États-Unis : l’administration Trump sous pression face à la contestation populaire croissante
Washington, 16 janvier 2026 – À deux semaines d’un vote crucial au Congrès sur le financement du Département de la sécurité intérieure (DHS), les États-Unis connaissent une polarisation extrême. À Minneapolis, des manifestations contre les opérations de l’agence fédérale d’immigration et de contrôle des douanes (ICE) ont dégénéré en affrontements, tandis que le président Donald Trump menace d’invoquer l’Insurrection Act, un pouvoir exécutif rarement utilisé qui permettrait de déployer l’armée sur le sol national. Ce bras de fer, alimenté par des hausses de prix alimentaires persistantes et des désaccords sur les budgets scientifiques, met à l’épreuve les institutions américaines.
Minneapolis, épicentre d’une contestation inédite
Tout a commencé le 7 janvier à Minneapolis, dans le Minnesota, lorsque Renee Nicole Good, une observatrice légale âgée de 37 ans, a été tuée par balle par un agent de l’ICE lors d’une opération d’immigration. Selon les autorités fédérales, l’agent a agi en légitime défense après que Mme Good aurait utilisé son véhicule comme une arme. Les élus locaux, eux, dénoncent un usage excessif de la force, soulignant que la victime surveillait simplement les activités de l’ICE.
Depuis, la ville est le théâtre de manifestations quotidiennes, qualifiées d’« inédites » par les observateurs. Des milliers de citoyens, issus de tous horizons – infirmières, familles, résidents de longue date –, se mobilisent via des applications pour signaler les véhicules suspects de l’ICE. Les rues sont tendues : des barricades improvisées, des explosions de grenades lacrymogènes, et une peur palpable d’une escalade. Le 15 janvier, un immigrant vénézuélien a été blessé à la jambe par un agent fédéral, qui invoque une agression au moyen d’une pelle et d’un balai.
Le gouverneur du Minnesota et le procureur général de l’État, Keith Ellison, ont promis de contester judiciairement toute intervention fédérale disproportionnée. Mais sur le terrain, la défiance envers les autorités locales est palpable : des manifestants reprochent à l’État de ne pas en faire assez face à ce qu’ils perçoivent comme une « zone de guerre » imposée par Washington.
La menace de l’Insurrection Act plane
Face à ces troubles, Donald Trump a brandi l’Insurrection Act, une loi datant de 1807 et invoquée pour la dernière fois en 1992 par George H. W. Bush lors des émeutes de Los Angeles. Dans une déclaration du 15 janvier, le président a averti qu’il pourrait déployer des troupes fédérales si les autorités locales ne parvenaient pas à « rétablir l’ordre ». Cette menace, réitérée sur les réseaux sociaux et lors d’un discours, vise explicitement les « agitateurs » opposés aux opérations de déportation.
Constitutionnellement, cette mesure contourne le Posse Comitatus Act de 1878, qui interdit généralement l’usage de l’armée pour des missions policières domestiques. Des juristes comme le professeur Steve Vladeck, de l’université du Texas, estiment que son invocation serait légale mais politiquement explosive, susceptible de provoquer une vague de recours judiciaires et une fracture fédérale. Le précédent de 2020, lors des manifestations post-George Floyd, avait déjà divisé le pays ; aujourd’hui, dans un contexte d’élections de mi-mandat à venir, elle pourrait galvaniser les bases trumpistes tout en radicalisant l’opposition.
Le nœud budgétaire du 30 janvier
Au cœur de cette crise se trouve le vote, prévu pour le 30 janvier, sur les crédits du DHS pour l’exercice fiscal 2026. Après un accord intérimaire en novembre 2025, le Congrès doit finaliser un paquet de 174 milliards de dollars incluant le DHS, dont l’ICE reçoit annuellement environ 10 milliards, plus 30 milliards supplémentaires alloués l’an dernier pour les déportations.
Les démocrates exigent des réformes : restrictions sur les pouvoirs des agents ICE, enquêtes indépendantes sur les incidents comme celui de Minneapolis, et potentiellement une réduction des fonds. Les républicains, eux, plaident pour un renforcement budgétaire. Sans accord, un shutdown fédéral menace, paralysant les opérations gouvernementales – un scénario déjà vécu à trois reprises sous Trump.
Parallèlement, le Sénat a adopté le 14 janvier un budget scientifique triomphant des coupes proposées par la Maison-Blanche : 24,44 milliards pour la NASA (contre une réduction de 6 milliards réclamée), 8,75 milliards pour la National Science Foundation (NSF, doublant la proposition présidentielle), et 6,17 milliards pour la NOAA. Ce vote bipartisan rejette les priorités de l’exécutif, signe d’une résistance institutionnelle anti Trump.
Inflation alimentaire : un carburant social
Ces tensions s’inscrivent sur fond d’inflation persistante. Selon le Bureau of Labor Statistics, les prix alimentaires ont bondi de 0,7% en décembre 2025, le plus fort hausse depuis octobre 2022. Le café a grimpé de près de 20% sur un an, le bœuf haché de 15,5%, les bananes de 5,9%, tandis que les œufs ont reculé grâce à la fin d’une épidémie d’grippe aviaire. Ces chiffres, exacerbés par les tarifs douaniers imposés par Trump, alimentent le mécontentement populaire, particulièrement dans les États du Midwest comme le Minnesota.
Une démocratie sous tension, mais résiliente ?
Cette séquence illustre les défis de la seconde présidence Trump : un exécutif musclé face à un Congrès divisé et une société civile vigilante. Les manifestations de Minneapolis, loin d’être isolées, rappellent les mouvements de 2020, mais avec un enjeu fédéral direct via l’ICE. Les experts notent une « capacité institutionnelle » à contenir les dérapages : tribunaux, gouverneurs démocrates et même républicains modérés freinent les excès.
Pourtant, le 30 janvier approche, et avec lui un risque d’escalade. Si l’Insurrection Act était invoqué, il pourrait redessiner les contours du fédéralisme américain. À Washington, les tractations s’intensifient ; sur le terrain, la peur et la colère se mêlent. Les États-Unis, nés d’une révolution en 1776, testent à nouveau leur équilibre démocratique.
ALG247.COM






