Sonatrach et la NOC libyenne confirment une nouvelle découverte d’hydrocarbures à Ghadamès

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Karim Haddad
Karim Haddadhttps://alg247.com
Journaliste spécialisé en économie internationale et questions énergétiques. Il analyse les marchés, les politiques monétaires, les matières premières et les stratégies industrielles, avec une attention particulière pour les enjeux énergétiques mondiaux.

Le groupe public algérien Sonatrach et la National Oil Corporation libyenne ont annoncé, mercredi 8 avril 2026, la mise au jour d’un nouveau gisement de pétrole et de gaz dans le bassin de Ghadamès, dans le nord-ouest de la Libye. Cette découverte, la sixième réalisée dans le cadre d’un accord bilatéral conclu en 2008, confirme le retour en force de Sonatrach sur le sol libyen après plus d’une décennie d’interruption forcée.

C’est via un communiqué publié mercredi que la National Oil Corporation (NOC) a officialisé la découverte, précisant qu’elle avait été réalisée dans la zone contractuelle 95/96 du bassin de Ghadamès, à proximité immédiate de la frontière algéro-libyenne. L’opération a été conduite par la filiale libyenne du groupe algérien, la Sonatrach Petroleum Exploration and Production Corporation Branch Libya — connue sous l’acronyme SIPEX —, qui opère dans cette zone depuis la signature d’un accord d’exploration et de partage de production entre les deux compagnies nationales. Le puits d’exploration concerné, référencé A1-69/02, se situe à environ 70 kilomètres du champ de Wafa et a été foré jusqu’à une profondeur finale de 8 440 pieds.

Un puits qui produit gaz et condensats à partir de trois formations géologiques

Les tests de production menés sur ce puits ont permis d’enregistrer un débit estimé à 13 millions de pieds cubes de gaz par jour, auxquels s’ajoutent environ 327 barils de condensats, extraits des formations géologiques Awynat, Wanin et Awyn Kaza. Ces résultats, bien que préliminaires, confirment le potentiel productif d’une zone dont l’exploration demeure encore largement incomplète. Le bassin de Ghadamès est en effet situé dans le nord-ouest de la Libye, à proximité de la frontière algéro-libyenne , et constitue l’une des régions onshore les plus prometteuses du pays, selon les spécialistes du secteur énergétique africain.

Par ailleurs, la même journée du 8 avril, la NOC a annoncé deux autres découvertes avec des partenaires internationaux distincts : un gisement gazier offshore avec la filiale nord-africaine de l’italien Eni, situé à environ 95 kilomètres des côtes libyennes, ainsi qu’une découverte dans le bassin de Mourzouq avec REMSA, la branche libyenne de l’espagnol Repsol. Cette triple annonce témoigne d’une intensification notable de l’activité exploratoire en Libye, dans un contexte où Tripoli cherche à attirer les investisseurs internationaux.

Le retour de Sonatrach en Libye après onze ans d’absence

Sonatrach avait interrompu ses activités d’exploration en Libye en mai 2014, en raison de l’instabilité sécuritaire qui prévalait alors dans le pays, avant de reprendre ses opérations à la mi-octobre 2025, soit après plus de dix ans d’absence. Ce retour n’avait pas été improvisé : en juillet 2025, le groupe algérien avait signé quatre mémorandums d’entente avec des sociétés libyennes afin de renforcer la coopération dans les opérations pétrolières, les services, la formation et l’échange d’expertise. La découverte du puits A1-69/02, annoncée moins de six mois plus tard, constitue ainsi la première concrétisation significative de ce retour opérationnel.

Ce n’est cependant pas la première fois que le partenariat algéro-libyen produit des résultats tangibles dans le bassin de Ghadamès. En 2025, Sonatrach avait déjà mis au jour un gisement dans le puits A1-2/65, avec des réserves estimées à 122 millions de barils de pétrole et 47 milliards de pieds cubes de gaz, ce qui lui avait valu de figurer parmi les trois découvertes pétrolières les plus importantes du monde arabe cette année-là, selon la plateforme spécialisée Energy Capital, basée à Washington. La nouvelle découverte d’avril 2026 s’inscrit donc dans une dynamique exploratoire qui s’accélère.

Un accord de 2008 en cours d’exécution, avec deux puits encore à forer

Le puits A1-69/02 constitue le sixième réalisé dans le cadre du programme de forage mené par Sonatrach au titre de ses engagements contractuels, sur un total de huit puits prévus dans le cadre de l’accord d’exploration et de partage de production signé en 2008 entre la compagnie libyenne et un consortium international dirigé par Sonatrach, comprenant également Oil India Limited et Indian Oil Corporation Limited. Deux forages restent donc à effectuer avant l’achèvement du programme, ce qui laisse envisager de nouvelles annonces dans les mois à venir, sous réserve que les conditions opérationnelles le permettent.

Ce cadre contractuel, initialement signé il y a près de dix-huit ans, illustre la continuité des liens énergétiques entre Alger et Tripoli, malgré les turbulences politiques et sécuritaires traversées par la Libye depuis 2011. Pour Sonatrach, cette présence en Libye s’inscrit dans une stratégie d’internationalisation affichée de longue date, dans un contexte de maturité croissante de ses gisements sur le territoire national. Le groupe, dont l’essentiel des revenus demeure adossé à l’exploitation des hydrocarbures algériens, cherche à consolider ses positions à l’étranger, notamment sur le continent africain.

Tripoli vise deux millions de barils par jour d’ici 2030

Du côté libyen, les enjeux sont tout aussi considérables. Les revenus pétroliers et gaziers du pays ont atteint 1,81 milliard de dollars en février 2026, auxquels s’ajoutent 305 millions de dollars provenant des redevances et des taxes, tandis que les recettes du secteur ont progressé de 29,8 % sur l’ensemble de l’année 2025, atteignant 99,6 milliards de dinars libyens. Cette dynamique favorable alimente les ambitions de la NOC, qui entend capitaliser sur les nouvelles découvertes pour accroître sa production nationale. Tripoli affiche en effet l’objectif de porter sa production à deux millions de barils par jour d’ici 2030, et s’apprête à lancer son premier cycle d’attribution de licences depuis 2007.

Dans ce contexte, le partenariat avec Sonatrach revêt une dimension stratégique qui dépasse le simple cadre technique. La proximité géographique entre les deux pays — le bassin de Ghadamès enjambe littéralement la frontière commune — confère à cette coopération une logique de complémentarité naturelle, renforcée par des décennies de relations énergétiques bilatérales. Les récentes découvertes confirment la poursuite des activités d’exploration dans le pays et l’intérêt persistant des compagnies internationales pour le secteur libyen.

La prochaine étape sera le forage des deux puits restants prévus par l’accord EPSA de 2008, dont les résultats seront déterminants pour évaluer l’ampleur réelle des réserves présentes dans la zone contractuelle 95/96. Selon les informations disponibles, aucune date précise n’a encore été communiquée par les deux compagnies.

Karim Haddad

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