Depuis son investiture en janvier 2025, Donald Trump impose une refonte brutale de la diplomatie américaine, combinant frappes militaires ciblées, sanctions économiques et désengagement des alliances historiques. Cette stratégie, censée restaurer la suprématie des États-Unis, alimente un débat géostratégique intense : a-t-elle, au contraire, fragilisé durablement Washington au profit de Pékin et de Moscou ? Les faits récents, étayés par des sources fiables, dessinent un tableau contrasté, où des succès tactiques immédiats masquent une érosion stratégique plus profonde.
Les interventions militaires revendiquées par Donald Trump – huit conflits « résolus » en huit mois – appellent des nuances. Parmi elles, une guerre éclair entre Israël et l’Iran en juin 2025, un cessez-le-feu entre l’Inde et le Pakistan en mai, ainsi que des opérations au Yémen, en Syrie et au Venezuela. L’offensive lancée contre l’Iran le 28 février 2026 illustre cette doctrine de « paix par la force », mêlant frappes aériennes et perspective d’une intervention terrestre sur plusieurs semaines. Mais ces actions, souvent menées de manière bilatérale, dispersent les ressources américaines sans consolider un leadership collectif. Elles laissent les alliés en première ligne face aux conséquences. Le retrait d’Afghanistan en 2021, entériné sous Trump, a par ailleurs créé un vide stratégique rapidement investi par la Chine et la Russie. Ces succès ponctuels fragilisent ainsi la crédibilité des États-Unis comme garant de la stabilité mondiale, donnant l’image d’une puissance de plus en plus isolée.
La doctrine « America First » a également entraîné une rupture avec les partenaires traditionnels. Retrait du Partenariat transpacifique, de l’accord de Paris, de l’UNESCO, du traité INF : autant de signaux d’un désengagement multilatéral, accompagnés d’exigences accrues envers les alliés de l’OTAN. Ce virage a tendu les relations avec l’Europe, le Canada, le Mexique et même la Turquie, notamment après le retrait américain de Syrie en 2019 suivi d’une intervention turque. Les Européens, confrontés à une OTAN fragilisée, peinent à s’aligner sur un leadership jugé erratique, tandis que le Japon et la Corée du Sud s’interrogent sur la solidité des garanties américaines face à la Chine. Les tensions commerciales avec l’Union européenne et l’Inde, alimentées par des hausses de droits de douane, accentuent encore cet isolement. Cette rupture progressive érode le soft power américain et encourage l’émergence de stratégies d’autonomie en Europe et en Asie.
Sur le plan économique, les sanctions contre la Russie illustrent un paradoxe. Renforcées fin octobre 2025, notamment contre Rosneft et Lukoil, elles ont contribué à une chute de 27% des recettes pétrolières russes en novembre et à un déficit budgétaire de 1,7% du PIB. Sous pression américaine, l’Inde a réduit ses importations de pétrole russe, entraînant des pertes estimées entre 20 et 30 milliards d’euros pour Moscou. Mais ces mesures ont aussi accéléré le rapprochement entre la Russie et la Chine. Pékin absorbe les excédents énergétiques russes, avec une hausse de 25% des exportations et des livraisons de GNL vers Beihai depuis août 2025. Une complémentarité économique s’installe : la Russie fournit les matières premières, la Chine les transforme. En mars 2026, un assouplissement partiel des sanctions, lié à la crise iranienne, pourrait même augmenter les revenus russes de 10 milliards de dollars mensuels. Loin d’isoler Moscou, ces sanctions contribuent ainsi à structurer un axe sino-russe contournant les circuits occidentaux.
Dans ce contexte, les rapports de force internationaux se redessinent. Donald Trump privilégie une diplomatie transactionnelle, promettant par exemple un règlement rapide du conflit ukrainien au prix de concessions à Moscou, tout en ménageant Pékin malgré les tensions commerciales. Vladimir Poutine exploite cette marge pour renforcer son partenariat avec Xi Jinping, qui étend son influence via les BRICS et le contrôle des ressources stratégiques. Les alliés des États-Unis subissent, eux, les effets de cette recomposition : Europe divisée face au conflit ukrainien, Inde sous pression tarifaire pour réduire ses liens énergétiques avec la Russie. Dans le même temps, la Chine accentue ses positions en mer de Chine méridionale et autour de Taïwan, profitant des divisions occidentales. Les outils de puissance américains, censés contenir les rivaux, semblent ainsi renforcer leur cohésion.
À plus long terme, cette politique contribue à fragmenter l’ordre international en sphères d’influence. La stratégie de sécurité nationale publiée en décembre 2025 entérine ce basculement, en privilégiant des relations différenciées avec Moscou et Pékin au détriment d’un bloc occidental unifié. Les indicateurs confirment cette évolution : une OTAN affaiblie, un Indo-Pacifique sans coordination forte, tandis que les BRICS dépassent le G7 en termes de PIB. Malgré les sanctions, la Russie maintient une croissance estimée à 0,9% en 2025 grâce à son ancrage chinois, dans un contexte de forte inflation et de taux d’intérêt élevés. Si l’Europe reste dépendante du parapluie militaire américain, cette dépendance devient plus incertaine. L’isolationnisme américain accélère ainsi la transition vers un monde multipolaire où Washington perd en influence structurelle.
À court terme, l’engagement militaire en Iran mobilise des ressources importantes, laissant davantage de latitude à l’axe sino-russe sur d’autres théâtres, notamment en Ukraine et autour de Taïwan. Les négociations sur l’Ukraine pourraient aboutir à des concessions territoriales, fragilisant la confiance des alliés. Par ailleurs, l’absence de cadre multilatéral expose les États-Unis à une usure croissante, entre contraintes budgétaires et lassitude de l’opinion publique face aux interventions extérieures. Les choix opérés depuis 2025 – guerres limitées, sanctions ciblées, désengagement des alliances – contribuent ainsi à fragiliser durablement la position hégémonique américaine, au moment même où Pékin et Moscou renforcent leur partenariat.
Les faits convergent vers un constat : alliances affaiblies, adversaires consolidés, leadership contesté. Reste à savoir si cette séquence marquera un tournant durable vers un ordre mondial multipolaire.
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