l des avoirs de Franklin Nyamsi : Paris vise l’intellectuel camerounais critique du pouvoir français
Les autorités françaises ont ordonné le gel, pour six mois, des avoirs de Franklin Nyamsi, universitaire camerounais et figure du panafricanisme. Cette mesure administrative exceptionnelle intervient dans un contexte de tension croissante entre Paris et plusieurs voix africaines critiques de la présence française sur le continent.
Une décision par arrêté ministériel
Un arrêté publié au Journal officiel du 13 février 2026 prononce le gel total des avoirs de Franklin Nathan Nyamsi pour une durée de six mois. Le texte, consultable sur Légifrance, s’appuie sur les articles L. 562-2-1 et suivants du Code monétaire et financier, qui autorisent l’exécutif à geler les fonds et ressources économiques d’une personne « lorsque son activité est susceptible de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ».
Concrètement, tous les comptes bancaires, biens mobiliers, immobiliers, participations ou créances liés à Franklin Nyamsi sont suspendus. La mesure s’étend à toute personne ou entité agissant pour son compte et interdit tout transfert ou utilisation de ses ressources. Il s’agit d’un gel administratif – et non pénal – qui ne requiert pas de condamnation judiciaire préalable. Cette procédure préventive et temporaire est décidée conjointement par les ministres de l’Économie et de l’Intérieur lorsqu’un risque pour la sécurité nationale est jugé crédible.
Un intellectuel panafricaniste au discours tranchant
Docteur en philosophie et ancien enseignant à l’université de Rouen, Franklin Nyamsi s’est imposé depuis plusieurs années comme l’une des figures les plus emblématiques du panafricanisme francophone. Très actif sur les réseaux sociaux et présent sur de nombreux plateaux télévisés africains, il critique ouvertement la politique française en Afrique.
Proche de mouvements militant pour la souveraineté du continent, il dénonce la persistance d’un système « néocolonial » dans les relations entre Paris et ses anciennes colonies. Ses prises de position lui ont valu une large audience au Cameroun, au Sénégal et au sein de la diaspora africaine, mais aussi de vives réactions en France. Ses détracteurs l’accusent d’entretenir une rhétorique hostile et de nourrir un climat d’antagonisme idéologique.
Une mesure rare à portée politique
En France, le gel administratif des avoirs demeure un dispositif exceptionnel, généralement réservé aux individus soupçonnés de financer des activités terroristes, de soutenir des réseaux étrangers menaçant la sécurité nationale ou de figurer sur des listes de sanctions internationales. Son application à un intellectuel civil sans poursuite pénale connue apparaît donc inhabituelle.
Le communiqué justifiant la décision ne précise pas les motifs détaillés ni les faits reprochés. Ce manque d’explications publiques suscite des interrogations sur la nature du dossier. En l’absence de procédure judiciaire, la décision repose uniquement sur une évaluation administrative du risque. Franklin Nyamsi peut toutefois contester la mesure devant le juge administratif, en invoquant une atteinte disproportionnée à ses libertés fondamentales – notamment la liberté d’expression, le droit de propriété et la présomption d’innocence.
Vives réactions autour des libertés publiques
Pour ses soutiens, cette décision illustre une dérive dangereuse de l’usage des outils de sécurité nationale. L’avocate Corinne Elle, proche des milieux panafricanistes, a dénoncé un « acharnement de la dictature Macron contre le professeur Franklin Nyamsi » et un « gel total sans motivation pénale ». Selon elle, la mesure viole plusieurs libertés garanties par la Constitution.
Les autorités, de leur côté, n’ont fourni aucune explication publique. Le ministère de l’Économie, chargé d’appliquer les régimes de sanctions financières, a refusé tout commentaire. Jusqu’ici, la France n’avait recours à ce type de dispositif que dans des affaires liées au terrorisme ou au financement de la criminalité internationale.
Des tensions franco-africaines en toile de fond
Ce gel d’avoirs s’inscrit dans un climat de crispation entre la France et plusieurs figures africaines influentes, alors que Paris tente de redéfinir sa stratégie sur le continent. En Afrique de l’Ouest et centrale, nombre d’intellectuels et de responsables politiques reprochent à la diplomatie française de perpétuer des pratiques héritées de l’époque coloniale — des accusations que Paris rejette systématiquement.
Ces dernières années, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont pris leurs distances vis-à-vis de la France, tout en valorisant les discours appelant à la rupture avec l’ancien colonisateur. Résidant en France, Franklin Nyamsi incarne aujourd’hui l’un de ces relais médiatiques de la résistance panafricaniste. Selon plusieurs observateurs, son influence sur les réseaux sociaux pourrait avoir incité les autorités françaises à agir sur le plan financier.
Des recours juridiques encore possibles
La mesure de gel, valable six mois, pourra être renouvelée ou levée en fonction de l’évolution du dossier. Franklin Nyamsi a la possibilité de la contester devant le Conseil d’État, notamment pour disproportion ou absence de fondement légal. Si le juge estime que la décision n’est pas suffisamment motivée, il peut en ordonner la suspension.
À ce stade, aucune procédure pénale n’a été engagée et aucun élément matériel ne relie l’universitaire à des activités illicites. Le dossier reste marqué par une grande opacité, entre justification sécuritaire des autorités françaises et perception d’une sanction politique visant une voix dissidente.
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