Comment Netanyahu a convaincu Trump de faire la guerre à l’Iran

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Julien Moreau
Julien Moreauhttps://alg247.com
Journaliste couvrant l’actualité politique et institutionnelle européenne et française. Il traite des politiques publiques, des débats sociétaux et des évolutions législatives dans leur contexte continental.

Le New York Times a publié une enquête détaillée sur la réunion secrète du 11 février à la Maison-Blanche, au cours de laquelle le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a présenté à Donald Trump un plan d’attaque contre l’Iran dans la salle des opérations. Ce récit inédit révèle l’ampleur de l’influence exercée par Tel-Aviv sur la décision américaine d’entrer en guerre.

La voiture noire transportant le Premier ministre Benjamin Netanyahu arriva à la Maison-Blanche peu avant onze heures du matin, le 11 février. Le dirigeant israélien, qui pressait depuis des mois Washington d’approuver une offensive majeure contre l’Iran, fut introduit à l’intérieur sans cérémonie, loin du regard des journalistes. La scène était choisie avec soin : il s’agissait de l’une des réunions les plus sensibles de toute la carrière du chef du gouvernement israélien, et ses hôtes américains en avaient la pleine conscience.

Une mise en scène de guerre au cœur du pouvoir américain

Après un premier entretien dans la salle du Cabinet, adjacente au Bureau Ovale, Netanyahu descendit au sous-sol pour l’événement principal : une présentation hautement classifiée sur l’Iran, organisée dans la “Situation Room” la salle de crise de la Maison-Blanche — une enceinte rarement utilisée pour des réunions en présence de dirigeants étrangers. La composition même de la salle traduisait le caractère exceptionnel du moment.

Derrière Netanyahu, sur de grands écrans, apparurent le directeur du Mossad David Barnea et de hauts responsables militaires israéliens, renforçant l’image d’un chef en temps de guerre entouré de son état-major. Côté américain, le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, et le directeur de la CIA John Ratcliffe étaient présents autour de la table en acajou. La réunion fut délibérément maintenue dans un cercle étroit pour éviter les fuites, à tel point que plusieurs ministres de premier rang en ignoraient jusqu’à la tenue. Le vice-président JD Vance, absent lors de cette première réunion, était en déplacement en Azerbaïdjan.

Un scénario israélien entre ambition militaire et projections rejetées par la CIA

Netanyahu présenta ce qu’il décrivait comme une stratégie globale contre l’Iran. Il arguait que Téhéran était vulnérable, non seulement à des frappes militaires, mais aussi à un effondrement intérieur. Selon les éléments rapportés par le New York Times, le Premier ministre affirma que le programme balistique iranien pourrait être neutralisé en quelques semaines, que le régime serait trop affaibli pour bloquer le détroit d’Ormuz et que la probabilité d’attaques iraniennes contre des intérêts américains dans la région resterait marginale. Netanyahu présenta également des scénarios de remplacement du régime, projetant une vidéo montrant de possibles successeurs, dont Reza Pahlavi, le fils exilé du dernier shah d’Iran, qui s’était positionné comme une figure de proue d’une gouvernance post-théocratique.

La réaction américaine à ces projections fut immédiate et sans ambiguïté. Le lendemain, lors d’une réunion réservée aux responsables américains, le directeur de la CIA John Ratcliffe caractérisa les scénarios de changement de régime d’un seul mot : “grotesques”. Rubio renchérit en termes encore plus directs. Le général Caine, de son côté, résuma la situation avec une franchise désarmante : “C’est, selon mon expérience, la procédure opérationnelle habituelle des Israéliens. Ils survendent, et leurs plans ne sont pas toujours bien développés. Ils savent qu’ils ont besoin de nous, et c’est pourquoi ils font une démonstration de force.”

Trump convaincu sur l’essentiel, sceptique sur le reste

Malgré ces réserves, le rapport du Times note que Trump n’avait guère besoin d’être persuadé. Sa vision agressive des choses s’était alignée sur celle de Netanyahu au fil de nombreux mois, davantage que ne le réalisaient certains de ses propres conseillers. Le président américain demeurait très intéressé par deux objectifs précis : neutraliser le guide suprême iranien Ali Khamenei et démanteler l’appareil militaire de la République islamique. Le changement de régime, formula-t-il, serait “leur problème” — sans préciser s’il désignait les Israéliens ou le peuple iranien.

En parallèle, des négociateurs américains — Jared Kushner et Steve Witkoff — menaient des pourparlers à Oman puis en Suisse avec des responsables iraniens. À un moment, ils proposèrent à Téhéran du combustible nucléaire gratuit pour tester si l’insistance iranienne sur l’enrichissement relevait de besoins civils ou de la volonté de conserver une capacité militaire. L’Iran rejeta l’offre, la qualifiant d’atteinte à sa dignité nationale. Cette fin de non-recevoir ferma effectivement la voie diplomatique dans l’esprit de l’administration Trump.

La réunion du 26 février : la décision finale

Lors d’une ultime réunion dans la Situation Room le 26 février, les positions de chacun étaient connues. Trump fit le tour de la table pour recueillir les avis. Vance réitéra son opposition mais assura qu’il soutiendrait le président quelle que soit sa décision. Rubio formula la question en des termes stricts : si l’objectif était le changement de régime, l’opération ne devait pas avoir lieu ; si l’objectif se limitait à réduire les capacités balistiques iraniennes, il était réalisable.

Plusieurs ministres clés furent délibérément tenus à l’écart de cette réunion, notamment le secrétaire au Trésor Scott Bessent, le secrétaire à l’Énergie Chris Wright et la directrice du renseignement national Tulsi Gabbard. Ce périmètre resserré illustrait la volonté de contrôler au maximum l’information avant l’ordre de frappe. Trump conclut l’échange par ces mots : “Je pense que nous devons le faire”, insistant sur la nécessité d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire et de continuer à frapper Israël et la région.

L’ordre de frappe signé à bord d’Air Force One

Le lendemain, à bord d’Air Force One, Trump donna son autorisation finale en ces termes : “L’opération Epic Fury est approuvée.” Les frappes américano-israéliennes débutèrent le 28 février, ouvrant un conflit dont les conséquences continuent de se déployer. Contrairement aux projections israéliennes, l’Iran a maintenu des tirs de missiles balistiques quasi quotidiens durant les semaines suivant les premières frappes et a immédiatement bloqué le détroit d’Ormuz, provoquant une crise énergétique mondiale. Un cessez-le-feu provisoire de deux semaines a depuis été conclu entre Washington et Téhéran, mais Netanyahu a d’ores et déjà averti qu’Israël gardait “le doigt sur la gâchette” pour reprendre les combats si nécessaire.

Julien Moreau

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