La deuxième édition du Salon de l’Algérie se tient du 6 au 8 avril 2026 à la LDLC Arena de Décines, en banlieue lyonnaise, avec entre 50 000 et 70 000 visiteurs attendus. L’événement, porté par le Collectif des Associations franco-algériennes de France, s’ouvre dans un contexte de crise diplomatique majeure entre Paris et Alger, conférant à cette manifestation culturelle et économique une portée symbolique inédite.
Après une première édition ayant dépassé toutes les attentes en mai 2025, le Salon de l’Algérie revient à Lyon du 6 au 8 avril 2026, désormais installé à la LDLC Arena de Décines. Cette deuxième édition voit les choses encore plus grand, avec une superficie de 15 000 m², dont 3 000 consacrés à la restauration, et quelque 220 stands répartis entre l’agroalimentaire, l’industrie, l’artisanat, les services, l’innovation et la culture. Les organisateurs ont délibérément choisi le week-end de Pâques pour maximiser l’affluence, espérant faire de cet événement un rendez-vous ancré dans le calendrier des grandes foires internationales.
De vitrine communautaire à outil d’export assumé
À l’origine de cette dynamique, Nordine Gasmi, responsable du Salon, porte une ambition claire : changer d’échelle. Pensé initialement comme un espace de retrouvailles, le Salon de l’Algérie a rapidement dépassé sa vocation symbolique pour devenir une plateforme d’échanges économiques, culturels et institutionnels. Cette montée en puissance reflète une évolution plus large dans le rapport qu’entretient la diaspora algérienne de France avec son pays d’origine : de moins en moins nostalgique et de plus en plus entrepreneuriale.
Le Salon se positionne comme une porte d’entrée vers le marché européen. Selon son responsable, les coûts de production compétitifs, la qualité des produits et les capacités industrielles en progression font de l’Algérie un acteur économique à part entière. Des chambres de commerce, des entreprises industrielles, des cliniques et des laboratoires figurent parmi les exposants annoncés pour cette édition. Des invitations ont également été adressées à plusieurs responsables politiques français, dont Emmanuel Macron et Laurent Wauquiez, dans un geste qui dépasse le cadre strictement culturel.
Ségolène Royal en invitée d’honneur, canal de dialogue parallèle
C’est dans ce contexte que la présence de Ségolène Royal confère à l’événement une dimension diplomatique explicite. Présidente de l’Association France-Algérie (AFA) depuis décembre 2025, elle est attendue en tant qu’invitée d’honneur au Salon, sa participation s’inscrivant, selon la direction de l’événement, dans une dynamique de renforcement des relations humaines, culturelles et économiques entre les deux pays.
Présidente de l’Association France-Algérie depuis décembre, Ségolène Royal s’est rendue en Algérie en dehors des canaux officiels en janvier 2026. Elle a pu rencontrer le président Tebboune et a revendiqué avoir obtenu le transfert du journaliste Christophe Gleizes vers une prison proche d’Alger. Ce rôle d’intermédiaire informelle lui a valu une audience au plus haut niveau : selon le directeur du Centre d’études et de réflexion sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam), Hasni Abidi, Ségolène Royal a préparé le terrain au déplacement ministériel, même si elle n’a pas été expressément envoyée par Emmanuel Macron, ce genre de diplomatie parallèle étant très apprécié.
Une crise bilatérale sans précédent depuis l’indépendance
Le Salon s’ouvre dans une séquence diplomatique particulièrement dégradée. La crise a débuté à l’été 2024, avec la reconnaissance par Paris de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, puis s’est aggravée en novembre 2024 avec l’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale ». En parallèle, un autre sujet de friction a défrayé la chronique : le refus répété d’Alger de délivrer des laissez-passer consulaires permettant l’expulsion de ressortissants algériens sous obligation de quitter le territoire français.
L’année 2025 a accentué les fractures. Plusieurs influenceurs algériens vivant en France ont été interpellés pour des contenus diffusés sur les réseaux sociaux. En réaction, Alger a dénoncé l’accord bilatéral de 2013. L’été a vu Paris suspendre l’exemption de visa pour les passeports officiels et diplomatiques algériens, tandis que douze agents de l’ambassade française à Alger étaient expulsés. En janvier 2026, un numéro du magazine Complément d’enquête diffusé sur France 2, intitulé « Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie », a provoqué une nouvelle convulsion, Alger convoquant le chargé d’affaires français et qualifiant le reportage de « tissu de contre-vérités profondément offensantes ».
L’énergie et la mémoire, au cœur des enjeux de réconciliation
Derrière les frictions politiques se jouent des intérêts économiques et stratégiques considérables. La France apparaît en retrait face à ses partenaires européens, qui multiplient les partenariats avec Alger : l’Italie tire plus d’un tiers de son gaz d’Algérie et entretient des relations solides via le gazoduc Transmed. Ségolène Royal a dénoncé ce qu’elle qualifie d’« absurdité » dans la gestion du différend entre Paris et Alger, pointant directement la décision de suspendre les relations diplomatiques, alors que plusieurs pays européens renforcent leurs liens avec Alger pour sécuriser leurs approvisionnements énergétiques.
La question mémorielle constitue l’autre pilier du plan de Royal. Pour sa première apparition en tant que présidente de l’AFA en janvier 2026, elle a présenté une feuille de route en trois axes : reconnaissance des crimes liés à la colonisation, restitution des biens culturels algériens conservés en France — dont des objets appartenant à l’Émir Abdelkader — et accès aux archives des essais nucléaires français menés dans le Sahara algérien dans les années 1960.
Lyon comme scène d’un dialogue que Paris et Alger peinent à renouer
Le choix de Lyon comme lieu de ce Salon n’est pas anodin. Troisième ville de France, la métropole abrite l’une des communautés algériennes les plus importantes du pays, constituant un public naturel pour l’événement mais aussi un terrain symbolique pour une initiative qui se veut pont entre deux rives de la Méditerranée. Les organisateurs ont eux-mêmes présenté le Salon comme un moyen de montrer l’Algérie sous un autre angle, en allant à contre-courant de certains médias.
À Alger comme à Paris, le sentiment d’impasse prédomine. Le pouvoir algérien s’est crispé sur son rejet de toute concession, tandis qu’Emmanuel Macron semble avoir renoncé à son grand dessein algérien, la diplomatie se réduisant à la gestion d’un statu quo. Dans ce contexte, le Salon de l’Algérie à Lyon représente l’un des rares espaces où se rencontrent, sans protocole officiel, les deux sociétés que leurs gouvernements peinent à réconcilier. Le journaliste Christophe Gleizes demeure incarcéré en Algérie, la question des OQTF reste non résolue, et aucune feuille de route bilatérale formelle n’a été annoncée à ce stade.
Yacine Messaoud