La stratégie de sécurité nationale 2025 de Trump marque un virage unilatéral risqué pour les États-Unis
La « National Security Strategy » (NSS) 2025 publiée par Donald Trump se veut un manifeste du renouveau américain. Mais son contenu révèle une dérive autoritaire et isolationniste, selon plusieurs observateurs et gouvernements alliés.
La nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis, dévoilée à la fin de 2025 par le président Donald Trump, affirme restaurer la puissance et la souveraineté américaines. Présentée comme un « plan de renforcement global », elle repose sur quatre piliers : la primauté militaire, la suprématie économique, la défense de la souveraineté nationale et la promotion des « valeurs américaines ». Mais pour nombre d’experts en politique internationale, cette vision assume un retour à la politique de puissance brute, reléguant la coopération multilatérale et le droit international au second plan.
Une doctrine fondée sur la suprématie américaine
Le document affirme que les États-Unis disposent du “monopole de la puissance mondiale” – militaire, économique et technologique – et doivent en user pour garantir leur sécurité et leurs intérêts. Cette approche, inspirée des doctrines de l’ère de la guerre froide, marque une rupture avec les stratégies plus coopératives des précédentes administrations.
La NSS 2025 revendique en outre un nouvel équilibre des alliances, affirmant que les partenariats devront dorénavant “servir directement les priorités américaines”, et que les aides et accords économiques seront conditionnés à la fidélité géopolitique des États partenaires.
Le “corollaire Trump” à la doctrine Monroe
La section consacrée à l’Amérique latine formalise ce que les conseillers de la Maison-Blanche décrivent comme un « Trump Corollary » de la doctrine Monroe. Elle affirme que l’hémisphère occidental doit rester « libre de toute ingérence étrangère », visant explicitement la présence économique et technologique de la Chine.
Le texte précise que Washington utilisera ses leviers financiers et commerciaux pour obtenir l’exclusion des entreprises chinoises des grands projets d’infrastructure latino-américains, une orientation perçue comme un ultimatum économique par plusieurs gouvernements de la région. Des diplomates brésiliens et mexicains, cités par Reuters et El País, estiment que cette position pourrait affaiblir les relations régionales et accentuer la rivalité sino-américaine en Amérique du Sud.
Une politique d’intimidation jugée illégale
Quelques jours après la publication de la NSS, les États-Unis ont saisi en mer un pétrolier vénézuélien transportant du brut, invoquant la violation de sanctions américaines contre l’Iran. L’opération, qualifiée « d’arbitraire » par Caracas et dénoncée comme contraire au droit maritime international, a accentué la perception d’un tournant coercitif dans la politique étrangère américaine.
Selon le Council on Foreign Relations, cette action illustre la mise en œuvre concrète d’une doctrine qui substitue la contrainte économique et militaire à la diplomatie multilatérale.
L’inquiétude s’étend jusqu’aux alliés européens
La NSS 2025 a également suscité des réactions au sein de l’OTAN. Au Danemark, des responsables de la défense ont évoqué publiquement la nécessité de prévoir un scénario de confrontation avec Washington concernant la souveraineté du Groenland. Une telle hypothèse, jugée inimaginable il y a encore quelques années, témoigne selon des analystes de The Economist d’un effritement de la confiance transatlantique.
Un haut diplomate européen cité par Le Monde estime que « l’unilatéralisme américain sape la légitimité du système de sécurité qu’il prétend garantir ».
Un rejet du multilatéralisme et du droit international
Sur le plan diplomatique, la NSS 2025 exprime une défiance ouverte envers les institutions internationales, qualifiant les traités climatiques et les accords de gouvernance mondiale de « contraintes idéologiques ». Donald Trump a qualifié lors de son dernier discours à l’ONU la coopération climatique de « supercherie coûteuse ».
Cette orientation remet en cause une série de principes établis depuis la Seconde Guerre mondiale, notamment le rôle du Conseil de sécurité de l’ONU dans la régulation des interventions armées. Plusieurs experts en droit international, dont ceux de la Columbia Law School, avertissent que la stratégie américaine fragilise le système de règles multilatérales qui protège historiquement les intérêts des puissances comme des États plus faibles.
Vers une isolation structurelle
Selon l’analyse de l’Institut Brookings, la NSS 2025 traduit un “repli offensif” : refus de la coopération mondiale, recours accru aux sanctions unilatérales, et militarisation du commerce. Si cette approche vise à renforcer l’influence américaine, elle risque à terme d’isoler les États-Unis, tant sur le plan diplomatique qu’économique.
L’histoire offre des parallèles : l’Athènes antique, rappelle Brookings, perdit son empire à force de mépriser ses alliés et d’imposer sa volonté par la force. De la même façon, Washington pourrait affaiblir sa crédibilité internationale s’il poursuit une stratégie fondée sur la domination plutôt que sur la concertation.
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