Algérie : les législatives fixées au 2 juillet, la diaspora gagne quatre sièges

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Safia Rahmani
Safia Rahmanihttps://alg247.com
Journaliste spécialisée dans les questions de société, de mobilité internationale et de migrations. Elle analyse les politiques migratoires, leurs implications sociales et leurs évolutions juridiques.

Le président Abdelmadjid Tebboune a convoqué, par décret publié au Journal officiel du 4 avril 2026, le corps électoral pour le renouvellement de l’Assemblée populaire nationale. Le scrutin, prévu le jeudi 2 juillet, s’ouvre dans un contexte de réforme électorale inédite qui porte notamment la représentation de la diaspora de huit à douze sièges.

La date est désormais officielle. Par le décret présidentiel n° 26-145, Abdelmadjid Tebboune a convoqué le corps électoral pour le 2 juillet 2026, en vue de l’élection des membres de l’Assemblée populaire nationale, conformément au texte publié dans le Journal officiel numéro 24. Cette convocation marque formellement la clôture de la neuvième législature et ouvre une séquence politique dont les contours institutionnels ont été profondément redessinés ces dernières semaines. La décision s’appuie sur les articles 91 et 121 de la Constitution, ainsi que sur l’ordonnance n° 21-01 du 10 mars 2021 portant loi organique relative au régime électoral dans sa version modifiée.

La révision des listes, première étape d’un calendrier serré

En amont du scrutin, une révision exceptionnelle des listes électorales a été ouverte à compter du 12 avril 2026, pour s’achever le dimanche 26 avril. Cette période de deux semaines permet aux électeurs de vérifier leur inscription, de régulariser leur situation ou de s’inscrire pour la première fois. Pour la communauté nationale établie à l’étranger, la procédure est identique : les Algériens résidant hors du territoire sont appelés à effectuer leurs démarches auprès des représentations diplomatiques et consulaires algériennes, selon les mêmes règles que leurs compatriotes sur le sol national. L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a en outre mis à disposition un portail en ligne permettant de soumettre des demandes d’inscription ou de radiation, à l’adresse services.ina-elections.dz.

Ce délai de quinze jours est d’autant plus stratégique que le corps électoral algérien est en pleine mutation administrative. La création de onze nouvelles wilayas, qui porte leur nombre total de 58 à 69, a induit une refonte du découpage électoral : les prochaines législatives se dérouleront dans 69 circonscriptions territoriales, auxquelles s’ajoute la circonscription de la communauté nationale établie à l’étranger. Ce réajustement implique, pour un nombre significatif d’électeurs, une mise à jour de leur domiciliation électorale.

De huit à douze sièges : une avancée pour la communauté à l’étranger

L’un des changements les plus marquants du nouveau cadre électoral concerne précisément la diaspora. La représentation de la communauté nationale à l’étranger est portée à 12 sièges, contre 8 lors de la précédente législature, dans le cadre de la réforme du régime électoral adoptée le 31 mars dernier par l’APN. Cette progression de quatre sièges s’explique notamment par l’élargissement des communautés algériennes hors de France, traditionnellement dominante, vers d’autres zones d’Europe, d’Amérique et du Maghreb. La grande majorité de la diaspora algérienne demeure concentrée en France, mais le nombre d’Algériens dans d’autres pays d’Europe et du monde progresse ces dernières années, ce qui a justifié une meilleure représentation.

La réforme s’accompagne d’autres aménagements destinés à faciliter la participation. Le nombre de signatures requises pour constituer une liste a été réduit : il est désormais de 100 signatures d’électeurs pour chaque siège à pourvoir dans la circonscription de la diaspora, au lieu des 200 précédemment exigés. Cette mesure vise à abaisser le seuil d’accès au scrutin pour les formations politiques et les listes indépendantes concourant depuis l’étranger.

Un cadre électoral renouvelé sur trois fronts simultanés

Au-delà de la seule question diasporale, les législatives du 2 juillet se distingueront par leur organisation sous un arsenal législatif entièrement reconfiguré. Les prochains scrutins se dérouleront sous de nouvelles règles issues de l’adoption concomitante de la loi sur les partis politiques, de la loi sur le régime électoral et de la loi déterminant les circonscriptions électorales et les sièges à pourvoir au Parlement. Trois textes qui, ensemble, modifient substantiellement les conditions de compétition électorale.

Parmi les nouvelles dispositions, la composition des listes candidates est désormais encadrée par des critères stricts de diversité. Le législateur a prévu l’intégration d’un tiers minimum de femmes sur chaque liste, la réservation d’au moins la moitié des candidatures à des personnes âgées de quarante ans ou moins le jour du scrutin, et l’inclusion d’au moins un tiers de candidats disposant d’un niveau universitaire. Ces conditions, applicables à l’ensemble des circonscriptions, y compris celles de la diaspora, visent à renouveler le profil sociologique de l’hémicycle. Sur le plan institutionnel, l’ANIE conserve ses prérogatives de supervision du scrutin, tandis que les tâches logistiques sont confiées à l’administration, selon une répartition introduite par la nouvelle loi organique.

Un taux de participation de 23 % comme référence en creux

Pour comprendre l’enjeu de ce scrutin, il faut revenir aux chiffres de juin 2021. Les dernières législatives, tenues de manière anticipée le 12 juin 2021, avaient été marquées par un taux de participation historiquement bas de 23 %. Le Front de libération nationale (FLN) avait néanmoins remporté 98 sièges, devant le Mouvement de la société pour la paix (MSP, 65 sièges) et le Rassemblement national démocratique (RND, 58 sièges). Ce niveau d’abstention avait résumé à lui seul la défiance d’une grande partie de la société algérienne à l’égard des institutions parlementaires dans un contexte post-Hirak.

Depuis lors, le pouvoir exécutif a multiplié les réformes de procédure pour tenter de restaurer la confiance des électeurs, tant sur le territoire national qu’au sein de la diaspora. L’élargissement de la représentation à l’étranger, combiné à l’abaissement des seuils de participation pour les candidats, s’inscrit dans cette logique. Reste à savoir si ces ajustements institutionnels seront suffisants pour inverser une tendance à la désaffection électorale qui s’est installée durablement depuis la décennie 2010.

L’ANIE face au défi logistique des 69 wilayas

L’organisation du scrutin dans les 69 wilayas du territoire national, ainsi que dans les circonscriptions de la communauté nationale à l’étranger, représente un défi de taille que l’ANIE doit relever, en attendant la fixation des dates de la campagne électorale. Cette dernière étape du calendrier, qui n’a pas encore été officiellement arrêtée au moment de la publication du décret de convocation, conditionnera l’intensité de la mobilisation partisane dans les semaines à venir. Les formations politiques disposent d’un délai contraint pour structurer leurs listes selon les nouvelles règles de composition, notamment celles portant sur la parité générationnelle et la représentation féminine.

La prochaine étape formelle sera la publication du calendrier de la campagne électorale par l’ANIE, qui devra également préciser les modalités de vote pour la communauté établie à l’étranger, notamment dans les pays où le réseau consulaire algérien est le plus sollicité.

Safia Rahmani

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