Karim TABBOU, hommage au papa parti il y’a trois ans
𝑰𝒍 𝒚 𝒂 𝒕𝒓𝒐𝒊𝒔 𝒂𝒏𝒔 𝒅𝒆́𝒋𝒂̀ 𝒒𝒖𝒆 𝒎𝒐𝒏 𝒑𝒆̀𝒓𝒆, 𝑫𝒅𝒂 𝑴𝒐𝒉, 𝒂 𝒒𝒖𝒊𝒕𝒕𝒆́ 𝒄𝒆 𝒎𝒐𝒏𝒅𝒆, 𝒍𝒂𝒊𝒔𝒔𝒂𝒏𝒕 𝒅𝒆𝒓𝒓𝒊𝒆̀𝒓𝒆 𝒍𝒖𝒊 𝒖𝒏 𝒔𝒊𝒍𝒆𝒏𝒄𝒆 𝒒𝒖𝒊 𝒓𝒆́𝒔𝒐𝒏𝒏𝒆 𝒆𝒏𝒄𝒐𝒓𝒆. 𝑺𝒐𝒏 𝒂𝒃𝒔𝒆𝒏𝒄𝒆 𝒏’𝒂 𝒑𝒂𝒔 𝒄𝒓𝒆𝒖𝒔𝒆́ 𝒖𝒏 𝒗𝒊𝒅𝒆 : 𝒆𝒍𝒍𝒆 𝒂 𝒐𝒖𝒗𝒆𝒓𝒕 𝒖𝒏 𝒆𝒔𝒑𝒂𝒄𝒆 𝒐𝒖̀ 𝒔𝒂 𝒍𝒖𝒎𝒊𝒆̀𝒓𝒆 𝒄𝒐𝒏𝒕𝒊𝒏𝒖𝒆 𝒅𝒆 𝒗𝒊𝒗𝒓𝒆, 𝒅𝒊𝒔𝒄𝒓𝒆̀𝒕𝒆 𝒎𝒂𝒊𝒔 𝒆́𝒕𝒆𝒓𝒏𝒆𝒍𝒍𝒆.
Dda Moh était de ces hommes rares qui ne cherchent pas à briller, mais dont la simple présence éclaire.
Un homme humble, simple, un poète du peuple, dont les mots jaillissaient du cœur de la culture berbère — cette culture qui enseigne la dignité, la résistance et la fidélité.
Ses paroles avaient la force immobile des montagnes, et la douceur secrète des sources profondes.
La vie, pourtant, ne lui a jamais fait de cadeaux. Durant la colonisation, il a traversé la misère, les violences, les sévices. Malgré son handicap, on l’a jeté dans les travaux forcés, trois longues années d’une dureté inhumaine. Il en est revenu meurtri de corps, mais intact d’âme.
Dans ce corps fragile vivait un cœur immense, un esprit de fer, une volonté qui refusait de se courber.
Puis il y eut la pierre. La pierre qu’il taillait comme d’autres écrivent des livres et des poèmes : avec patience, avec douleur, avec noblesse.
𝐂𝐡𝐚𝐪𝐮𝐞 𝐛𝐥𝐨𝐜 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐬𝐞𝐬 𝐦𝐚𝐢𝐧𝐬 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐚𝐢𝐭 𝐮𝐧 𝐜𝐚𝐝𝐞𝐚𝐮 𝐧𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞𝐥.
𝐂𝐡𝐚𝐪𝐮𝐞 𝐞́𝐜𝐥𝐚𝐭, 𝐮𝐧 𝐬𝐨𝐮𝐟𝐟𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐮𝐢.
𝐂𝐡𝐚𝐪𝐮𝐞 œ𝐮𝐯𝐫𝐞, 𝐥𝐞 𝐭𝐞́𝐦𝐨𝐢𝐠𝐧𝐚𝐠𝐞 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐯𝐢𝐞 𝐟𝐚𝐜̧𝐨𝐧𝐧𝐞́𝐞 𝐩𝐚𝐫 𝐥’𝐞𝐟𝐟𝐨𝐫𝐭, 𝐣𝐚𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐚 𝐟𝐚𝐜𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́.
Et quand la pierre se taisait, la terre prenait le relais. Dans le calme de ses journées, il se tournait vers son petit jardin, humble en surface mais vaste comme un rêve. Là, ses mains devenaient tendresse. Elles caressaient les arbres, parlaient aux plantes, consolaient les fleurs.
Ses mains, usées mais lumineuses, savaient apprivoiser la nature comme on apprivoise un ami cher.
Sur ce petit jardin, il avait fait naître un coin de Paradis.
Les fleurs y dansaient au vent, les oiseaux y venaient chanter, attirés comme par un secret.
Il savait écouter la langue silencieuse des arbres, respecter la patience des pierres, accueillir le chant des oiseaux.
La nature n’était pas son loisir : elle était son souffle, son refuge, son deuxième cœur.
Aujourd’hui encore, je sens son souffle dans le vent qui passe entre les branches.
J’entends sa voix dans les pierres qu’il a travaillées.
Je vois sa lumière dans chaque souvenir.
Et dans chaque arbre qui s’élève, dans chaque oiseau qui s’envole, dans chaque fleur qui s’ouvre, je retrouve une parcelle de lui — cet homme qui avait su, malgré la dureté du monde, en révéler la beauté cachée.
Même lorsqu’il sentait la vie s’éloigner de lui, il a choisi le camp de la lumière : celui du peuple, de l’espoir, de la justice. Jusqu’à son dernier souffle, il a cru en un avenir capable de porter haut la dignité de tous.
Son départ fut discret, mais son message, lui, gronde encore comme un tonnerre.
À ses côtés, il a eu la bénédiction d’aimer et d’être aimé par ma mère, Dehbia.
Complice indéfectible, refuge de douceur, force qui relève.
Ensemble, ils ont affronté la misère, les tourments, les nuits sombres. Deux êtres unis par l’amour, l’honneur et les valeurs ancestrales. Dans leur pauvreté, resplendissaient des richesses que nul ne peut acheter.
Mon père, Dda Moh, a laissé un vide immense — un vide que même les mots ne peuvent combler.
Mais il a surtout laissé une empreinte, une marque indélébile, gravée dans nos vies comme une pierre que le temps ne peut user.
𝐈𝐥 𝐞𝐬𝐭 𝐧𝐞́ 𝐠𝐫𝐚𝐧𝐝, 𝐚 𝐯𝐞́𝐜𝐮 𝐠𝐫𝐚𝐧𝐝 𝐞𝐭 𝐬’𝐞𝐧 𝐞𝐬𝐭 𝐚𝐥𝐥𝐞́ 𝐠𝐫𝐚𝐧𝐝.
𝐑𝐞𝐩𝐨𝐬𝐞 𝐞𝐧 𝐩𝐚𝐢𝐱, 𝐦𝐨𝐧 𝐜𝐡𝐞𝐫 𝐩𝐞̀𝐫𝐞.
𝐑𝐞𝐛𝐛𝐢 𝐲𝐞𝐫𝐞𝐡𝐦𝐨𝐮.
Merci à celles et ceux qui l’ont connu, côtoyé et aimé.
Karim TABBOU Le 28 Novembre 2025



