octobre 2025, le procureur général de l’Oklahoma a annoncé que Robert Preston Morris, fondateur de la megachurch Gateway Church au Texas, avait plaidé coupable à cinq chefs d’“actes lubriques ou indécents avec un enfant” pour des faits remontant au début des années 1980, commis sur une victime qui avait alors 12 ans. Le communiqué officiel précise qu’il a présenté ses aveux devant une juge spéciale du district d’Osage County et que les abus se sont poursuivis plusieurs années lors de visites d’évangélisation.
Des biographies publiques et la couverture de médias nationaux comme CNN et PBS rappellent que Morris a fondé Gateway Church en 2000, qu’il a été une figure influente du paysage évangélique conservateur, et que son église a accueilli Donald Trump lors d’un déplacement au Texas, tout en mentionnant sa participation à des cercles de conseillers religieux proches de l’ancien président. Cette proximité relève du réseau d’influence évangélique pro-Trump — invitations, plateformes, relais de discours — et non d’une fonction officielle au sein de l’exécutif fédéral.
RJ May, élu pro-Trump et condamnation fédérale en 2026
Le 14 janvier 2026, l’ancien élu républicain de Caroline du Sud Robert John “RJ” May III a été condamné par un tribunal fédéral à plus de 17 ans de prison pour distribution de contenus d’abus sexuels sur enfants, à la suite d’un plaidoyer de culpabilité à cinq chefs d’accusation détaillés par le U.S. Attorney’s Office du District of South Carolina. Les autorités fédérales indiquent qu’il devra également verser des dizaines de milliers de dollars de restitution et sera soumis à une longue période de supervision après sa libération, dans un dossier ouvert après le signalement de la plateforme de messagerie utilisée pour diffuser les fichiers.
Les reportages de l’Associated Press et d’organisations de suivi des droits civiques le décrivent comme un élu républicain très engagé dans les campagnes rhétoriques visant à “protéger les enfants”, notamment en soutenant des projets de loi ciblant les personnes transgenres et les soins de santé destinés aux mineurs. Son positionnement pro-Trump est établi par ses prises de position publiques et son affiliation politique, mais l’existence d’un lien personnel direct ou d’un rôle dans la campagne nationale de Trump ne ressort pas des documents judiciaires disponibles.
Documents Epstein : une bataille procédurale, pas une preuve d’ingérence
À partir de la fin 2025, la question de la publication des documents liés à Jeffrey Epstein et à ses réseaux d’abus sexuels est devenue un enjeu politique à Washington. Le 17 janvier 2026, Reuters rapporte que le Department of Justice a demandé à un juge fédéral de New York de rejeter la tentative de deux élus du Congrès d’imposer la nomination d’un “special master” chargé de superviser la diffusion de ces dossiers, en arguant notamment de l’absence de base légale et du fait que ces parlementaires ne sont pas parties à la procédure.
Dans ce courrier, le ministère de la Justice met en avant la masse de documents restant à traiter — plusieurs millions de pages — et la nécessité de protéger les victimes, tout en expliquant que la loi imposant la publication est en cours de mise en œuvre avec des délais importants. Ces éléments permettent de documenter un bras de fer institutionnel et la lenteur du processus, mais ne suffisent pas à affirmer que Donald Trump, en tant que président, bloquerait personnellement la diffusion de ces archives, faute de preuve directe en ce sens dans les actes de procédure.
Un écosystème politique poreux, des mots à manier avec précision
Les condamnations évoquées s’appuient sur des décisions judiciaires ou des plaids coupables pour des faits d’exploitation sexuelle de mineurs, de traite ou de détention et diffusion de contenus d’abus, avec des peines allant de plusieurs années de prison ferme à des peines maximales de 20 ans. Elles concernent des profils variés — ancien juge, sénateur d’État, pasteur de megachurch, intermédiaire politique, ex-député local — tous liés, à des degrés différents, à des réseaux pro-Trump ou à la campagne de 2016.
Ces affaires n’apportent toutefois aucune démonstration générale sur le comportement de l’électorat, ni sur une responsabilité pénale de Donald Trump lui-même, mais illustrent la porosité d’un environnement où des acteurs bénéficiant d’une aura publique de défense des “valeurs familiales” ou de “protection des enfants” ont commis des crimes sexuels graves sur mineurs.
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