L’artiste franco-libanais Ali Cherri attaque l’armée israélienne devant la justice française

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L’artiste franco-libanais Ali Cherri a déposé plainte avec constitution de partie civile, jeudi 2 avril 2026, auprès du pôle crimes contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris, en soutien de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). La plainte vise le bombardement israélien du 26 novembre 2024 qui a coûté la vie à ses parents et à cinq autres civils dans le quartier de Noueiri, à Beyrouth.

Ali Cherri a déposé cette plainte aux côtés de la FIDH, comme l’a précisé à l’AFP son avocate, Me Clémence Bectarte. L’artiste plasticien et cinéaste, né à Beyrouth en 1976 et installé à Paris, entend ainsi faire reconnaître devant les tribunaux français la responsabilité pénale de l’armée israélienne pour des faits commis sur le sol libanais. Sept civils avaient péri dans le bombardement de leur immeuble de douze étages du quartier de Noueiri, dans le centre de la capitale libanaise, dont le père de l’artiste, Mahmoud Cherri, âgé de 87 ans, et sa mère, Nadira Hayek, 77 ans. Parmi eux figurait également Birki Negesa, un ressortissant étranger arrivé au Liban un mois seulement auparavant.

Un bombardement survenu à quelques heures du cessez-le-feu

La frappe avait eu lieu « quelques heures seulement avant l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hezbollah », a rappelé Me Bectarte. Cette circonstance temporelle revêt une dimension juridique particulière : frapper des zones civiles à l’imminence d’un armistice accepté par les deux belligérants est susceptible de constituer une violation caractérisée du droit international humanitaire. Le quartier de Noueiri, zone résidentielle dense au cœur de la capitale libanaise, n’avait fait l’objet d’aucun avertissement préalable selon le témoignage de l’artiste. La maison familiale, dont Ali Cherri a publié des photographies montrant l’état de ruine dans lequel elle se trouve encore aujourd’hui, n’a fait l’objet d’aucune opération de reconstruction depuis le drame.

La première procédure judiciaire visant l’armée israélienne pour ses actions au Liban

Me Bectarte a souligné qu’« à ce jour, aucune procédure judiciaire n’a été ouverte, ni au Liban, ni à l’étranger » concernant les attaques menées par Israël au Liban entre octobre 2023 et novembre 2024. Cette plainte constitue donc une première au niveau international, distincte des procédures déjà engagées à Paris concernant les opérations militaires israéliennes à Gaza. La démarche s’appuie sur les enquêtes et les documents techniques produits par Forensic Architecture, un collectif de recherche spécialisé dans la reconstitution d’événements violents, et par Amnesty International, dont les équipes ont analysé les conditions de la frappe et ses conséquences sur les occupants de l’immeuble. Ces éléments de preuve, rassemblés sur une période d’un an, constituent le socle documentaire sur lequel repose la constitution de partie civile.

Le pôle crimes contre l’humanité, un instrument judiciaire éprouvé

Le pôle crimes contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris n’en est pas à sa première saisine dans des affaires liées au Moyen-Orient. La FIDH, par l’intermédiaire de son groupe d’action judiciaire coordonné par Me Bectarte elle-même, avait déjà engagé des procédures similaires contre des soldats franco-israéliens pour des faits présumés commis à Gaza, ainsi qu’une action historique ayant abouti à la condamnation par contumace de hauts responsables du régime syrien en 2024. Ces précédents illustrent la stratégie dite de compétence universelle, qui permet aux juridictions françaises de poursuivre des auteurs présumés de crimes internationaux graves, dès lors qu’un lien avec la France peut être établi — qu’il s’agisse de la nationalité des victimes, de celle des auteurs présumés, ou de la résidence habituelle des plaignants. Ali Cherri, artiste reconnu dont les œuvres figurent dans les collections du Centre Pompidou et qui a représenté le Liban à la Biennale de Venise, possède la double nationalité franco-libanaise.

La mort d’un collaborateur, nouvelle douleur dans un dossier déjà lourd

Dans le témoignage qu’il a publié pour accompagner l’annonce de sa plainte, Ali Cherri rend hommage à Mohamad Chehab, caméraman et opérateur de drone avec lequel il avait travaillé pendant plusieurs semaines à documenter l’immeuble et l’appartement visé par la frappe du 26 novembre 2024. Ce collaborateur, précieux dans la constitution du dossier probatoire, aurait été tué le 12 mars 2026 avec sa fille de trois ans dans une frappe israélienne qui aurait visé son domicile à Aramoun, dans la banlieue de Beyrouth. Son épouse, prénommée Natalie, serait dans un état critique. Ces informations, rapportées directement par l’artiste, n’ont pas encore été confirmées de façon indépendante par les grandes agences de presse au moment de la publication de cet article. Elles illustrent, si elles sont exactes, une problématique documentée : celle du ciblage présumé de personnes impliquées dans la collecte de preuves relatives aux actions militaires israéliennes.

Une procédure longue face à un vide judiciaire persistant

Ali Cherri a pris soin de préciser, dans sa déclaration publique, qu’il n’ignorait pas les obstacles qui jalonnent ce type de procédure. Constituer une partie civile oblige le parquet à ouvrir une information judiciaire, mais n’emporte pas automatiquement l’engagement de poursuites ni, a fortiori, une condamnation. Dans d’autres affaires instruites par le même pôle parisien, les délais se comptent en années, et les difficultés à faire comparaître des accusés relevant de forces armées étrangères sont considérables. La plainte visant des soldats franco-israéliens pour des faits présumés commis à Gaza, déposée en décembre 2024 par la FIDH et la Ligue des droits de l’homme, n’avait toujours pas conduit à l’ouverture d’une enquête au moment du dépôt de la présente procédure. Pour autant, l’objectif revendiqué dépasse le seul verdict : il s’agit de constituer un corpus judiciaire documenté, capable d’établir publiquement et légalement les faits, d’identifier les responsabilités et de nommer, selon les termes mêmes de l’artiste, « les responsables de ce crime de guerre ».

La prochaine étape sera la décision du parquet de Paris de donner suite ou non à la saisine, étape à l’issue de laquelle un juge d’instruction pourrait être désigné pour mener les investigations. Me Bectarte a indiqué que la procédure était susceptible de durer plusieurs années.

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