France : une couverture médiatique accusée de relayer la propagande israélienne
Un article de Middle East Eye accuse une grande partie des médias français de s’être alignés sur la communication officielle israélienne depuis le 7 octobre 2023, au détriment d’une information complète sur la situation des Palestiniens. Cette critique soulève des questions sur le pluralisme médiatique, les angles choisis et les omissions dans le traitement du conflit Israël‑Palestine.
Une thèse sévère sur les médias français
Le texte publié par Middle East Eye soutient que, malgré un ton légèrement plus critique entre mai et octobre, les grands médias français ont continué à reprendre sans distance la rhétorique du gouvernement de Benyamin Netanyahou. Cette évolution est présentée non comme un changement de ligne éditoriale, mais comme une phase de « gestion de crise » pour préserver une orientation globalement favorable à Israël.
Selon l’auteur, l’ensemble des grands journaux, chaînes de télévision et radios – qu’ils soient publics ou privés, de centre gauche comme de droite – auraient appliqué des méthodes systématiques de cadrage et de sélection de l’information convergeant vers la défense de la position israélienne. La seule exception explicitement citée est le quotidien communiste L’Humanité, décrit comme marginal en termes d’audience et d’influence.
Désinformation par omission et silences éditoriaux
L’article insiste sur ce qu’il appelle une « désinformation par omission », c’est‑à‑dire le choix de taire certains faits ou de les reléguer au second plan. Il affirme que des universitaires spécialistes de la Shoah, des instances onusiennes et des personnalités israéliennes auraient reconnu le caractère génocidaire de la campagne militaire, tout en restant peu audibles dans l’espace médiatique français dominé par des voix pro‑gouvernement israélien.
Exemples cités : le quotidien Le Parisien n’aurait consacré aucune couverture à la situation en Cisjordanie entre octobre 2023 et septembre 2024, occultant ainsi la dénonciation d’une politique d’« épuration ethnique ». De même, les JT de France 2 et TF1 auraient presque cessé de traiter Gaza sur une période de dix jours en septembre 2025, tout en consacrant du temps à des sujets de divertissement, ce que l’auteur interprète comme une forme de censure de la souffrance palestinienne.
Langage euphémisé et cadrage pro‑israélien
Le texte dénonce également une « sanitisation » du langage, où les termes de colonisation, apartheid ou nettoyage ethnique seraient quasi absents des grands médias français. À la place, seraient privilégiées des expressions plus neutres ou technocratiques, comme « déplacements de population » ou « évacuations stratégiques », qui atténuent la gravité des faits rapportés.
Selon l’analyse, les opérations israéliennes sont majoritairement décrites comme une « guerre contre le Hamas » ou un épisode du « conflit israélo‑palestinien », tandis que la notion de génocide serait marginalisée. L’auteur souligne aussi que la qualification de « terroriste » s’appliquerait surtout aux ennemis d’Israël, alors que l’État israélien n’est jamais présenté comme « terroriste » malgré un bilan humain beaucoup plus lourd.
Invités, temps d’antenne et double standard
L’article pointe un déséquilibre dans le choix des invités et experts sur les plateaux télé et radios. Des personnalités connues pour leurs positions très pro‑israéliennes, comme Caroline Fourest ou Georges Bensoussan, auraient bénéficié de longs temps de parole peu contredits, tout en relativisant, voire niant, l’ampleur des pertes civiles palestiniennes.
Inversement, les intervenants pro‑palestiniens seraient rares, souvent présentés comme soupçonnés de proximité avec le Hamas, régulièrement interrompus et mis en minorité face à plusieurs contradicteurs favorables à la ligne israélienne. L’article cite aussi un exemple de France 24, qui aurait accordé plus de temps et un ton plus empathique à la libération de 20 otages israéliens qu’à celle de 90 prisonniers palestiniens, qualifiés surtout de « prisonniers » et associés au terrorisme.
Focus sur l’instant, effacement de l’histoire
L’auteur accuse enfin les médias français de pratiquer un « présentisme fallacieux » : ramener toute explication à l’attaque du 7 octobre 2023 et au Hamas, sans rappeler les décennies d’occupation, de colonisation et de violence structurelle précédentes. Cette approche, selon lui, couperait le conflit de ses causes profondes et réduirait le débat à une simple réaction israélienne à un événement récent.
Les questions plus larges – continuité des violences depuis 1947, nature du projet sioniste, impact de l’occupation sur la société palestinienne – seraient peu abordées dans les talk‑shows et débats, au profit de séquences centrées sur la sécurité d’Israël, l’antisémitisme en France et des polémiques périphériques. L’article conclut à un « naufrage journalistique » aligné, selon lui, sur la diplomatie française depuis l’ère Sarkozy.
Cet article de Middle East Eye propose une charge argumentée et documentée contre le traitement du conflit Israël‑Palestine par les grands médias français, accusés de servir de relais à la communication israélienne plutôt que de couvrir de manière équilibrée les réalités palestiniennes. Il relance le débat sur l’indépendance éditoriale, la diversité des sources et la responsabilité journalistique en temps de guerre.
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