Israël perd le soutien de MAGA et des évangéliques : Gaza et Epstein au cœur de la fracture
Israël fait face à une érosion inédite du soutien d’une partie du camp MAGA et des évangéliques américains, sous l’effet combiné de la guerre à Gaza, de la montée de l’isolationnisme à droite et de nouvelles théories complotistes liées à l’affaire Epstein.
Cette recomposition fragilise un pilier stratégique de sa relation avec Washington, alors même que le gouvernement Netanyahu tente de reconquérir cette base par des campagnes ciblées et un discours sécuritaire durci.
Une alliance longtemps jugée indéfectible
Pendant des années, les évangéliques et le mouvement pro‑Trump ont constitué le cœur du soutien républicain à Israël, sur la base d’une vision religieuse de la Terre sainte et d’une convergence politique avec la droite israélienne.
Sous les présidences successives de Donald Trump, ce bloc a pesé sur des choix majeurs comme le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et le soutien sans condition au gouvernement Netanyahu.
Mais ce socle se fissure sous la pression de nouvelles priorités au sein de la droite populiste américaine, plus méfiante envers les engagements extérieurs et sensible au coût humain et financier des guerres au Moyen‑Orient.
Le débat interne au Parti républicain oppose désormais les tenants de la ligne traditionnelle pro‑Israël aux partisans d’un nationalisme plus isolationniste, influencés par certaines figures médiatiques radicales.
Gaza, violences et choc moral chez les évangéliques
La conduite de la guerre à Gaza et les images de destructions massives et de victimes civiles, y compris chrétiennes palestiniennes, nourrissent un malaise croissant dans une partie de la base évangélique.
Des responsables religieux conservateurs dénoncent la famine, le sort des enfants et les attaques visant des communautés chrétiennes en Terre sainte, estimant que ce bilan humanitaire rend le soutien “inconditionnel” difficilement défendable devant leurs fidèles.
Parallèlement, la multiplication des agressions de colons contre des Palestiniens chrétiens en Cisjordanie, ainsi que les restrictions de visas imposées à des pasteurs et ONG chrétiennes occidentales, ont provoqué des avertissements directs adressés à Israël par des relais clés de cette mouvance.
L’ambassadeur américain Mike Huckabee aurait même menacé de mesures de réciprocité sur l’entrée d’Israéliens, signe de la profondeur de la frustration dans ce milieu pourtant historiquement acquis à Israël.
MAGA, complotisme et affaire Epstein
Au sein de la galaxie MAGA, la remise en cause du soutien automatique à Israël se nourrit aussi de théories complotistes et de lectures géopolitiques radicales.
Des segments de la droite trumpiste associent de plus en plus Israël ou ses services secrets à des thèses complotistes autour de Jeffrey Epstein, ce qui alimente un climat de suspicion au sein des bases les plus radicalisées.
Cette dérive s’ajoute au discours de certains influenceurs nationalistes pour qui Israël symboliserait une élite étrangère poussant les États‑Unis vers des guerres contraires aux promesses de non‑intervention faite par Donald Trump.
Ces récits, diffusés massivement en ligne, encouragent un glissement vers des positions plus hostiles à Israël, voire vers des formes d’antisémitisme assumé, y compris dans des cercles traditionnellement alliés.
Comment Israël tente de reconquérir la droite chrétienne
Face à cette érosion, Israël a lancé une vaste campagne numérique multimillionnaire visant directement le public chrétien conservateur américain, en particulier les jeunes évangéliques.
Des documents internes analysés par des spécialistes des opérations d’influence montrent une stratégie structurée de contenu, de vidéos et de comptes coordonnés pour défendre l’image d’Israël auprès de ce segment.
Cette offensive communicationnelle cherche moins à refaire le débat sur Gaza qu’à contenir une montée de l’antisémitisme et à réactiver les ressorts religieux traditionnels de solidarité avec l’État hébreu.
Elle intervient alors que des responsables israéliens, inquiets d’un “déclin rapide” du lien avec la droite chrétienne, reconnaissent entrer dans une zone politique inexplorée.
Tensions Trump – élus MAGA sur Israël
Le podcast de Haaretz met en lumière la querelle ouverte entre Donald Trump et la députée ultraconservatrice Marjorie Taylor Greene, pour qui Israël n’est plus un allié incontestable dans le camp MAGA.
Si le président américain reste officiellement l’un des plus fervents soutiens de Benjamin Netanyahu, une partie de sa base militante se montre de plus en plus critique, voire hostile, à l’égard de Tel‑Aviv.
Des responsables de l’entourage trumpiste auraient prévenu leurs interlocuteurs israéliens que leur patience a des limites, allant jusqu’à déclarer “vous êtes en train de me perdre”, signe d’un exaspération croissante.
Cette fracture interne complique la tâche de Trump, qui doit arbitrer entre fidélité à un allié stratégique et la pression d’une base qu’il ne peut se permettre d’aliéner à l’approche des échéances électorales.
Enjeux stratégiques pour Israël et Washington
L’affaiblissement du soutien évangélique et MAGA remet en cause l’idée d’un “bloc pro‑Israël” immuable à droite aux États‑Unis.
Pour Israël, cette évolution pose un risque stratégique : perdre un relais politique clé au Congrès et à la Maison‑Blanche, au moment même où le pays dépend fortement de l’aide militaire et diplomatique américaine.
Pour Washington, cette recomposition oblige à gérer une opinion publique polarisée, une gauche démocrate de plus en plus critique d’Israël et une droite conservatrice moins unanime qu’auparavant.
Le résultat est une relation bilatérale plus incertaine, dans laquelle les dossiers Gaza, Iran et sécurité régionale restent centraux, mais soumis à des pressions contradictoires des différents segments de l’électorat américain.
ALG247.COM avec Haaretz






