Léon XIV accueilli par Tebboune à Alger pour la première visite papale en Algérie

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Safia Rahmani
Safia Rahmanihttps://alg247.com
Journaliste spécialisée dans les questions de société, de mobilité internationale et de migrations. Elle analyse les politiques migratoires, leurs implications sociales et leurs évolutions juridiques.

Le pape Léon XIV a posé le pied sur le sol algérien ce lundi 13 avril 2026, accueilli par le président Abdelmadjid Tebboune à l’aéroport international Houari-Boumédiène d’Alger. Pour la première fois depuis l’indépendance du pays en 1962, un souverain pontife effectue une visite officielle en Algérie, inaugurant un périple africain de dix jours qui le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale.

L’avion pontifical a touché le tarmac de l’aéroport Houari-Boumédiène à 10 heures du matin, heure locale. À Alger, Léon XIV a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune et a prononcé un premier discours devant les autorités et le corps diplomatique. Le chef de l’État algérien, qui avait personnellement supervisé les préparatifs de l’événement, s’était rendu à deux reprises en réunion de travail au cours des semaines précédentes pour en finaliser chaque détail. L’accueil protocolaire a débuté par un recueillement au Maqam Echahid, le monument aux martyrs de la guerre d’indépendance situé sur l’esplanade de Riad El Feth — un geste inaugural chargé de sens dans un pays dont l’identité nationale reste profondément liée au souvenir de la lutte anticoloniale.

Soixante-quatre ans de silence pontifical rompus sur le tarmac d’Alger

L’Algérie n’avait jamais connu un tel événement, à l’inverse de ses voisins marocain et tunisien, qui avaient respectivement accueilli Jean-Paul II en 1985 et 1996, et François en 2019. Ce vide historique s’explique en partie par les héritages complexes de la période coloniale. Mehdi Ghouirgate, professeur au département des études arabes à l’Université Bordeaux Montaigne, souligne que depuis la guerre d’Algérie, la base idéologique du FLN était construite contre la France, son idéologie et le colonialisme, lequel était en partie lié à l’Église catholique, créant une forme d’hostilité viscérale à l’égard du christianisme. Sous les présidences successives, cette méfiance s’était cristallisée en refus politique de toute visite papale, quand bien même les relations bilatérales entre Alger et le Saint-Siège ne se limitaient pas à cette tension larvée.

Ce contexte rend d’autant plus significatif le rapprochement engagé ces dernières années entre les deux capitales. En juillet 2025, le président Tebboune avait rencontré Léon XIV en audience privée au Vatican, trois mois seulement après l’élection du nouveau pape, symbole d’un rapprochement entre les deux États. Lors de cette rencontre, le président algérien avait offert au souverain pontife un rameau d’olivier provenant d’un arbre planté par saint Augustin, renforçant ainsi les liens spirituels et historiques entre les deux pays. C’est à l’issue de cette audience que Tebboune avait formellement invité Léon XIV à venir en Algérie, une invitation confirmée par le Vatican le 25 février 2026.

Un programme dense entre Grande Mosquée et basilique Notre-Dame d’Afrique

L’après-midi du premier jour, le pape devait visiter la Grande Mosquée d’Alger — l’une des plus vastes du monde — et rendre hommage aux figures de la mémoire algérienne dans un geste de reconnaissance de l’histoire nationale. Une rencontre avec la communauté chrétienne locale était également prévue dans la cathédrale Notre-Dame d’Afrique, qui surplombe la baie d’Alger. Inscrite dans son abside, la formule unique que porte ce sanctuaire — « Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans » — résume à elle seule l’esprit du dialogue interreligieux que cette visite entend incarner. Le pape devait également se rendre au Centre d’accueil et d’amitié des sœurs missionnaires augustiniennes à Bab El Oued.

Le programme de la journée reflète la volonté des deux parties de construire un message de coexistence adressé bien au-delà des frontières algériennes. Dans un contexte international tendu par la guerre au Moyen-Orient, la coexistence pacifique se trouve au cœur du message du pape dans ce pays de 47 millions d’habitants, à 99 % musulmans. Matteo Bruni, directeur du service de presse du Saint-Siège, avait précisé avant le départ : « Il s’agira de s’adresser au monde islamique, mais aussi d’affronter un défi commun de coexistence. »

Annaba, cœur augustinien d’un pèlerinage millénaire

L’étape la plus symbolique pour le pape américain de 70 ans aura lieu mardi avec un déplacement à Annaba, dans l’est du pays, ancienne Hippone dont saint Augustin fut l’évêque. Né en 354 à Thagaste, l’actuelle Souk Ahras, Augustin avait exercé son épiscopat dans cette cité côtière jusqu’à sa mort en 430. Pour Léon XIV, membre de l’ordre des Augustins, ce pèlerinage revêt une dimension personnelle et théologique autant que diplomatique. En visitant le site archéologique de l’ancienne Hippone, le souverain pontife ne visite pas seulement des ruines romaines, il rend hommage à l’un des esprits les plus puissants de l’humanité, né dans ce qui est aujourd’hui le territoire algérien.

Des visites sont également prévues à la maison d’accueil pour personnes âgées des Petites Sœurs des Pauvres et à la maison de la communauté augustinienne, où se tiendra une rencontre privée avec les membres de l’Ordre de Saint-Augustin. Une messe devait être célébrée dans la basilique Saint-Augustin d’Annaba, perchée au-dessus des ruines de l’ancienne cité épiscopale — un symbole que le récit national algérien, en réappropriant la figure d’Augustin comme Numide et non comme simple icône occidentale, cherche aussi à revendiquer comme part intégrante de son histoire plurielle.

Droits humains et liberté religieuse, questions en suspens

La dimension spirituelle et diplomatique de la visite n’a pas étouffé les voix critiques. Quelques jours avant l’arrivée de Léon XIV, trois ONG internationales, dont Human Rights Watch, ont exhorté le pape à soulever les questions de droits humains et de liberté religieuse auprès des autorités algériennes, affirmant que les minorités religieuses font face à des restrictions juridiques et administratives discriminatoires. L’Aide à l’Église en Détresse a publié en mars 2026 un rapport rappelant que si la visite constitue « un signe d’espoir », elle ne doit pas masquer les nombreuses restrictions administratives que subissent les communautés chrétiennes non catholiques.

Ces appels extérieurs n’ont pas infléchi le protocole officiel, mais ils signalent la tension entre la portée symbolique de l’événement et les réalités du terrain. L’Algérie présente sa tolérance religieuse envers la communauté catholique — minorité estimée à quelques milliers de fidèles, composée en majorité d’étudiants et travailleurs d’Afrique subsaharienne — comme une preuve d’ouverture. Pourtant, les protestants et les convertis de l’islam ne bénéficient pas des mêmes conditions d’exercice du culte, un écart que les organisations de défense des droits religieux documentent depuis plusieurs années.

Première étape d’une tournée africaine à portée continentale

La présidence algérienne avait exprimé, en février, sa conviction que cette visite permettrait de « consolider les liens d’amitié, de confiance et d’entente unissant l’Algérie et l’État du Vatican » et d’ouvrir « de nouvelles perspectives de coopération ». Au-delà des formules diplomatiques, le choix d’Alger comme première étape d’un voyage qui couvre quatre pays africains n’est pas anodin : il positionne l’Algérie comme interlocuteur de premier rang dans la géopolitique continentale du Saint-Siège, dans un contexte où Alger cherche à diversifier ses alliances et à renforcer sa stature internationale.

À l’issue de son séjour algérien, Léon XIV s’envolera vers le Cameroun, puis l’Angola et la Guinée équatoriale, avant de rentrer à Rome le 23 avril. Ce périple de dix jours, couvrant près de 18 000 kilomètres, constitue le premier grand voyage africain du successeur de François et marque une réorientation notable de l’attention du Saint-Siège vers le continent.

Safia Rahmani

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