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1er mars 2019 : la deuxième marche du Hirak endeuillée par la mort du Dr Hassen Benkhedda

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Amel Bensalem
Amel Bensalemhttps://alg247.com
Journaliste couvrant les évolutions politiques, économiques et sociales en Afrique du Nord. Elle s’intéresse aux transformations institutionnelles, aux relations euro-méditerranéennes et aux enjeux régionaux du Maghreb et du Mashrek.

Lors de la deuxième grande mobilisation du Hirak, le 1er mars 2019, de violents affrontements ont éclaté à Alger, faisant basculer une journée de revendication pacifique dans la tragédie. Ce vendredi, censé confirmer le caractère pacifique et massif du mouvement populaire opposé au cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, a vu tomber le premier martyr du Hirak : le docteur Hassen Benkhedda, fils de l’ancien président du Gouvernement provisoire de la République algérienne, Benyoucef Benkhedda.

Un vendredi de manifestations et de confusion

Ce 1er mars marquait la deuxième grande démonstration de force d’un mouvement né une semaine plus tôt. Des centaines de milliers de manifestants ont envahi les rues du centre d’Alger pour réclamer pacifiquement un changement de régime. Si la mobilisation s’est déroulée sans incident majeur dans la plupart des villes du pays, certains quartiers de la capitale, notamment autour du tunnel des Facultés et de l’hôtel El-Djazaïr, ont été le théâtre de heurts.

Des témoins rapportent que des hommes en civil, qualifiés de « voyous » ou de balṭajiyya, se sont attaqués aux cortèges et ont provoqué des accrochages avec les forces de l’ordre. Ces affrontements ont entraîné une violente charge policière faisant plusieurs blessés. Parmi eux, le Dr Hassen Benkhedda, grièvement touché à la tête, a succombé à ses blessures dans des circonstances jamais élucidées.

Le choc de la mort et le témoignage des proches

Dr Salim Benkhedda portant le portrait de son frère Hassan

Selon son frère, chirurgien reconnu à Alger, Hassen Benkhedda a été transporté à l’hôpital alors qu’il portait lui-même secours à des blessés. La famille a été informée de son décès et son frère a ainsi authentifié le corps dans la morgue même de l’hôpital où il a été emmené. Son corps portait, d’après les témoignages, plusieurs traces de coups sur le crâne et les membres. Le médecin de garde aurait constaté un traumatisme consécutif à des violences physiques, contredisant la version officielle rendue publique quelques heures plus tard par le ministère de l’Intérieur d’alors.

Cette version, relayée par les médias publics et confirmée oralement par le ministre Noureddine Bedoui, attribuait la mort du manifestant à un arrêt cardiaque, sans mentionner les violences ni les témoignages présents au moment des événements. Cette déclaration a suscité l’incompréhension et la colère de nombreux citoyens, qui y ont vu une tentative de minimiser un drame survenu lors d’une marche pacifique.

Un silence institutionnel persistant

Sept ans plus tard, le dossier de la mort du Dr Benkhedda n’a jamais été rouvert. Aucun rapport d’autopsie indépendant n’a été rendu public et aucune enquête transparente n’a permis d’établir les responsabilités. Le parquet d’Alger n’a fourni aucune information officielle, tandis que la famille, soutenue un temps par des confrères et des proches, n’a jamais reçu de réponse à ses demandes.

Dans la presse comme dans la classe politique, le sujet a rapidement été éclipsé par la poursuite du Hirak et les événements qui ont suivi la chute d’Abdelaziz Bouteflika. Les partis, y compris d’opposition, sont restés muets, tout comme les principales organisations nationales et internationales de défense des droits humains. Ce silence prolongé laisse planer une ombre sur un épisode clé des débuts du mouvement populaire.

L’héritage moral et politique du Hirak

La mort du Dr Benkhedda a marqué un tournant symbolique dans la mémoire collective du Hirak. Elle a révélé la fragilité du maintien du caractère pacifique des marches face à la répression et aux manipulations, tout en cristallisant une exigence de vérité restée sans réponse. Dans un pays où les victimes de violences liées à la contestation obtiennent rarement justice, son nom incarne désormais la dignité et le sacrifice civique. Lors des manifestations suivantes, son visage est apparu sur de nombreuses pancartes dénonçant l’impunité.

Une mémoire entretenue par les proches

Si les institutions demeurent silencieuses, la mémoire, elle, reste vivante. Chaque 1er mars, la famille de Hassen Benkhedda, d’anciens compagnons de lutte et de simples citoyens lui rendent hommage, le considérant comme le premier martyr du Hirak. Son frère, toujours engagé dans le domaine médical, continue d’appeler à la vérité et à la reconnaissance officielle de ce qu’il considère comme un meurtre politique impuni.

Cette persistance de la douleur et du silence illustre la difficulté du pays à affronter les zones d’ombre du Hirak, près de sept ans après les faits. Le cas de Hassen Benkhedda n’est pas isolé : d’autres blessés et victimes d’arrestations violentes n’ont, à ce jour, obtenu ni réparation ni éclaircissement.

Hassan Benkhedda
Hassan Benkhedda

Une famille au cœur de l’histoire nationale

La famille Benkhedda occupe une place singulière dans la mémoire nationale algérienne. Son père, Benyoucef Benkhedda, figure majeure du mouvement nationaliste, fut l’un des artisans du FLN avant de présider le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) durant la guerre de libération. Grand moudjahid et homme d’État respecté, il a incarné la continuité de la lutte diplomatique et politique pour l’indépendance. L’histoire familiale est également marquée par le sacrifice : l’un de ses beaux frères, l’oncle de Hassen Benkhedda, fut le premier martyr des événements de mai 1945, tombé lors des répressions sanglantes de Sétif, Guelma et Kherrata. Cette lignée militante fait du drame de 2019 un écho douloureux à une histoire familiale étroitement liée à la quête de justice et de liberté du peuple algérien.

Entre devoir de justice et oubli possible

La question des responsabilités dans la mort du Dr Benkhedda demeure entière. Les autorités sollicitées à l’époque n’ont apporté ni justification détaillée ni réponse aux plaintes déposées. Ce silence, interprété par certains observateurs comme une volonté d’étouffer l’affaire, empêche la société d’accomplir son travail de mémoire.

À mesure que le temps passe, les témoins se font rares et l’espoir d’un procès s’amenuise. Pourtant, pour une partie des Algériens, la reconnaissance de la vérité sur les événements du 1er mars 2019 reste une condition essentielle à la réconciliation nationale et à la crédibilité du récit historique relatif au Hirak.

ALG247.COM

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