Dans sa chronique hebdomadaire publiée lundi 9 mars 2026, l’opposant algérien Karim Tabbou s’est insurgé contre les longues files de citoyens cherchant à obtenir des documents administratifs. Selon lui, ces scènes traduisent l’ampleur d’un exode nourri par la crise politique et économique que traverse le pays.
Des images qui accusent le pouvoir
Comme chaque lundi, Karim Tabbou s’est rendu à la caserne relevant de la sécurité intérieure d’Alger pour signer le registre de son contrôle judiciaire, mesure imposée depuis son arrestation en 2019. Fidèle à ce rendez-vous, l’ancien coordinateur de l’Union démocratique et sociale (UDS) a profité de cette contrainte pour publier un nouveau billet politique sur sa page Facebook officielle.
Cette fois, il s’est arrêté sur une scène devenue courante : des files interminables d’Algériens devant les services du ministère des Affaires étrangères, venus régulariser leurs documents après la récente décision des autorités espagnoles d’assouplir les conditions de séjour pour les étrangers.
Pour l’opposant, ces images représentent un « désaveu cinglant » infligé aux autorités. Loin des discours officiels sur la stabilité et la relance nationale, elles exprimeraient le désespoir d’une population qui ne rêve plus de retour, mais de départ. Tabbou évoque un « spectacle accablant » : des familles entières patientant des heures, parfois des nuits entières dans le froid, simplement pour obtenir un document administratif destiné à faciliter la régularisation de leurs proches en Europe.
Un exode révélateur d’un mal profond
Derrière cette indignation, le militant pointe les causes structurelles d’une fuite massive des forces vives. Selon lui, le pouvoir politique, qui a « confisqué » le pays depuis des décennies, porte l’essentiel de la responsabilité. Il dénonce un système où la rente pétrolière profite à une élite restreinte tandis que la jeunesse, instruite mais marginalisée, se heurte à un marché du travail verrouillé et à une administration paralysée.
Pour Tabbou, l’exil n’est pas un choix de confort, mais un acte de survie. « On ne quitte pas son pays par légèreté », écrit-il, évoquant les barrières sociales et la perte d’espérance qui poussent de nombreux jeunes à « affronter la mer, la peur, parfois la mort ». Le contexte espagnol n’aurait été qu’un déclencheur : la régularisation annoncée à Madrid aurait surtout révélé l’ampleur du phénomène migratoire et la profondeur de la crise morale qui secoue la société algérienne.
Un contraste avec la « communication triomphante »
Le texte s’attaque également à la rhétorique officielle jugée déconnectée de la réalité. Alors que les autorités vantent depuis des mois le « retour progressif » de certains ressortissants, les images montrent au contraire des citoyens patientant pour obtenir des documents de départ. L’opposant souligne l’absence d’indices d’un mouvement inverse : aucun afflux vers les consulats pour rentrer, aucune dynamique d’attraction pour les investisseurs étrangers ou pour le retour des compétences de la diaspora.
Ce contraste, écrit-il, met en lumière l’écart entre la « communication triomphante » du pouvoir et les échecs persistants de la gouvernance nationale. La politique de l’emploi, la gestion de la jeunesse et la conduite économique demeureraient, selon lui, autant de chantiers bloqués. Ce décalage alimenterait un sentiment d’humiliation collective et de résignation.
Une critique globale du système politique
Le militant du Hirak élargit son analyse au-delà du seul dossier migratoire. Il y voit le symptôme d’un modèle de gouvernance sclérosé, incapable d’écoute et de réforme. « Tant que le système restera fermé et sourd aux aspirations de la population, les files d’attente ne disparaîtront pas », avertit-il. Ces scènes, ajoute-t-il, ne relèvent pas du hasard ni d’une crise passagère, mais de la logique d’un État « centré sur le contrôle plutôt que sur l’ouverture ».
L’opposant rejette l’idée qu’une communication politique ou des appels symboliques au patriotisme puissent inverser la tendance. « Les slogans ne créent ni emplois, ni perspectives », insiste-t-il. Le mal, écrit-il, est politique avant d’être économique : un système verrouillé qui perpétue la dépendance à la rente et décourage toute initiative citoyenne.
Un rappel des engagements du Hirak
En conclusion de sa chronique, Karim Tabbou rend hommage aux « martyrs » et réaffirme son soutien aux détenus d’opinion, fidèle à son engagement au sein du mouvement du Hirak depuis 2019. Sa tribune se veut un rappel des promesses fondatrices de ce soulèvement pacifique : dignité, souveraineté populaire et fin de l’humiliation sociale. Il dénonce la « normalisation de l’échec » et la résignation face à une situation qui, selon lui, ne découle ni du hasard ni du destin, mais d’une gouvernance défaillante.
Pour le militant, la réponse au désespoir collectif ne viendra ni des discours officiels ni des démonstrations administratives, mais d’une véritable refondation politique nationale. La gestion des flux migratoires ou la modernisation des services publics ne sauraient, à ses yeux, se substituer à une réforme profonde du système.
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