Gaza : Mohammed Wishah, correspondant d’Al Jazeera, tué dans une frappe israélienne

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Amel Bensalem
Amel Bensalemhttps://alg247.com
Journaliste couvrant les évolutions politiques, économiques et sociales en Afrique du Nord. Elle s’intéresse aux transformations institutionnelles, aux relations euro-méditerranéennes et aux enjeux régionaux du Maghreb et du Mashrek.

Mohammed Wishah, journaliste d’Al Jazeera Mubasher qui couvrait la guerre à Gaza depuis le début du conflit, a été tué mercredi 8 avril 2026 par une frappe de drone israélien sur le véhicule dans lequel il circulait à l’ouest de la ville de Gaza. Il devient le onzième journaliste de la chaîne qatarie à perdre la vie depuis le début de l’offensive israélienne en octobre 2023.

Le journaliste a été mortellement touché alors qu’il circulait sur l’avenue Al-Rashid, l’axe routier côtier situé à l’ouest de la ville de Gaza. L’impact de la frappe a provoqué l’embrasement immédiat de la voiture dans laquelle il voyageait, selon des sources citées par la chaîne. Mohammed Wishah avait rejoint le réseau Al Jazeera en 2018 et figurait parmi les rares journalistes palestiniens à documenter le conflit depuis ses premières heures. Sa mort survient dans un contexte de violences persistantes malgré l’entrée en vigueur, en octobre 2025, d’un cessez-le-feu négocié sous l’égide américaine.

Un meurtre ciblé selon le réseau qatari

Le réseau Al Jazeera a fermement condamné « le crime odieux de ciblage et d’assassinat » de son correspondant, estimant que sa mort « ne constitue pas un acte aléatoire, mais un crime délibéré et ciblé, destiné à intimider les journalistes et à les empêcher d’exercer leurs fonctions professionnelles ». Dans un communiqué diffusé dans la foulée de l’annonce, la direction du réseau a tenu les forces armées israéliennes « pleinement responsables de ce crime », le qualifiant de maillon d’une chaîne systématique d’actes commis contre ses équipes sur le terrain. Mohammed Wishah vient s’ajouter à la liste des journalistes d’Al Jazeera tués par les forces d’occupation israéliennes à Gaza, parmi lesquels figurent Samer Abu Daqqa, Hamza Al Dahdouh, Ismail Al Ghoul, Ahmed Al Louh, Hossam Shabat, Ibrahim Thaher, Mohammed Qreiqeh, Mohammed Nofal et Anas al-Sharif.

Le bureau des médias du gouvernement de Gaza a pour sa part évoqué le caractère « systématique » de ces assassinats, appelant la Fédération internationale des journalistes, l’Union des journalistes arabes et les organisations professionnelles du secteur à se mobiliser. Il a par ailleurs appelé la communauté internationale à mettre fin à ces attaques répétées, à poursuivre les responsables devant les juridictions internationales et à exercer une pression effective pour mettre un terme à ce qu’il qualifie de crimes contre les journalistes dans la bande de Gaza.

Dessin par Alaa Al Lagta

Une accusation sans preuve vérifiable formulée dès février 2024

La mort de Wishah intervient deux ans après une première mise en cause par l’armée israélienne. En février 2024, le porte-parole arabophone des forces armées israéliennes, le colonel Avichay Adraee, avait publié sur le réseau X des photographies présentant le journaliste comme un commandant des unités antichars de la branche militaire du Hamas. Il affirmait qu’un ordinateur saisi dans un camp du Hamas, dans le nord de Gaza, avait livré ces éléments. Ces allégations, reprises à l’époque par plusieurs médias pro-israéliens, n’ont jamais fait l’objet d’une vérification indépendante.

Reporters sans frontières avait alors souligné que la seule publication de tels documents ne constituait « aucunement une preuve suffisante d’affiliation, ni un permis de tuer ». Le Comité pour la protection des journalistes avait, de son côté, dénoncé une pratique récurrente consistant à qualifier les journalistes de militants sans fournir d’éléments crédibles à l’appui. Le Monde, pour sa part, avait déclaré n’avoir pu authentifier les documents présentés comme preuves par l’armée israélienne dans des affaires similaires visant des journalistes d’Al Jazeera. Le même procédé avait été utilisé contre Anas al-Sharif, tué en août 2025 avec quatre de ses confrères dans une frappe sur leur tente à l’extérieur de l’hôpital Al-Shifa.

Un précédent établi : la méthode de l’accusation posthume

Le recours systématique à l’accusation de double appartenance — journaliste le jour, combattant la nuit — est documenté depuis plusieurs mois par les organisations de défense de la presse. En juillet 2025 déjà, le Comité pour la protection des journalistes avait accusé l’armée israélienne de mener « une campagne de diffamation » envers des journalistes, en les présentant dans des messages en ligne comme membres du Hamas, et avait dénoncé « la tendance d’Israël consistant à qualifier les journalistes de militants sans fournir de preuves crédibles ». Dans le cas d’Anas al-Sharif, les ONG de défense des droits humains et l’ONU avaient collectivement rejeté les accusations israéliennes, les qualifiant de justification fabriquée pour légitimer l’élimination de témoins gênants.

Reporters sans frontières avait estimé qu’accuser un journaliste d’être un terroriste du Hamas était un « procédé connu et déjà éprouvé, notamment contre des journalistes d’Al Jazeera ». Ce mode opératoire — accusation formulée avant ou après l’élimination physique, documents présentés sans possibilité d’authentification indépendante — est désormais documenté dans plusieurs rapports d’organisations internationales.

Le bilan le plus lourd de l’histoire moderne pour la presse

La mort de Mohammed Wishah s’inscrit dans un bilan qui n’a pas d’équivalent dans les conflits contemporains. Selon le bureau des médias du gouvernement de Gaza, au moins 262 journalistes ont été tués lors des offensives israéliennes depuis le début du conflit en octobre 2023. Ce chiffre dépasse largement les bilans enregistrés lors des conflits en Irak, en Syrie ou au Yémen sur des périodes comparables. L’accès à Gaza reste soumis à des restrictions sévères imposées par Israël, les seuls journalistes étrangers autorisés à entrer ne pouvant le faire qu’en accompagnement encadré de l’armée israélienne, leurs reportages étant soumis à une censure militaire préalable.

Dans ce contexte d’isolement informatif presque total, les correspondants palestiniens locaux constituaient l’essentiel des yeux du monde sur le terrain. L’un des correspondants d’Al Jazeera présents à Gaza a relevé que le fait que Wishah ait été tué en circulant sur la route principale de Gaza illustre l’aggravation de la situation, en dépit du cessez-le-feu en vigueur. Depuis l’entrée en vigueur de cette trêve, le bureau des médias du gouvernement de Gaza a recensé environ deux mille violations attribuées à l’armée israélienne.

Le réseau Al Jazeera a réaffirmé que de tels crimes ne le dissuaderaient pas de poursuivre sa mission journalistique, tout en appelant la communauté internationale et l’ensemble des organisations des droits humains à prendre une position ferme et urgente pour mettre fin aux violations graves commises et garantir la protection des journalistes. La question de la responsabilité pénale individuelle pour les frappes ayant visé des membres de la presse reste entière, aucune procédure internationale formelle n’ayant à ce jour abouti à la moindre mise en examen.

Amel Bensalem

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