Mort d’Ali Al-Khaja : un prisonnier politique décède après 13 ans de détention aux Émirats
Le prisonnier d’opinion émirien Ali Abdullah Al-Khaja est décédé dans la prison d’Al-Razeen après treize ans de détention arbitraire, malgré une décision de l’ONU ordonnant sa libération.
Son cas illustre les violations persistantes des droits humains aux Émirats arabes unis contre les militants politiques.
Un décès qui ravive l’indignation internationale
Le militant politique Ali Abdullah Al-Khaja est mort dans la prison d’Al-Razeen à Abou Dhabi, selon des sources relayées par l’organisation de défense des droits humains Alkarama. Détenteur du statut de prisonnier d’opinion, il était détenu depuis 2012 malgré un avis du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire ordonnant sa libération.
Son état de santé, fortement dégradé, n’a pas entraîné d’allègement de sa détention.
Selon Alkarama, cette mort témoigne de la situation alarmante des droits humains aux Émirats arabes unis, où des dizaines de militants, universitaires et défenseurs des libertés demeurent emprisonnés depuis plus d’une décennie pour avoir simplement réclamé des réformes démocratiques.
De la pétition citoyenne au procès des « Émirats 94 »
Ali Al-Khaja avait été arrêté le 28 août 2012 à son domicile, après la vague d’arrestations qui a suivi une pétition adressée au président des Émirats et au Conseil suprême de la Fédération pour réclamer des réformes politiques pacifiques. Détenu au secret pendant plus de six mois, il a ensuite été jugé dans le cadre du procès collectif des « Émirats 94 », le plus grand tenu dans le pays, visant principalement des défenseurs des droits humains et des juristes.
Le 2 juillet 2013, la Cour suprême fédérale d’Abou Dhabi l’a condamné à dix ans de prison et trois ans de surveillance pour « appartenance à une organisation clandestine illégale ». L’ONU avait, en 2013 déjà, qualifié cette détention d’arbitraire et demandé la libération de l’ensemble des accusés.
Détention prolongée après la fin de peine
Bien qu’il ait purgé intégralement sa condamnation le 28 août 2022, Ali Al-Khaja est resté incarcéré dans le centre de « réhabilitation » de la prison d’Al-Razeen. Les autorités ont justifié ce maintien par un risque présumé de menace sécuritaire, sans décision judiciaire ni recours possible. Ce type de détention post-peine concerne plus de soixante prisonniers politiques, selon les rapports de défense des droits humains.
En décembre 2023, les autorités émiriennes ont rouvert des poursuites contre Al-Khaja et 83 autres militants dans le cadre du nouveau procès dit des « Émirats 84 », les accusant de « création et soutien d’une organisation terroriste ». Les experts de l’ONU ont dénoncé cette procédure, la jugeant contraire au principe interdisant un double jugement pour les mêmes faits.
Réactions des organisations internationales
Le 19 janvier 2024, dix-sept experts des Nations Unies ont appelé Abou Dhabi à abandonner ces nouvelles poursuites, soulignant qu’elles pourraient aboutir à la peine de mort ou à de lourdes condamnations. Ils ont dénoncé une « campagne de répression croissante » visant toute expression pacifique en faveur de réformes.
Alkarama a rappelé en mai 2024 que la répétition de procès contre des détenus ayant déjà purgé leur peine constituait une violation flagrante du droit international. Pour son directeur Rachid Mesli, ces pratiques visent à « prolonger arbitrairement la souffrance » des prisonniers et à neutraliser toute voix dissidente. Il dénonce une « exécution lente » et un « mépris total de la justice ».
Les appels répétés de l’ONU ignorés
Le Comité contre la torture des Nations Unies a déjà formulé en 2022 plusieurs recommandations à l’adresse des Émirats, demandant une réforme de la législation antiterroriste et la fin des détentions prolongées sous couvert de réhabilitation. Malgré ces appels, les autorités continuent de refuser toute visite des experts onusiens et de maintenir en détention des dizaines de prisonniers d’opinion.
Le décès d’Ali Al-Khaja marque un nouvel épisode tragique dans une longue série de violations du droit international. Son cas illustre la persistance d’une politique répressive, où la détention indéfinie de militants pacifiques s’impose comme un instrument de dissuasion politique.
Le décès d’Ali Abdullah Al-Khaja après treize ans de captivité souligne la gravité des atteintes aux droits humains aux Émirats arabes unis. Malgré les condamnations répétées des Nations Unies et des ONG internationales, la répression contre les voix critiques se poursuit, faisant d’Al-Razeen le symbole d’un système carcéral opaque et arbitraire.
ALG247.COM avec Alkarama.org, Rapports du Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire, Communiqués du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (OHCHR), Agence WAM (Émirats arabes unis).



