Algérie : les législatives fixées au 2 juillet, la diaspora gagne quatre sièges

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Yacine Messaoud
Yacine Messaoudhttps://alg247.com
Journaliste spécialisé dans les relations internationales et les équilibres géopolitiques contemporains. Il suit particulièrement les dynamiques entre puissances mondiales, les conflits et les recompositions diplomatiques. Ses articles privilégient la mise en contexte et la compréhension des rapports de force plutôt que la simple chronologie événementielle.

Le président Abdelmadjid Tebboune a convoqué le corps électoral pour le 2 juillet 2026, date à laquelle les Algériens éliront les 407 membres de la dixième législature de l’Assemblée populaire nationale. La communauté établie à l’étranger verra sa représentation portée de 8 à 12 sièges, dans le cadre d’une réforme du découpage électoral liée à la création de onze nouvelles wilayas.

Par décret présidentiel n° 26-145, signé le 4 avril et publié au Journal officiel n° 24, le chef de l’État a officiellement lancé le compte à rebours du prochain scrutin législatif. La première étape concrète pour les électeurs débute dès le 12 avril avec l’ouverture d’une période de révision exceptionnelle des listes électorales, qui se prolongera jusqu’au 26 avril. Durant ces deux semaines, tout citoyen algérien, qu’il réside sur le territoire national ou à l’étranger, est invité à vérifier son inscription, à régulariser sa situation ou à s’enregistrer pour la première fois auprès de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). Les résidents hors d’Algérie inscrits auprès des représentations diplomatiques ou consulaires algériennes sont appelés à effectuer les mêmes démarches auprès de ces instances.

De 58 à 69 wilayas : une carte électorale entièrement redessinée

Le scrutin du 2 juillet intervient dans un contexte de réforme structurelle du cadre institutionnel. Le nouveau découpage administratif, promulgué en mars dernier, a créé onze nouvelles wilayas, portant le nombre total de 58 à 69 : Aflou, Barika, El Kantara, Bir El Ater, Aricha, Ksar Chellala, Ain Oussera, Messaad, Ksar El Boukhari, Boussaâda et Labiodh Sidi Cheikh. Cette refonte territoriale a mécaniquement imposé une révision complète de la carte électorale, le nombre de circonscriptions passant de 58 à 69 pour le renouvellement de l’Assemblée populaire nationale, auxquelles s’ajoute la circonscription réservée aux Algériens de l’étranger. Soumis à l’APN dans la foulée du décret présidentiel, le projet de loi sur le découpage électoral a été adopté en séance plénière, avant d’être transmis au Conseil de la nation dans des délais accélérés compte tenu du calendrier serré du processus électoral.

Le texte fixe le critère de répartition des sièges à un député pour chaque tranche de 120 000 habitants, avec un minimum garanti de deux sièges pour les wilayas dont la population est inférieure à 200 000 habitants, en remplacement du plancher de trois sièges précédemment en vigueur. Le nombre total de députés demeure quant à lui inchangé, à 407 sièges, conformément à la Constitution. Cette stabilité du total masque néanmoins une redistribution interne substantielle entre les wilayas, dont les nouveaux équilibres démographiques ont été intégrés dans les calculs de répartition.

Douze sièges pour la communauté algérienne établie à l’étranger

C’est sur la représentation de la diaspora que la réforme marque une rupture la plus visible. Le nombre de sièges réservés à la communauté nationale établie à l’étranger passe de 8 à 12, soit 395 sièges résultant des circonscriptions intérieures et 12 sièges pour l’étranger, sur un total fixé à 407. Le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Moussa Sayoud, a présenté ce renforcement comme « la volonté de l’État de consolider ses liens avec les membres de la communauté nationale établis à l’étranger ». La grande majorité de la diaspora algérienne est concentrée en France, même si les communautés établies dans d’autres pays d’Europe, d’Amérique du Nord et du Golfe connaissent une croissance régulière depuis plusieurs années, rendant la question de la représentativité de plus en plus stratégique.

Par ailleurs, le Conseil de la nation est lui aussi affecté par la réforme : le critère démographique remplace désormais le principe de représentation uniforme par wilaya pour les deux tiers élus, ce qui porte le nombre de sénateurs de 147 à 177, le tiers restant demeurant à la discrétion du président de la République.

Des conditions de candidature renforcées pour les listes à l’étranger

L’ANIE a précisé, dans un communiqué diffusé le 6 avril, les conditions auxquelles devront répondre les candidats souhaitant concourir à l’étranger. Pour ceux qui se présentent hors du territoire national, ils doivent résider dans la zone géographique qu’ils souhaitent représenter. La composition des listes obéit par ailleurs à des critères stricts : au moins un tiers de femmes, la moitié des candidats âgés de moins de 40 ans, et un tiers au minimum titulaires d’un diplôme d’enseignement supérieur. Les listes présentées sous l’égide d’un ou plusieurs partis politiques dans les circonscriptions à l’étranger doivent être soutenues par 100 signatures d’électeurs par siège à pourvoir. Ces seuils, sensiblement abaissés par rapport aux 200 signatures auparavant exigées, visent à élargir l’accès à la candidature tout en maintenant une exigence minimale de représentativité.

Un triple cadre législatif inédit pour ce scrutin

Les législatives du 2 juillet se distingueront également par leur ancrage dans un arsenal réglementaire entièrement renouvelé. Ces prochaines élections auront la particularité de se dérouler sous de nouvelles règles avec l’adoption concomitante de la loi sur les partis politiques, de celle sur le régime électoral, ainsi que de la loi déterminant les circonscriptions électorales et les sièges à pourvoir au Parlement. Parmi les changements introduits par la réforme du régime électoral figure notamment l’obligation pour les candidats de fournir leur situation fiscale, une disposition inédite destinée à renforcer l’exigence de transparence patrimoniale des futurs élus. L’ANIE a par ailleurs vu ses missions réorganisées, avec une séparation plus nette entre ses attributions de supervision et les tâches logistiques confiées au ministère de l’Intérieur — une réforme visant à remédier, selon l’exposé des motifs gouvernemental, aux « lacunes » relevées dans l’organisation des scrutins précédents.

Un taux de participation à surveiller dans un contexte de défiance persistante

La grande inconnue de ce scrutin reste la mobilisation du corps électoral. Lors des législatives de juin 2021, le taux de participation n’avait atteint que 23 %, un niveau historiquement bas qui avait fragilisé la légitimité des élus sortants dès leur prise de fonctions. La Kabylie avait alors enregistré une abstention quasi totale, dans un contexte de répression du mouvement Hirak. Si le cadre institutionnel a été réformé depuis, les conditions politiques de fond — absence de pluralisme réel, restrictions pesant sur l’opposition et la société civile — demeurent, selon des observateurs extérieurs, structurellement inchangées. Selon le média Jeune Afrique, la chambre basse du Parlement est actuellement entièrement inféodée au pouvoir exécutif en place et les nouvelles élections ne devraient pas changer cette subordination.

Du côté de la diaspora, l’enjeu est d’une autre nature : l’augmentation des sièges à l’étranger traduit une volonté affichée d’intégrer davantage la communauté expatriée dans la vie politique nationale, à un moment où les transferts financiers de la diaspora représentent une ressource croissante pour l’économie algérienne. La révision des listes électorales, ouverte depuis le 12 avril dans les consulats, constituera un premier indicateur de l’appétit des Algériens de l’étranger pour ce rendez-vous législatif.

La campagne électorale, dont les dates n’ont pas encore été officiellement arrêtées par l’ANIE, sera le prochain jalon d’un calendrier qui court jusqu’au scrutin du 2 juillet 2026.

Yacine Messaoud

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