Laurent Nuñez ministre français de l’intérieur à Alger pour deux jours
Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, est arrivé ce lundi 16 février 2026 à l’aéroport Houari-Boumédiène d’Alger, accueilli par son homologue algérien, Saïd Sayoud. Cette visite de travail de deux jours intervient dans un contexte de tensions bilatérales persistantes et vise à relancer le dialogue autour de dossiers sécuritaires majeurs.
Faits marquants de l’arrivée
Laurent Nuñez a atterri en début d’après-midi à l’aéroport international Houari-Boumédiène, principal hub aérien du pays, situé à une quinzaine de kilomètres d’Alger. Il a été accueilli par Saïd Sayoud, ministre de l’Intérieur algérien, dans un geste protocolaire soigneusement mis en scène. Cette escale inaugurale, annoncée plusieurs semaines plus tôt, fait suite à une invitation formelle lancée par M. Sayoud et acceptée par le responsable français lors d’un entretien télévisé le 15 février sur TF1.
Les deux délégations ont rapidement entamé des échanges techniques pour établir un ordre du jour chargé, centré sur la coopération en matière de sécurité intérieure et de lutte contre l’immigration irrégulière. Il s’agit du premier déplacement d’un ministre français de l’Intérieur en Algérie depuis 2022, illustrant une volonté de réengagement après une période marquée par des différends diplomatiques.
Le 7 février dernier, le président Abdelmadjid Tebboune avait déclaré, à propos d’une éventuelle venue de M. Nuñez, que « s’il veut venir, il est le bienvenu », une formule laconique qui tranchait avec le ton plus ferme des mois précédents. L’accueil chaleureux à l’aérogare, via le pavillon d’honneur réservé aux hautes personnalités, pose désormais les bases d’un dialogue pragmatique entre les deux pays.
Contexte des relations tendues
Les relations franco-algériennes se sont nettement refroidies depuis l’été 2024, lorsque Paris a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cette décision avait été perçue à Alger comme une atteinte à ses positions régionales. En avril 2025, l’arrestation d’un agent consulaire algérien en France, suivie d’expulsions croisées de diplomates, avait encore durci le ton, plongeant les deux capitales dans un cycle de rétorsions successives.
Des dossiers sensibles, comme le rapatriement de ressortissants ou l’expulsion de figures médiatiques — notamment celle de l’influenceur Doualemn en janvier 2025 —, ont accentué le malaise. Cependant, des signaux d’apaisement apparaissent depuis plusieurs mois : des échanges téléphoniques récents entre les deux ministres et une déclaration de Laurent Nuñez qualifiant ce déplacement de « voyage de réengagement très important ».
Parmi les priorités, la question des obligations de quitter le territoire français (OQTF) visant des ressortissants algériens en situation irrégulière demeure centrale. Paris souhaite une accélération des retours, tandis qu’Alger insiste sur des garanties humanitaires et un traitement respectueux des droits individuels. Cette visite s’inscrit ainsi dans une dynamique de désescalade après des mois de crispations diplomatiques.
Historiquement, la coopération sécuritaire franco-algérienne, consolidée dans les années 1990 face à la menace terroriste, a souvent permis de relancer le dialogue politique dans les périodes de tension. Mais les contentieux mémoriels et les divergences stratégiques continuent de fragiliser ce partenariat singulier, héritage direct de l’histoire coloniale.
Laurent Nuñez, ancien préfet de police de Paris et figure expérimentée de la sécurité intérieure française, conduit cette mission accompagné d’experts en immigration et en antiterrorisme. En face, son homologue Saïd Sayoud, récemment nommé ministre de l’Intérieur, défend une ligne souverainiste tout en affichant une ouverture à la coopération technique. Selon des sources proches du palais d’El Mouradia, le président Tebboune pourrait recevoir M. Nuñez, signe d’une reconnaissance diplomatique renforcée.
Du côté français, des analystes comme Adlene Mohammedi (IRIS, CERI-Sciences Po) estiment que cette visite traduit un refus de « sacrifier » la relation bilatérale malgré les différends accumulés. En Algérie, des médias tels que TSA couvrent l’événement en continu, soulignant l’absence de conditions préalables fixées par Paris — un geste interprété comme un signe de détente.
Enjeux sécuritaires centraux
Les discussions portent principalement sur les OQTF, qui concernent plusieurs milliers d’Algériens résidant en France. Le faible taux d’exécution de ces mesures s’explique en partie par les réticences algériennes, motivées par des considérations économiques et sociales. Parallèlement, la lutte contre le terrorisme reste un axe prioritaire, les deux pays partageant des intérêts communs au Sahel face à la menace djihadiste.
Des dossiers sensibles, tels que la gestion des dissidents politiques ou les affaires d’expulsions médiatisées, reflètent la complexité de cette coopération. En 2024, plus de 8 millions de passagers ont transité par l’aéroport Houari-Boumédiène, dont une part importante liée aux échanges franco-algériens, ce qui rend indispensable une coordination accrue des contrôles frontaliers. Des accords techniques sur les réadmissions pourraient ainsi être signés à l’issue de la visite.
Perspectives de la visite
Laurent Nuñez quittera Alger mardi après-midi, avec la perspective d’avancées concrètes sur la coopération sécuritaire et le dossier migratoire. Cette rencontre pourrait ouvrir la voie à d’autres échanges de haut niveau, voire à une normalisation plus large entre les deux gouvernements.
Toutefois, plusieurs observateurs estiment qu’un véritable dégel nécessiterait des gestes politiques plus forts, notamment sur la question du Sahara occidental. Le succès de cette visite dépendra donc de la capacité des deux ministres à isoler les différends géopolitiques pour se concentrer sur les impératifs de sécurité partagée.
En attendant, les discussions se poursuivent à huis clos à Alger, sans annonce majeure, mais avec une volonté affichée de renouer un dialogue stable et constructif entre Paris et Alger.
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