Les échanges commerciaux entre la France et l’Algérie ont reculé à 9,4 milliards d’euros en 2025, contre 11,1 milliards l’année précédente, selon les données de la Direction générale du Trésor français. Ce repli, le plus marqué depuis plusieurs années, conjugue l’effet dépressif de la baisse des prix des hydrocarbures à une recomposition structurelle du commerce algérien au détriment de Paris.
Les échanges commerciaux entre la France et l’Algérie ont enregistré un recul significatif en 2025, atteignant un total de 9,4 milliards d’euros, soit une baisse de 14,8 % par rapport à 2024, selon les données de la Direction générale du Trésor française. Cette contraction succède à une première inflexion enregistrée l’année précédente : après trois années consécutives de croissance, les échanges avaient déjà reculé de 4,3 % en 2024, atteignant 11,1 milliards d’euros. Le mouvement s’est donc accéléré en 2025, dans un contexte où les deux pays traversent la crise diplomatique la plus grave de leur histoire récente.
Les hydrocarbures, premier facteur d’un recul en valeur
La diminution concerne en premier lieu les importations françaises en provenance d’Algérie, qui ont atteint 5,2 milliards d’euros en 2025, contre 6,3 milliards un an plus tôt, soit une baisse de 17,1 %. Cette évolution s’explique en grande partie par le recul des prix de l’énergie sur les marchés internationaux. Dans le détail, les achats de pétrole et de gaz naturel ont enregistré une chute de 21,8 %. Le pétrole représente un peu plus de la moitié des importations énergétiques françaises, avec 57 %, tandis que le gaz en constitue 43 %. Sur l’ensemble de l’année, le baril de Brent s’est échangé autour de 66 dollars, dans un contexte marqué par une offre abondante et une demande moins soutenue. Malgré ce recul en valeur, l’Algérie conserve sa place parmi les principaux fournisseurs de la France, se situant au quatrième rang pour les hydrocarbures, juste derrière le Nigéria.
La baisse ne se limite pas aux flux énergétiques. Les exportations françaises vers l’Algérie ont reculé de 11,8 % en 2025, à 4,2 milliards d’euros contre 4,8 milliards en 2024. Le nombre d’entreprises françaises exportatrices a diminué, ce qui indique un retrait progressif des PME, tandis que les grandes entreprises maintiennent leur présence. En parallèle, les entreprises françaises font face à une concurrence accrue de pays comme la Chine, la Turquie, l’Italie et l’Espagne, ainsi qu’à un climat politique influençant les affaires.
La rupture céréalière, révélateur d’un recul structurel
Au-delà de la conjoncture pétrolière, c’est dans le secteur agricole que le recul prend les allures d’une rupture durable. En 2018, l’Algérie importait plus de 5 millions de tonnes de blé français, faisant de la France son principal fournisseur. En 2025, ce chiffre est tombé à zéro : aucune tonne de blé français n’a été exportée vers l’Algérie. Les données de la Direction générale du Trésor confirment l’ampleur du phénomène : les ventes françaises de produits agricoles vers l’Algérie sont passées de 300,1 millions d’euros au premier semestre 2024 à seulement 4,2 millions d’euros sur la même période de 2025, soit une contraction de 98,6 %.
Cette évolution résulte d’une combinaison de facteurs que les professionnels du secteur eux-mêmes distinguent. La concurrence internationale, notamment celle de la Russie, a joué un rôle déterminant. « La France n’a pas pu répondre aux besoins de l’Algérie à un moment donné, et celle-ci s’est tournée vers la mer Noire », explique Edward de Saint-Denis, de la maison de courtage Plantureux & Associés. À la mi-juillet 2025, un appel d’offres international lancé par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) a abouti à l’achat d’un million de tonnes de blé tendre, exclusivement sourcé de la région de la mer Noire — Russie, Ukraine, Bulgarie — et de la Baltique. Pour les céréaliers français, les conséquences sont sévères : fin août 2025, le cabinet d’expertise agricole Argus Média alertait que les producteurs perdaient environ 30 euros par tonne produite, avec des prix de 190 euros la tonne pour des charges de 220 euros.
La crise diplomatique de juillet 2024, accélérateur de la divergence
Si les fondamentaux économiques expliquent une part du recul, la détérioration du cadre politique a amplifié et accéléré ce mouvement. La crise entre les deux pays dure depuis l’été 2024, lorsque la France a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental occupé. Cette décision a provoqué une réaction immédiate d’Alger : l’Algérie a exclu explicitement les entreprises françaises de ses appels d’offres pour l’importation de blé, les sociétés non-françaises ayant reçu l’instruction de ne pas proposer de blé d’origine française, selon six sources proches du dossier. Sur le plan diplomatique, Paris a fini par rappeler son ambassadeur en avril 2025, après l’expulsion de douze cadres diplomatiques qui travaillaient à l’ambassade de France en Algérie.
La crise a aussi conduit Alger à engager une recomposition délibérée de ses approvisionnements. Le 20 janvier 2025, le port d’Alger a reçu pour la première fois une cargaison de génisses Holstein en provenance d’Irlande — des animaux habituellement importés de France. Pour l’Algérie, le choix de diversifier ses fournisseurs agricoles répond à la fois à des impératifs économiques et à une volonté stratégique de ne plus dépendre d’un seul partenaire. Cette logique s’étend à d’autres secteurs : pour développer son industrie automobile, l’Algérie a noué un partenariat avec le constructeur italien FIAT, tandis que des opérateurs turcs et qataris participent à des méga-projets agricoles dans le Sahara.
Alger deuxième débouché africain de la France, mais dans un marché de plus en plus disputé
Malgré l’ampleur du recul, la relation commerciale franco-algérienne conserve un poids significatif. L’Algérie demeure le deuxième débouché des exportations françaises en Afrique, mais dans un cadre de plus en plus concurrentiel où Paris n’est plus le partenaire exclusif ni hégémonique. Du côté algérien, le solde commercial reste excédentaire pour Alger, les hydrocarbures continuant de représenter l’essentiel des exportations vers la France.
Des signaux de détente ont commencé à émerger en début d’année 2026. Des achats algériens de blé et d’orge en provenance de France étaient attendus en février 2026, ce qui constituerait la première cargaison de blé depuis juillet 2024 et la première livraison d’orge en trois saisons, selon les données de FranceAgriMer, dans un contexte de réchauffement des relations bilatérales. Ces premiers échanges, modestes en volume, sont cependant survenus dans un marché reconfiguré : les relations commerciales de l’Algérie avec certains partenaires européens, comme l’Italie et l’Espagne, ont suivi des trajectoires plus favorables en 2025, tandis que la Chine conserve une place importante dans les échanges extérieurs du pays.
La publication des chiffres annuels complets par la Direction générale du Trésor, attendue dans les prochaines semaines, permettra d’affiner le bilan définitif de cette année de rupture et d’évaluer si les premiers signes de normalisation observés début 2026 se sont traduits dans les flux du quatrième trimestre.
Amel Bensalem