Venezuela dénonce un « vol flagrant » après la saisie d’un pétrolier par les États-Unis dans les Caraïbes
Le gouvernement vénézuélien accuse Washington de « vol flagrant » et « piraterie internationale » après la saisie par les États‑Unis d’un pétrolier sanctionné au large de ses côtes, un nouvel épisode qui ravive les tensions autour des sanctions et du pétrole vénézuélien. L’opération, confirmée par le président américain Donald Trump, soulève des enjeux juridiques et géopolitiques majeurs, alors que Caracas promet de porter l’affaire devant les instances internationales.
Les faits principaux
Selon un communiqué officiel, Caracas affirme qu’un pétrolier placé sous sanctions a été arraisonné par les forces américaines au large des côtes vénézuéliennes, dans la zone de la mer des Caraïbes. Les autorités qualifient l’opération de « vol flagrant » de ressources naturelles et de « piraterie » contre un navire impliqué dans l’exportation de brut vénézuélien.
La Maison-Blanche et des responsables américains confirment la saisie du navire, en expliquant qu’elle s’inscrit dans la mise en œuvre de sanctions visant le secteur pétrolier vénézuélien et le contournement présumé d’embargos antérieurs liés au brut iranien. L’intervention s’est déroulée sans blessés, avec un abordage héliporté de militaires américains sur le tanker en haute mer.
Le pétrolier et sa cargaison
Le navire saisi est identifié par des sources maritimes comme un très grand pétrolier (VLCC) baptisé Skipper, inscrit sur une liste américaine de navires sanctionnés pour son rôle supposé dans le transport de brut iranien et vénézuélien. Le tanker transportait une cargaison importante de pétrole brut chargé au terminal de Jose, principal hub d’exportation de la compagnie nationale PDVSA.
Des données de suivi maritime indiquent que le Skipper devait d’abord décharger une partie de son brut à destination de Cuba, avant un acheminement ultérieur vers l’Asie via des intermédiaires. La cargaison est destinée à être saisie et pourrait être vendue ultérieurement sous contrôle judiciaire américain, comme dans des précédents impliquant des tankers liés à l’Iran.
La réaction de Caracas
Dans sa déclaration, le gouvernement vénézuélien annonce qu’il « défendra sa souveraineté, ses ressources naturelles et sa dignité nationale » et qu’il compte saisir des organisations internationales pour dénoncer la saisie. Caracas présente l’opération comme une escalade dans la « guerre économique » menée, selon lui, par Washington contre le pays et contre le président Nicolás Maduro.
Les autorités vénézuéliennes mettent en avant l’impact humain et économique des sanctions, affirmant que ces mesures compliquent le financement des services publics et la relance d’un secteur pétrolier déjà fragilisé. Elles accusent également les États‑Unis de chercher à intimider les compagnies maritimes et les États alliés de Caracas, notamment Cuba et la Chine, en visant les navires assurant l’exportation du brut.
La position des États-Unis
Du côté américain, les responsables invoquent le respect des sanctions et la lutte contre un « marché noir » du pétrole qui contournerait les régimes de sanctions en vigueur. Le président Donald Trump déclare que la saisie du tanker s’inscrit dans une stratégie de pression maximale sur le gouvernement Maduro, qu’il appelle à quitter le pouvoir.
Le ministère de la Justice et des agences fédérales évoquent une décision judiciaire autorisant la saisie du navire et de sa cargaison, en raison de liens antérieurs avec des opérations de transport de brut iranien sanctionné. Washington espère également envoyer un signal dissuasif aux autres armateurs de tankers opérant pour le compte de PDVSA ou de partenaires de Caracas.
Enjeux pour le marché pétrolier
Cette saisie intervient alors que le Venezuela tente d’augmenter ses exportations de brut, qui ont récemment progressé malgré les sanctions grâce à des rabais importants consentis, notamment à la Chine. Le blocage d’un navire chargé de brut vénézuélien ajoute un élément d’incertitude sur l’offre à court terme, ce qui a contribué à une légère hausse des prix du pétrole après l’annonce de l’opération.
Des analystes estiment toutefois que l’impact structurel sur les volumes exportés reste limité tant que la plupart des cargaisons empruntent des navires non sanctionnés et des circuits déjà rodés de contournement des sanctions. En revanche, le risque géopolitique s’accroît pour les armateurs et assureurs engagés dans le transport de brut vénézuélien, en particulier dans les Caraïbes.
Perspectives diplomatiques
L’épisode risque de tendre davantage les relations entre Caracas et Washington, déjà marquées par des années de sanctions ciblant les responsables vénézuéliens et le secteur pétrolier. L’Iran, également visé par des saisies de tankers, condamne l’opération et y voit une nouvelle violation du droit international, renforçant un front de pays contestataires face aux sanctions américaines.
Sur le plan multilatéral, le Venezuela pourrait tenter de mobiliser des soutiens au sein d’instances comme l’ONU ou l’OEA, bien que les marges de manœuvre restent limitées face à la puissance de négociation des États‑Unis. Les partenaires de Caracas, notamment Cuba et certains importateurs asiatiques, devront évaluer le risque croissant de voir leurs cargaisons visées en mer.
La saisie d’un pétrolier chargé de brut vénézuélien par les États‑Unis illustre la dimension maritime de la confrontation autour des sanctions et du contrôle des flux pétroliers. Entre accusations de « piraterie » et justification par le droit des sanctions, le dossier s’annonce comme un nouveau terrain de bras de fer diplomatique, sur fond de fragilité économique du Venezuela et de tensions persistantes sur les marchés de l’énergie.






